A Selection from the Comedies of Marivaux

Chapter 21

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SILVIA, MARIO.

MARIO.

Je viens te retrouver, ma soeur. Nous t'avons laissee dans des inquietudes qui me touchent: je veux t'en tirer; ecoute-moi.

SILVIA, _vivement_.

Ah! vraiment, mon frere, il y a bien d'autres nouvelles!

MARIO.

Qu'est-ce que c'est?

SILVIA.

Ce n'est point Bourguignon, mon frere; c'est Dorante.

MARIO.

Duquel parlez-vous donc?

SILVIA.

De lui,[184] vous dis-je; je viens de l'apprendre tout a l'heure. Il sort; il me l'a dit lui-meme.

MARIO.

Qui donc?

SILVIA.

Vous ne m'entendez donc pas?

MARIO.

Si j'y comprends rien, je veux mourir.

SILVIA.

Venez, sortons d'ici; allons trouver mon pere: il faut qu'il le sache, j'aurai besoin de vous aussi, mon frere. Il me vient de nouvelles idees. Il faudra feindre de m'aimer; vous en avez deja dit quelque chose en badinant; mais surtout gardez bien le secret, je vous prie.

MARIO.

Oh! je le garderai bien, car je ne sais ce que c'est.

SILVIA.

Allons, mon frere, venez; ne perdons point de temps. Il n'est jamais rien arrive d'egal a cela!

MARIO.

Je prie le Ciel qu'elle n'extravague pas.

ACTE III.

SCENE PREMIERE.

DORANTE, ARLEQUIN.

ARLEQUIN.

Helas! Monsieur, mon tres honore maitre, je vous en conjure...

DORANTE.

Encore!

ARLEQUIN.

Ayez compassion de ma bonne aventure; ne portez point guignon[185] a mon bonheur, qui va son train si rondement; ne lui fermez point le passage.

DORANTE.

Allons donc, miserable! je crois que tu te moques de moi! Tu meriterois cent coups de baton.

ARLEQUIN.

Je ne les refuse point si je les merite; mais, quand je les aurai recus, permettez-moi d'en meriter d'autres. Voulez-vous que j'aille chercher le baton?

DORANTE.

Maraud!

ARLEQUIN.

Maraud soit; mais cela n'est point contraire a faire fortune.[186]

DORANTE.

Ce coquin! quelle imagination[187] il lui prend![188]

ARLEQUIN.

Coquin est encore bon, il me convient aussi: un maraud n'est point deshonore d'etre appele coquin: mais un coquin peut faire un bon mariage.

DORANTE.

Comment, insolent, tu veux que je laisse un honnete homme dans l'erreur, et que je souffre que tu epouses sa fille sous mon nom? Ecoute, si tu me parles encore de cette impertinence-la, des que j'aurai averti monsieur Orgon de ce que tu es, je te chasse, entends-tu?

ARLEQUIN.

Accommodons-nous.[189] Cette demoiselle m'adore, elle m'idolatre... Si je lui dis mon etat de valet, et que nonobstant son tendre coeur soit toujours friand[190] de la noce avec moi, ne laisserez-vous pas jouer les violons?

DORANTE.

Des qu'on te connoitra, je ne m'en embarrasse plus.

ARLEQUIN.

Bon! et je vais de ce pas prevenir cette genereuse personne sur mon habit de caractere.[191] J'espere que ce ne sera pas un galon de couleur[192] qui nous brouillera ensemble, et que son amour me fera passer a la table, en depit du sort, qui ne m'a mis qu'au buffet.[193]