À se tordre: Histoires chatnoiresques

Chapter 10

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Mais elle avait mon adresse, et mille fois par jour elle passait et repassait devant mon magasin.

Moi, je me sentais bien content, bien content.

Le dimanche suivant, c'était convenu, Prudence devait couronner ma flamme.

Mais le fameux dimanche suivant, au moment où j'allais sortir, après avoir mis ma plus belle cravate, mon second patron, M. Amour, me demanda:

--Où allez-vous, Émile?

--Mais... je sors.

--Vous ne sortirez pas.

--Si, je sortirai!

--Non, vous ne sortirez pas, il y a de l'ouvrage.

--Si, je sortirai!

Et M. Amour m'empoigna et me fit rentrer dans l'arrière-boutique.

À ce moment, je n'avais pas encore acquis cette prodigieuse robustesse qui a fait de moi la terreur de Clichy-Levallois.

La rage au coeur, je me débattis, mais vainement. M. Amour me tenait d'une poigne de fer. Pendant ce temps-là, Prudence filait avec Dieu sait qui, car on ne l'a jamais revue.

Amour, Amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire: Adieu Prudence!

[1] Si, par hasard, un descendant de ce monarque se trouvait offusqué de cette appréciation, il n'a qu'à venir me trouver. Je n'ai jamais reculé devant un Valois.--A.A.

[2] Ce petit conte a été publié il y a cinq ans, détail important pour éviter toute confusion avec une histoire analogue ô combien!--parue récemment sous la signature d'un jeune homme blême dont le père m'a accusé, devant Yvette Guilbert, de lui devoir deux termes, ce qui est faux.--A.A.

[3] Il est malheureux que cette expression vieillisse, car elle est significative et utile. Amyot s'en est servi dans sa traduction de Daphnis et Chloé: « Il y avait en ce quartier-là une caverne que l'on appelait la caverne des Nymphes, qui était une grande et grosse roche, au fond de laquelle SOURDAIT une fontaine qui faisait un ruisseau dont était arrosé le beau pré verdoyant. »