A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 58
ARAMINTE, DORANTE, MARTON, ARLEQUIN.
ARLEQUIN.
Me voila, Madame.
ARAMINTE.
Arlequin, vous etes a present a Monsieur; vous le servirez; je vous donne a lui.
ARLEQUIN.
Comment, Madame, vous me donnez a lui? Est-ce que je ne serai plus a moi? Ma personne ne m'appartiendra donc plus?
MARTON.
Quel benet!
ARAMINTE.
J'entends qu'au lieu de me servir, ce sera lui que tu serviras.
ARLEQUIN, _comme pleurant_.
Je ne sais pas pourquoi Madame me donne mon conge: je n'ai pas merite ce traitement; je l'ai toujours servie a faire plaisir.
ARAMINTE.
Je ne te donne point ton conge, je te payerai pour etre a Monsieur.
ARLEQUIN.
Je represente[30] a Madame que cela ne seroit pas juste: je ne donnerai pas ma peine d'un cote, pendant que l'argent me viendra d'un autre. Il faut que vous ayez mon service, puisque j'aurai vos gages; autrement je friponnerois Madame.
ARAMINTE.
Je desespere de lui faire entendre raison.
MARTON.
Tu es bien sot! Quand je t'envoie quelque part, ou que je te dis: "Fais telle ou telle chose," n'obeis-tu pas?
ARLEQUIN.
Toujours.
MARTON.
Eh bien! ce sera Monsieur qui te le dira comme moi, et ce sera a la place de Madame et par son ordre.
ARLEQUIN.
Ah! c'est une autre affaire. C'est Madame qui donnera ordre a Monsieur de souffrir mon service, que je lui preterai par le commandement de Madame.
MARTON.
Voila ce que c'est.
ARLEQUIN.
Vous voyez bien que cela meritoit explication.
UN DOMESTIQUE _vient_.
Voici votre marchande qui vous apporte des etoffes, Madame.
ARAMINTE.
Je vais les voir, et je reviendrai. Monsieur, j'ai a vous parler d'une affaire; ne vous eloignez pas.