A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 23
SILVIA, DORANTE, MARIO.
MARIO.
Ah! te voila, Lisette?
SILVIA.
Qu'avez-vous, Monsieur? vous me paroissez emu.
MARIO.
Ce n'est rien: je disois un mot a Bourguignon.
SILVIA.
Il est triste: est-ce que vous le querelliez?
DORANTE.
Monsieur m'apprend qu'il vous aime, Lisette...
SILVIA.
Ce n'est pas ma faute.
DORANTE.
Et me defend de vous aimer.
SILVIA.
Il me defend donc de vous paroitre aimable?
MARIO.
Je ne saurais empecher qu'il ne t'aime, belle Lisette; mais je ne veux pas qu'il te le dise.
SILVIA.
Il ne me le dit plus, il ne fait que me le repeter.
MARIO.
Du moins ne te le repetera-t-il pas quand je serai present. Retirez-vous, Bourguignon.
DORANTE.
J'attends qu'elle me l'ordonne.
MARIO.
Encore!
SILVIA.
Il dit qu'il attend: ayez donc patience.
DORANTE.
Avez-vous de l'inclination pour Monsieur?
SILVIA.
Quoi! de l'amour? Oh! je crois qu'il ne sera pas necessaire qu'on me le defende.
DORANTE.
Ne me trompez-vous pas?
MARIO.
En verite, je joue ici un joli personnage! Qu'il sorte donc! A qui est-ce que je parle?
DORANTE.
A Bourguignon, voila tout.
MARIO.
Eh bien! qu'il s'en aille!
DORANTE, _a part_.
Je souffre.
SILVIA.
Cedez, puisqu'il se fache.
DORANTE, _bas a Silvia_.
Vous ne demandez peut-etre pas mieux?
MARIO.
Allons, finissons.
DORANTE.
Vous ne m'aviez pas dit cet amour-la, Lisette.