A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 41

Chapter 41594 wordsPublic domain

LEPINE, LISETTE, LE MARQUIS, LA COMTESSE, LE CHEVALIER, HORTENSE.

LEPINE.

Qui est-ce qui m'appelle?

LISETTE.

Vite, vite, a cheval! Il s'agit d'un contrat de mariage entre Madame et votre maitre, et il faut aller a Paris chercher le notaire de monsieur le Marquis.

LEPINE, _au Marquis_.

Le notaire! Ce qu'elle conte est-il vrai? Monsieur, nous avons la partie de chasse pour tantot; je me suis arrange pour courir le lievre, et non pas le notaire.

LE MARQUIS.

C'est pourtant le dernier qu'on veut.

LEPINE.

Ce n'est pas la peine que je voyage pour avoir le votre: je le compte pour mort. Ne savez-vous pas? La fievre le travailloit quand nous partimes, avec le medecin par-dessus[87]; il en avoit le transport au cerveau.[88]

LE MARQUIS.

Vraiment, oui. A propos, il etoit tres malade.

LEPINE.

Il agonisoit, sandis![89]...

LISETTE, _d'un air indifferent_.

Il n'y a qu'a prendre celui de Madame.

LA COMTESSE.

II n'y a qu'a vous taire, car, si celui de Monsieur est mort, le mien l'est aussi. II y a quelque temps qu'il me dit qu'il etoit le sien.

LISETTE, _indifferemment, d'un air modeste_.

Il me semble qu'il n'y a pas longtemps que vous lui avez ecrit, Madame.

LA COMTESSE

La belle consequence![90] Ma lettre a-t-elle empeche qu'il ne mourut? Il est certain que je lui ai ecrit, mais aussi ne m'a-t-il point fait de reponse.

LE CHEVALIER, _a Hortense, a part_.

Je commence a me rassurer.

HORTENSE, _lui souriant a part_.

Il y a plus d'un notaire a Paris. Lepine verra s'il se porte mieux. Depuis six semaines que nous sommes ici, il a eu le temps de revenir en bonne sante. Allez lui ecrire un mot, monsieur le Marquis, et priez-le, s'il ne peut venir, d'en indiquer un autre. Lepine ira se preparer pendant que vous ecrirez.

LEPINE.

Non, Madame; si je monte a cheval, c'est autant de reste par les chemins.[91] Je parlois de la partie de chasse, mais voici que je me sens mal, extremement mal: d'aujourd'hui[92] je ne prendrai ni gibier ni notaire.

LISETTE, _en souriant negligemment_.

Est-ce que vous etes mort aussi?

LEPINE, _feignant de la douleur_.

Non, Mademoiselle; mais je vis souffrant,[93] et je ne pourrois fournir la course.[94] Ah! sans le respect de la compagnie, je ferois des cris[95] percants. Je me brisai hier d'une chute sur l'escalier, je roulai tout un etage, et je commencois d'en[96] entamer un autre quand on me retint sur le penchant. Jugez de la douleur; je la sens qui m'enveloppe.

LE CHEVALIER.

Eh bien! tu n'as qu'a prendre ma chaise. Dites-lui qu'il parte, Marquis.

LE MARQUIS.

Ce garcon qui est tout froisse,[97] qui a roule un etage, je m'etonne qu'il ne soit pas au lit. Pars si tu peux, au reste.

HORTENSE.

Allez, partez, Lepine; on n'est point fatigue dans une chaise.

LEPINE.

Vous dirai-je le vrai, Mademoiselle? Obligez-moi de me dispenser de la commission. Monsieur traite avec vous de sa ruine. Vous ne l'aimez point, Madame, j'en ai connoissance, et ce mariage ne peut etre que fatal: je me ferois un reproche d'y avoir part. Je parle en conscience. Si mon scrupule deplait, qu'on me dise: "Va-t'en." Qu'on me chasse, je m'y soumets: ma probite me console.

LA COMTESSE.

Voila ce qu'on appelle un excellent domestique! Ils sont bien rares!

LE MARQUIS, _a Hortense_.

Vous l'entendez. Comment voulez-vous que je m'y prenne avec cet opiniatre? Quand je me facherais, il n'en sera ni plus ni moins.[98] Il faut donc le chasser. (_A Lepine_.) Retire-toi.

HORTENSE.

On se passera de lui. Allez toujours ecrire. Un de mes gens portera la lettre, ou quelqu'un du village.