A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 56

Chapter 56252 wordsPublic domain

ARAMINTE, MARTON.

ARAMINTE.

Marton, quel est donc cet homme qui vient de me saluer si gracieusement, et qui passe sur la terrasse? Est-ce a vous a qui il en veut?[25]

MARTON.

Non, Madame, c'est a vous-meme.

ARAMINTE, _d'un air assez vif_.

Eh bien! qu'on le fasse venir; pourquoi s'en va-t-il?

MARTON.

C'est qu'il a souhaite que je vous parlasse auparavant. C'est le neveu de monsieur Remy, celui qu'il vous a propose pour homme d'affaires.

ARAMINTE.

Ah! c'est la lui! Il a vraiment tres bonne facon.

MARTON.

Il est generalement estime, je le sais.

ARAMINTE.

Je n'ai pas de peine a le croire: il a tout l'air de le meriter. Mais, Marton, il a si bonne mine, pour un intendant, que je me fais quelque scrupule de le prendre: n'en dira-t-on rien?

MARTON.

Et que voulez-vous qu'on dise? Est-on oblige de n'avoir que des intendants mal faits?

ARAMINTE.

Tu as raison. Dis-lui qu'il revienne. Il n'etoit pas necessaire de me preparer a le recevoir: des que c'est monsieur Remy qui me le donne, c'en est assez; je le prends.

MARTON, _comme s'en allant_.[26]

Vous ne sauriez mieux choisir. (_Et puis revenant_.) Etes-vous convenue du parti [26] que vous lui faites? Monsieur Remy m'a charge de vous en parler.

ARAMINTE.

Cela est inutile. Il n'y aura point de dispute la-dessus. Des que c'est un honnete homme, il aura lieu d'etre content. Appelez-le.

MARTON, _hesitant de partir_.

On lui laissera ce petit appartement qui donne sur le jardin, n'est-ce pas?

ARAMINTE.

Oui; comme il voudra. Qu'il vienne.

(_Marton va dans la coulisse_.)