A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 27

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DORANTE, ARLEQUIN.

DORANTE.

Eh bien, tu quittes la fille d'Orgon: lui as-tu dit qui tu etois?

ARLEQUIN.

Pardi, oui. La pauvre enfant! j'ai trouve son coeur plus doux qu'un agneau: il n'a pas souffle. Quand je lui ai dit que je m'appellois Arlequin et que j'avois un habit d'ordonnance:[228] "Eh bien, mon ami, m'a-t-elle dit, chacun a son nom dans la vie, chacun a son habit; le votre ne vous coute rien." Cela ne laisse pas d'etre[229] gracieux.

DORANTE.

Quelle sort d'histoire me contes-tu la?

ARLEQUIN.

Tant y a que[230] je vais la demander en mariage.

DORANTE.

Comment? elle consent a t'epouser?

ARLEQUIN.

La voila bien malade![231]

DORANTE.

Tu m'en imposes: elle ne sait pas qui tu es.

ARLEQUIN.

Par la ventrebleu![232] voulez-vous gager que je l'epouse avec la casaque[233] sur le corps, avec une souquenille,[234] si vous me fachez? Je veux bien que vous sachiez qu'un amour de ma facon[235] n'est point sujet a la casse,[236] que je n'ai pas besoin de votre friperie[237] pour pousser ma pointe,[238] et que vous n'avez qu'a me rendre la mienne.[239]

DORANTE.

Tu es un fourbe. Cela n'est pas concevable, et je vois bien qu'il faudra que j'avertisse monsieur Orgon.

ARLEQUIN.

Qui, notre pere? Ah! le bon homme! nous l'avons dans notre manche.[240] C'est le meilleur humain, la meilleure pate d'homme.[241].. Vous m'en direz des nouvelles.[242]

DORANTE.

Quel extravagant! As-tu vu Lisette?

ARLEQUIN.

Lisette! non: peut-etre a-t-elle passe devant mes yeux; mais un honnete homme ne prend pas garde a une chambriere: je vous cede ma part de cette attention-la.

DORANTE.

Va-t-en, la tete te tourne.

ARLEQUIN.

Vos petites manieres[243] sont un peu aisees; mais c'est la grande habitude qui fait cela. Adieu. Quand j'aurai epouse, nous vivrons but a but.[244] Votre soubrette arrive. Bonjour, Lisette; je vous recommande Bourguignon: c'est un garcon qui a quelque merite.