A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 25
M. ORGON, SILVIA, MARIO, LISETTE.
M. ORGON.
Paix! voici Lisette. Voyons ce qu'elle nous veut.
LISETTE.
Monsieur, vous m'avez dit tantot que vous m'abandonniez Dorante, que vous livriez sa tete a ma discretion: je vous ai pris au mot, j'ai travaille comme pour moi, et vous verrez de l'ouvrage bien fait, allez; c'est une tete bien conditionnee.[206] Que voulez-vous que j'en fasse, a present? Madame me le[207] cede-t-elle?
M. ORGON.
Ma fille, encore une fois, n'y pretendez-vous rien?
SILVIA,
Non: je te le donne, Lisette; je te remets tous mes droits, et, pour dire comme toi, je ne prendrai jamais de part[208] a un coeur que je n'aurai pas conditionne moi-meme.
LISETTE.
Quoi? vous voulez bien que je l'epouse? Monsieur le veut bien aussi?
M. ORGON.
Oui, qu'il s'accommode.[209] Pourquoi t'aime-t-il?
MARIO.
J'y consens aussi, moi.
LISETTE,
Moi aussi, et je vous en remercie tous.
M. ORGON.
Attends; j'y mets pourtant une petite restriction; c'est qu'il faudroit, pour nous disculper de ce qui arrivera, que tu lui dises un peu qui tu es.
LISETTE.
Mais, si je lui dis[210] un peu, il le saura tout-a-fait.
M. ORGON.
Eh bien! cette tete en si bon etat ne soutiendra-t-elle pas cette secousse-la? Je ne le[211] crois pas de caractere a s'effaroucher la- dessus.
LISETTE.
Le voici qui me cherche; ayez donc la bonte de me laisser le champ libre: il s'agit ici de mon chef-d'oeuvre.
M. ORGON.
Cela est juste: retirons-nous.
SILVIA.
De tout mon coeur.
MARIO.
Allons.