A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 54
M. REMY, MARTON, DORANTE.
MARTON.
Je suis fachee, Monsieur, de vous avoir fait attendre; mais j'avois affaire chez Madame.
M. REMY.
Il n'y a pas grand mal, Mademoiselle, j'arrive. Que pensez-vous de ce grand garcon-la? (_Montrant Dorante_.)
MARTON, _riant_.
Eh! par quelle raison, monsieur Remy, faut-il que je vous le dise?
M. REMY.
C'est qu'il est mon neveu.
MARTON.
Eh bien! ce neveu-la est bon a montrer; il ne depare point la famille.
M. REMY.
Tout de bon? C'est de lui dont[21] j'ai parle a Madame pour intendant, et je suis charme qu'il vous revienne.[22] Il vous a deja vue plus d'une fois chez moi quand vous y etes venue; vous en souvenez-vous?
MARTON.
Non, je n'en ai point d'idee.
M. REMY.
On ne prend pas garde a tout. Savez-vous ce qu'il me dit la premiere fois qu'il vous vit? "Quelle est cette jolie fille-la?" (_Marton sourit_.) Approchez, mon neveu. Mademoiselle, votre pere et le sien s'aimoient beaucoup; pourquoi les enfants ne s'aimeroient-ils pas? En voila un qui ne demande pas mieux; c'est un coeur qui se presente bien.
DORANTE, _embarrasse_.
II n'y a rien la de difficile a croire.
M. REMY.
Voyez comme il vous regarde. Vous ne feriez pas la une si mauvaise emplette.
MARTON.
J'en suis persuadee; Monsieur previent en sa faveur,[23] et il faudra voir.
M. REMY.
Bon, bon! il faudra! Je ne m'en irai point que cela ne soit vu.
MARTON, _riant_.
Je craindrois d'aller trop vite.
DORANTE.
Vous importunez Mademoiselle, Monsieur.
MARTON, _riant_.
Je n'ai pourtant pas l'air si indocile.
M. REMY, _joyeux_.
Ah! je suis content, vous voila d'accord. Oh! ca, mes enfants (_il leur prend les mains a tous deux_), je vous fiance en attendant mieux. Je ne saurois rester; je reviendrai tantot. Je vous laisse le soin de presenter votre futur a Madame. Adieu, ma niece.
(_Il sort_.)
MARTON, _riant_.
Adieu donc, mon oncle.