A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 44

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LE CHEVALIER, HORTENSE, LE MARQUIS, LA COMTESSE.

LE MARQUIS.

Voulez-vous bien revenir? J'ai un petit mot a vous communiquer.

HORTENSE.

De quoi s'agit-il donc?

LE CHEVALIER.

Vous me rappelez aussi... Dois-je en tirer un bon augure?

HORTENSE.

Je croyois que vous alliez ecrire.

LE MARQUIS.

Rien n'empeche. Mais c'est que j'ai une proposition a vous faire, et qui est tout a fait raisonnable.

HORTENSE.

Une proposition! Monsieur le Marquis, vous m'avez donc trompee? Votre amour n'est pas aussi vrai que vous me l'avez dit.

LE MARQUIS.

Que diantre[101] voulez-vous? On pretend aussi que vous ne m'aimez point: cela me chicane.

HORTENSE.

Je ne vous aime pas encore, mais je vous aimerai; et puis, Monsieur, avec de la vertu, on se passe d'amour pour un mari.

LE MARQUIS.

Oh! je serais un mari qui ne s'en passeroit pas, moi! Nous ne gagnerions, a nous marier, que le loisir de nous quereller a notre aise, et ce n'est pas la une partie de plaisir bien touchante. Ainsi, tenez, accommodons- nous plutot. Partageons le differend en deux: il y a deux cent mille francs sur le testament, prenez-en la moitie, quoique vous ne m'aimiez pas, et laissons la tous les notaires, tant vivants que morts.

LE CHEVALIER, _a Hortense, a part_.

Je ne crains plus rien.

HORTENSE.

Vous n'y pensez pas,[102] Monsieur; cent mille francs ne peuvent entrer en comparaison avec l'avantage de vous epouser, et vous ne vous evaluez pas ce que vous valez.

LE MARQUIS.

Ma foi, je ne les vaux pas quand je suis de mauvaise humeur, et je vous annonce que j'y serai toujours.[103]

HORTENSE.

Ma douceur naturelle me rassure.

LE MARQUIS.

Vous ne voulez donc pas? Allons notre chemin, vous serez mariee.

HORTENSE.

C'est le plus court, et je m'en retourne.

LE MARQUIS.

Ne suis-je pas bien malheureux d'etre oblige de donner la moitie d'une pareille somme a une personne qui ne se soucie pas de moi? Il n'y a qu'a plaider, Madame: nous verrons un peu si on me condamnera a epouser une fille qui ne m'aime pas.

HORTENSE.

Et moi je dirai que je vous aime. Qui est-ce qui me prouvera le contraire, des que je vous accepte? Je soutiendrai que c'est vous qui ne m'aimez pas, et qui meme, dit-on, en aime[104] une autre.

LE MARQUIS.

Du moins, en tout cas, ne la connoit-on point comme on connoit le Chevalier.

HORTENSE.

Tout de meme, Monsieur, je la connois, moi.

LA COMTESSE.

Eh! finissez. Monsieur, finissez! Ah! l'odieuse contestation!

HORTENSE.

Oui, finissons. Je vous epouserai, Monsieur: il n'y a que cela a dire.

LE MARQUIS.

Eh bien! et moi aussi, Madame, et moi aussi.

HORTENSE.

Epousez donc.

LE MARQUIS.

Oui, parbleu! j'en aurai le plaisir; il faudra bien que l'amour vous vienne; et, pour debut de mariage, je pretends, s'il vous plait, que monsieur le Chevalier ait la bonte d'etre notre ami de tres loin.

LE CHEVALIER, _a Hortense, a part_.

Ceci ne vaut rien; il se pique.

HORTENSE, _au Chevalier_.

Taisez-vous! (_Au Marquis_) Monsieur le Chevalier me connoit assez pour etre persuade qu'il ne me verra plus. Adieu, Monsieur: je vais ecrire mon billet, tenez le votre pret: ne perdons point de temps.

LA COMTESSE.

Oh! pour votre contrat, je vous certifie que vous irez le signer ou il vous plaira, mais que ce ne sera pas chez moi. C'est s'egorger[105] que se marier comme vous faites, et je ne preterai jamais ma maison pour une si funeste ceremonie. Vos fureurs[106] iront se passer ailleurs, si vous le trouvez bon.

HORTENSE.

Eh bien! Comtesse, la Marquise est votre voisine, nous irons chez elle.

LE MARQUIS.

Oui, si j'en suis d'avis: car, enfin, cela depend de moi. Je ne connois point votre Marquise.

HORTENSE, _en s'en allant_.

N'importe, vous y consentirez, Monsieur. Je vous quitte.

LE CHEVALIER, _en s'en allant_.

A tout ce que je vois, mon esperance renait un peu.