A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 4
SILVIA, M. ORGON, MARIO.
SILVIA.
Me voila, Monsieur: ai-je mauvaise grace en femme de chambre? Et vous, mon frere, vous savez de quoi il s'agit, apparemment... Comment me trouvez- vous?
MARIO.
Ma foi, ma soeur, c'est autant de pris que le valet;[54] mais tu pourrois bien aussi escamoter Dorante a ta maitresse.
SILVIA.
Franchement, je ne hairois pas de lui plaire sous le personnage que je joue; je ne serois pas fachee de subjuguer sa raison, de l'etourdir[55] un peu sur la distance qu'il y aura de lui a moi. Si mes charmes font ce coup-la, ils me feront plaisir; je les estimerai. D'ailleurs, cela m'aiderait a demeler Dorante. A l'egard de son valet, je ne crains pas ses soupirs; ils n'oseront m'aborder; il y aura quelque chose dans ma physionomie qui inspirera plus de respect que d'amour a ce faquin-la.
MARIO.
Allons, doucement, ma soeur: ce faquin-la sera votre egal...
M. ORGON.
Et ne manquera pas de t'aimer.
SILVIA.
Eh bien! l'honneur de lui plaire ne me sera pas inutile. Les valets sont naturellement indiscrets; l'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son maitre.
UN VALET.
Monsieur, il vient d'arriver un domestique qui demande a vous parler; il est suivi d'un crocheteur[56] qui porte une valise.
M. ORGON.
Qu'il entre: c'est sans doute le valet de Dorante. Son maitre peut etre reste au bureau pour affaires. Ou est Lisette?
SILVIA.
Lisette s'habille, et dans son miroir[57] nous trouve tres imprudents de lui livrer Dorante; elle aura bientot fait.
M. ORGON. Doucement! on vient.