Part 8
Quoi! vous voulez ressusciter un Mort contre l’ordre de la Nature? croyez moi, defaites vous d’une foiblesse dont les seules Femmes sont capables & jouïssez des avantages de la lumiere tant qu’il vous sera permis. Ce Corps que vous voyez devant vous, montre assez le prix de la Vie, & vous avertit que vous devez mieux la menager. Personne n’écoute à regret quand on le presse de manger en de pareilles occasions. Ainsi cette Femme extenüée par une si longue astinence, laissa vaincre son obstination, & se remplit de viande avec la même avidité que la suivante, qui s’ètoit renduë auparavant. Au reste vous savez que les Tentations viennent d’ordinaire après le repas: Avec les mêmes Armes qu’employa le Soldat pour combattre son desespoir, avec les mêmes il attaqua sa Pudicité, & la jeune Veuve ne le trouvant ni desagréable, ni sans esprit, la suivante n’oubliant rien pour lui rendre de bons Offices, & disant ensuite à sa Maîtresse.
_Songez, songez, à vous: voyez vôtre intérêt, Et ne combattez, pas un Amour qui vous plait._
Qui m’arrête davantage? la bonne Dame eût la même Abstinence en ce qui regarde cette Partie de son Corps, & le Soldat pleinement satisfait vint à bout de l’un & de l’autre. Ils demeurerent ensemble non seulement la premiere nuit de leur jouïssance, mais encore le lendemain, & le jour d’après, les portes si bien fermées, que quiconque fut venu au monument, soit connu ou inconnu, auroit cru, sans doute, que la plus honnête Femme du Monde avoit expiré sur le Corps de son Mari.
The Soldier charm’d with the Beauty of his Lady, and the secrecy of his amourous Intreague, bought Provisions as far his small stock would let him, and brought them to the Tomb assoon as Night begun to approach. In the mean time the Relations of one of those that hang’d on the Gibbets, perceiving that there was no Guard to look after them, took down the Corps one Night and buried it. As for the poor Soldier detain’d from his Duty by the Allurements of his Pleasure, seeing the next day one of those Crosses with out its Carcase, he went to his Mistress full of apprehension of Punishment, and told her what had happened: That for his part he would not wait his Condemnation, but was resolv’d to do himself Justice, and punish immediately his neglect with his own Hand: That the only favour he begg’d of her was to take care of his Burial, and bestow it upon him in the same Sepulcher, equally fatal to her Husband and her Lover. The good Dame no less charitable than discreet: _Oh! may the Gods forbid_, said she, _that I should live to see at once the Funeral of two Persons so very dear to me, I have rather hang the Dead than be the ruin of the Living._ Then according to this fine Speech, she takes the Corps out of the Coffin, and having disfigur’d its Face, gives it him, in order to fix it to the empty Cross. The Soldier was so wise as to improve the ingenious Advice of so prudent a Woman: And the next Day all the People admired which way the dead Thief was got again upon his Cross,
Le Soldat charmé de la beauté de sa Dame, & du secret de sa bonne Fortune, achetoit tout ce que son peu de bien lui pouvoit permettre, & à peine la nuit ètoit elle venuë, qu’il l’apportoit dans le monument. Cependant les Parens d’un de ces Pendus, comme ils s’apperceurent qu’il n’y avoit plus de Garde, enleverent le Corps une nuit, & lui rendirent les derniers devoirs. Mais le pauvre Soldat qui s’ètoit laissé abuser pour demeurer trop long tems attaché à son plaisir, voyant le lendemain une de ces Croix sans cadavre, alla trouver sa Maîtresse dans la crainte du supplice, & lui conta tout ce qui ètoit arrivé: quant au reste, il ètoit resolu de ne point attendre sa condamnation, & que se faisant justice lui même, il alloit punir sa negligence de sa propre main; Pour toute grace, qu’il la supplioit d’avoir soin de sa Sepulture & de la lui preparer en ce même tombeau fatal à son Epoux & à son Amant. Cette Femme aussi charitable que Prude, & aux Dieux ne plaise, dit-elle, que je voye en même tems les funerailles de deux personnes qui me sont si cheres; j’aime mieux pendre le Mort, que de faire perir le vivant. Selon ce beau discours elle tire le Corps de la Biere, lui defigure le visage, & le donne au Soldat pour l’attacher à cette croix où il n’y avoit plus rien. Le Soldat seut profiter du conseil ingenieux d’une Femme si avisée: & le lendemain tout le Peuple s’étonna de quelle maniere le Voleur mort avoit pu retourner au Gibet.
_A Story taken out of_ Apuleius_’s Golden Ass._
193
A Labouring Man that workt hard for his Livelyhood at the Forges, had a very handsom Wife, tho’ none of the most virtuous. This Poor wretch going out one Morning as he us’d to do, gave opportunity to an extravagant young Blade to slip into his House, where being in close conflict with his Wife, the Husband unexpectedly return’d, but finding the door fast, little suspected what had been done in his absence; he therefore within himself began to extol his Wives Chastity, and by a Whistle gave her notice of his coming. She in Cases of this Nature, being not a little Politick, soon disengaged her self from her Sparks embraces, and with a great deal of unconcern, hid him in an old empty Tub that stood in the corner of the Room; which done, opening the Door in a fury, she accosted her Cuckold after this manner.
_Conte tiré de l’Ane d’Or d’_Apulée.
193
Un Ouvrier qui gagnoit sa vie à travailler aux Forges, avoit une Femme fort belle, mais qui n’ètoit pas des plus vertueuses. Ce pauvre malheureux ètant un jour sorti de bon matin, selon sa coûtume, donna occasion à un jeune Gaillard de se glisser dans sa Maison, où êtant aux prises avec sa femme, le Mari survint contre leur attente, mais trouvant la porte fermée, il ne se douta guere de ce qui s’ètoit passé en son absence. La dessus il loüa en soi même la chasteté de sa Femme, & avec un siflet l’avertit de son arrivée Elle, qui en pareilles occasions ne manquoit pas de Politique, se degagea bientôt des bras de son Amant, & sans s’émouvoir le cacha dans un vieux cuvier vuide, qui ètoit dans un coin de la chambre: cela fait, ouvrant la porte avec furie, elle parla à son mari de cette maniere.
Is it thus, thou senseless Drone, that thou providest for the wants of thy Family? thus sauntering with Arms across, whilst I must labour both Day and Night to supply the wants occasion’d by thy Idleness: Oh! how much happier is my Neighbour _Daphne_, who has nothing else to do but be merry with her Lovers?
To which the frighted Husband reply’d, What great harm is there, poor Chicken? tho’ our Master has no work for me to Day, by reason of attending his Law-business, yet I have provided for thy Dinner? Do’st thou see that old Tub there, that serves for nothing but to encumber our Room, why I have sold it, Honey, for Fifteen-pence, and the Man that bought it will be here presently to fetch it away. Come, lay aside thy Work and help me to cleanse it, for I would not by any means but deliver it sweet and wholsom into his Hands.
Est-ce ainsi, sot lendore, que tu pourvois aux besoins de ta famille? Et que pendant que tu vas de la sorte les bras croisez il faut que je travaille jour & nuit pour supléer aux besoins où nous sommes réduits par ta paresse? Oh! combien plus heureuse que moy, est ma Voisine _Daphné_, qui n’a autre chose à faire qu’à se divertir avec ses Amans.
A quoi le mari tout craintif repliqua: & quel grand mal y a-t-il, m’Amie? quoi que mon Maître n’ait point d’ouvrage pour moy d’aujourd’huy, je ne laisse pas d’avoir pourveu à ton Diner. Vois-tu ce vieux cuvier, qui ne sert à rien qu’à embarrasser la chambre? je viens, ma poupone, de le vendre pour quinze Sols & l’homme qui l’a acheté, va venir ici tout presentement pour l’emporter. Allons, laisse là un peu ton ouvrage, & aide moi à le nettoyer, car je ne voudrois pas pour quoi que ce soit, le lui livrer avant qu’il soit net & en bon état.
Hereat the Wife began to laugh heartily, and being furnish’d with a Stratagem from the occasion, cry’d out, bless me! what a rare Stock-jobber have I got to my Husband, that could find in his Heart to let that go for 15 Pence, which I, tho’ a Woman, that never stirs abroad, have made shift to get half a Crown for. The Husband not a little pleased with his Wife’s Bargain, forthwith demanded what Sot it was that had offer’d so much? A Codshead you may be sure, reply’d the Wife, and to prove him such, he is just now got into it to see what Profit he is like to make. Here the Gallant finding his Cue, peep’d out, and cry’d, good Woman, would you have me tell you the Truth? this Tub is exceeding old, and very full of Cracks, you ought not in Conscience to have so much for it as I bid you. Then turning to her Husband, quoth he cunningly, and you, honest Man, whosoever you are, Prythee lend me a Candle a little, that I may scrape out the filth, and know whether it be for my turn or no, before I pay my Money, if you think I come honestly by it. Hereupon our subtile _Vulcan_, little dreaming of the design upon him, presently fetch’d a Candle, and coming up to him said, Prythee stand aside a little, Friend, and let me see what I can do, for ’tis but reason you should have it as clean as may be: Then stripping himself, and delivering the Candle to his Wife, he crept into the Tub, and begun to work amain on the dry’d Lees, whilst the crafty Lover did as much on his Confort, whom he had laid athwart the Vessel.
Là dessus la Femme se mit à rire de bon appetit, & l’occasion lui fournissant un Stratageme, elle s’écria Misericorde! voilà un rare Marchand que mon mari, qui a seu vendre pour quinze Sols, une chose dont j’ai eu un demi-écu, quoy que je ne sois qu’une femme qui ne sors jamais du logis.
Le mari ravi du marché de sa Femme, lui demanda d’abord qui ètoit le sot qui en avoit tant offert; quelque Benet comme vous pouvez croire, reprit la Femme, & pour preuve de cela, c’est qu’il vient de s’y fourrer pour voir le profit qu’il lui en reviendra. A ces Mots, le Galand, voyant qu’il ètoit tems qu’il joüât son Rolle mit la tête dehors, & dit: Bonne Femme, voulez vous que je vous parle franchement, ce cuvier est fort vieux & plein de fentes, & vous ne devez pas en Conscience en avoir ce que je vous en ai offert: Ensuite se tournant du côté du mari, il lui dit finement, & vous, mon ami, qui que vous soyez, je vous prie, donnez moy un peu une Chandelle, afin que je racle les ordures, & que je voye s’il fait pour moy, avant que j’en paye l’Argent, à moins que vous ne croyez que je l’aye derobé. Là dessus nôtre adroit _Vulcain_, ne songeant guere à ce qu’on meditoit contre lui, alla vîte chercher une Chandelle, & s’ètant approché de lui, il lui dit: Mon ami, ôte toi un peu de la, je te prie, & laisse moy voir ce que j’y puis faire, car il n’est que trop juste que tu l’ayes aussi net qu’il se pourra: ensuite ôtant son habit, & donnant la Chandelle à tenir à sa Femme, il entra dans le Cuvier, & se mit à travailler de toute sa force sur la lie seche, pendant que le rusé Galand en faisoit autant sur sa Femme, qu’il avoit couchée sur le cuvier.
All this while the good Woman, leaning over her Head to light her Husband, amus’d the poor Man by shewing him that _here_ and _there_ and _there_ were places to be cleans’d. But at length both labours being ended, the contented Cuckold having receiv’d the half Crown, thought himself further oblig’d to take the Hogshead on his Back, and carry it to his Friends House.
Cependant la bonne Femme, baissant la tête pour éclairer son mari, amusoit le pauvre homme en lui montrant plusieurs endroits qui avoit besoin d’être nettoyez. Mais enfin le travail de l’un & de l’autre étant fini, le cocu content, après avoir receu le demi écu, se crut encore obligé de charger le cuvier sur son dos, & de le porter chez son Ami.
_A Story taken out of_ Theophilus.
194
_Larissa_ lov’d to tell Stories, and being one Day in Company, she was pleas’d to entertain them with the follies of her Youth, in this manner,
_Conte tiré de_ Théophile.
194
L_arisse_ aimoit à conter, & se trouvant un jour en compagnie, elle voulut bien leur parler des folies de sa jeunesse, & le fit ainsi.
I served once a _Roman_ Citizen, together with a young _Grecian_ Slave, whom the Storm had also oblig’d to serve, tho’ born Free. Nature had engraven in the Face of this young Man all the marks of Nobleness, and of that good Education which he ow’d to his Birth and the care of his Parents; and one might easily see that he was not born for the Condition to which his hard Fortune had reduc’d him; if he was to carry any Burden, he sunk under the lightest; yet he would needs do every thing, and forgot his Birth, to adapt himself to the present State of his Fortune. But not being able to bear hard labour, nor the course Food of Servants, he grew insensibly very weak, and neglected himself to that degree, that he did not so much as comb his Hair, which was the finest in the World. In a little time he became lean and full of Wrinckles, his Eyes grew hollow and languishing, his Hands black and course; in fine, he was not the same Man: Melancholy had sunk his Spirit, as much as Fatigue had impair’d his Health. he figh’d often, and his affliction mov’d my Pity; I thought Fortune was very unjust to him; I endeavoured to comfort him under it; wept for his Misfortunes; taught him what he must do, and did part of it my self to ease him. His wretched state did not take away from him a noble Air, and I know not what preheminence over my Birth, which made me sensible of the difference of his, to which I willingly submitted. He knew well enough how much he was oblig’d to me, and return’d me thanks with the politeness of a Courtier. In short, I was so much affected with those Accomplishments, that thinking I had only Pity for his Misfortunes, I found my self in Love with his Person; and indeed I lov’d him desperately.
Je servois chez un Citoyen _Romain_ avec un jeune _Grec_ son Esclave, que la tempête avoit obligé de servir aussi, quoi que né libre. La nature avoit mis sur le visage de ce jeune homme toutes les marques de la noblesse & de la bonne éducation qu’il devoit à sa naissance & aux soins de ses Parens; et on voyoit bien qu’il n’étoit pas né pour l’état où son malheur l’avoit reduit; s’il falloit porter quelque fardeau, il succomboit aux plus legers: Cependant il vouloit tout faire, & il oublioit sa naissance, pour tâcher de s’accommoder à l’état present de la Fortune. Mais ne pouvant resister à la fatigue, ni à la nourriture de valet, il tomba peu à peu dans un grand abbatement, & il se negligeoit à un point qu’il ne peignoit pas même les plus beaux cheveux du monde qu’il avoit. En peu de temps il devint maigre & ridé, il eut les yeux cavez & languissans; les mains noires & pleines de calus: enfin il n’étoit plus reconnoissable. La tristesse lui avoit abbatu l’esprit, autant que la fatigue lui avoit alteré la santé. Il soûpiroit souvent; & son affliction me faisoit pitié; Je trouvois la fortune bien injuste à son egard; je l’exhortois à se consoler; je pleurois ses malheurs, je lui apprenois ses fonctions, & je le soulageois même de quelques-unes. Sa misere ne lui ôtoit pas un air noble, & je ne sçai quelle superiorité sur ma naissance, qui me faisoit sentir la difference de la sienne, à laquelle je me soûmetois volontiers. Il sentoit bien les obligations qu’il m’avoit & il m’en remercioit avec la politesse d’un homme de la Cour. Enfin toutes ces bonnes qualitez me toucherent si fort, que ne croyant avoir que de la pitié pour ses malheurs, je me trouvai de l’amour dans le cœur pour sa personne, & je l’aimai éperdument.
This Story of _Larissa_ had drawn to her the attention of the whole Company, but especially of two young Maidens, who counterfeited sleep, lest decency should oblige them to retire, if they seem’d to hear what she said. One of them having open’d her Eyes, and cast them upon _Larissa_, as tho’ it were by Chance, closed them again immediately. As for the other, making as if she was just awake, is it Day already? Said she, with a blush. The Company took notice of their cunning, and fell a laughing; in the mean time _Larissa_ had done speaking, alledging that she was unwilling to go through with this Adventure, for fear of making the young Ladies uneasy, and begun to threaten the Company with some old and grave Stories. But _Eugenius_ impatient to know the rest of this Tale, Alass! _Larissa_, said he, these young Maids have all this while counterfeited sleep only to hear you speak with more liberty; and I assure you, they long more than any of us to know the end of your Story. Go on I beseech you, said he embracing her. She consented, promis’d to end the Story as modestly as possible, and calling the young Maids she told them.
_Tho’ Maids be tied to Modesty, Yet youth allows some Liberty._
And thus resum’d her Discourse.
_Larisse_ par ce conte, avoit attiré l’attention de toute la compagnie, mais sur tout de deux jeunes Filles qui faisoient semblant de dormir de peur que la Bienseance ne les obligeat de se retirer si elles paroissoient entendre ce qu’elle disoit; l’une d’elles ayant ouvert les yeux pour regarder _Larisse_, comme si c’eut été sans dessein, les referma aussi-tôt. Pour l’autre, faisant semblant de se reveiller: Est-il déja jour? dit elle, & rougit en le disant. La compagnie connût leurs finesses, & s’en réjouit fort. Cependant _Larisse_ avoit cessé de parler, disant qu’elle ne vouloit pas achever le recit de cette avanture, de peur de faire de la peine à ces jeunes Filles & elle menaçoit la compagnie de quelques vieilles Histoires serieuses; Mais _Eugene_ impatient de scavoir le reste du conte: Hé _Larisse_ lui dit-il, ces jeunes Filles n’ont fait semblant de dormir, que pour vous écouter avec plus de liberté: je vous assure qu’elles ont plus d’envie que pas un de nous de scavoir la fin de vôtre histoire. Continuez, je vous en conjure, lui dit-il en l’embrassant. Elle y consentit, promit d’achever le conte le plus modestement qu’elle pourroit; & faisant approcher d’elle les jeunes filles leur dit,
_Il est permis aux jeunes gens De n’ètre pas toûjours si Sages._
Et recommenca ainsi à parler:
One while I complained of Love, and another while I pray’d to him: Great God, said I often to him, either cure me or make me belov’d of him I love. All this while I could neither eat nor sleep. _Gison_, (for that was the name of my Dear) recover’d his Beauty every Day; for Time, which conquers all, had alleviated his Sorrows. For my part, I was no more the same Woman, and the more _Glison_’s charms encreas’d, the more my secret Passion alter’d my Mind, my Face and Humour. I had not the assurance of disclosing my Passion, and yet was mad to conceal it: As for _Glison_ he was unacquainted with my Disease; he was sorry for me, and only repaid with thankfulness the Obligations he had to me, and contented himself to ease me in my Business of a Slave, as I had done him in his. But at last being no longer Mistress of my Passion, I saw my self forc’d to discover it; therefore upon a Friday, Oh! happy Day, which I shall never forget, having found _Glison_ upon my Bed, where he used sometimes to take his Repose after Dinner, I desired him, melting into Tears, to take pity on me. He granted my request, and seem’d very well pleas’d to have sav’d my Life.
Tantôt je me plaignois de l’Amour, & tantôt je le priois. Grand Dieu, lui disois-je souvent, ou gueris moi, ou me fais aimer de ce que j’aime. Cependant je ne mangeois, ni ne dormois plus. La beauté de _Glison_, c’ètoit le nom de celui que j’aimois, revenoit tous les jours; car le temps, qui vient à bout de tour, avoit addouci ses chagrins. Pour moi je n’ètoit plus reconnoissable & plus les agrémens de _Glison_ augmentoient, plus ma passion secrette changeoit mon esprit, mon Visage, & mon humeur. Je n’osois decouvrir mon Amour, & j’ètois au desespoir de le taire: mais _Glison_ ne connoissoit pas mon mal. Il me plaignoit, & payoit de reconnoissance seulement les obligations qu’il m’avoit, & se contentoit de me soulager de mes devoirs d’esclave, comme je l’avois soulagé dans les siens. Mais enfin ne me trouvant plus Maîtresse de mon Amour, je vis bien qu’il faloit me declarer. Un Vendredy donc, ô jour heureux! que je n’oublierai jamais, ayant trouvé _Glison_ sur mon lit, où il se reposoit quelquefois après diné, je le priai en fondant en larmes d’avoir pitié de moi, il ne s’en defendit pas, & me parût fort aise de m’avoir sauvé la Vie.
Now you, my Children, be merry whilst youth permits you; for the remembrance of past Pleasures will be the only ones of your old Age.
Vous autres, mes Enfans, rejouissez vous pendant que l’âge vous le permet. Le souvenir des plaisirs passez seront les seuls de vôtre Vieillesse.
The ingenious Thoughts, noble Sentiments, Jests and witty Reparties of the MODERNS. With some pleasant STORIES, _ENGLISH_ and _FRENCH_.
1
_Henry_ the Eighth King of _England_, being at odds with _Francis_ I. King of _France_, resolv’d to send him an Ambassadour with a very haughty and threatning Message, and to that purpose made choice of Bishop _Bonner_, in whom he reposed great Confidence. The Bishop told him, that his Life would be in great danger, if he should offer such Language to so high-spirited a King as _Francis_ the First. Be not afraid, said _Henry_ VIII. for should the _French_ King put you to Death, I would take off many a Head of those _French_ Men that are here in my Power: _I believe so_, answer’d the Bishop, _but of all those Heads_, added he with smile, _none would fit my Shoulders so well as this_, pointing to his own. This witty answer pleased the King, and made him reform the Instructions of his Ambassador.
Les Pensees ingenieuses, nobles Sentimens, Bons Mots, & Reparties fines des MODERNES. Avec quelques CONTES Plaisans. En _ANGLOIS_ & en _FRANÇOIS_.
1
_Henry_ VIII. Roy d’_Angleterre_, ayant des demelez avec _François_ I. Roy de _France_, resolut de lui envoyer un Ambassadeur, & de le charger de plusieurs paroles fieres & menaçantes, & choisit pour cét employ l’Evêque _Bonner_, en qui il avoit beaucoup de confiance; cét Eveque lui representa que sa vie seroit en grand danger, s’il tenoit de pareils discours à un Roy aussi fier qu’ètoit le Roy _François_ Premier: Ne craignez rien lui dit _Henry_ VIII. Si le Roy de _France_ vous faisoit mourir, je ferois abbatre bien de têtes à quantité de _François_, qui sont ici en ma puissance; _je le crois_, répondit l’Eveque, _Mais de toutes ces têtes_, ajoûta t-il en riant, _il n’y en a pas une qui vint si bien sur mes Epaules que celle-cy_, en lui montrant la sienne. Cette reponse agréable pût au Roy, & l’obligea à reformer l’instruction de son Ambassadeur.
2
Sir _Thomas More_, a famous Chancellor of _England_, seeing in Prison by _Henry_ the Eights Order, let both his Hair and Beard grow; and as a Barber came to trim him, _Friend_, said he, _the King and I have a Suit for my Head, and I’ll spend no cost upon the trimming of it, till I know which of us is to have the disposal of it_.
2