The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 5: Quebec, 1632-1633

Part 17

Chapter 173,829 wordsPublic domain

Le second iour de Iuillet, vn de nos François fut assommé lauant la lessiue [248 i.e., 148] en vn ruisseau voisin du fort, on creut que c'estoit quelque Hiroquois; on court, on cherche, on ne trouue rien. Le Pere Brebeuf & le Pere de Nouë estoient proche de l'habitation, dans vne cabane de Hurons: ils accoururent au bruit, ils vont voir le pauure blessé, qui n'a point parlé, & n'a suruescu que deux iours depuis les coups receus: En fin deux Sauuages Montagnaits ont donné aduis aux François du meurtrier, qui a esté pris & cõduit au fort; où il a confessé qu'il auoit fait ce meurtre: c'est vn Sauuage de la petite nation. Voicy le suiect qui l'a porté à cette cruauté; Vn sien parent s'en allant à la guerre, luy recommanda de tuer vn certain Sauuage qu'il luy nommoit: ce miserable auoit souuẽt tasché de le surprẽdre, & de le massacrer: mais voyant qu'il n'en pouuoit venir à bout, l'autre se tenant tousiours [249 i.e., 149] sur ses gardes: il a deschargé sa cholere sur le premier François qu'il a trouué à l'escart.

On the second of July, one of our Frenchmen was struck down while washing some clothes [248 i.e., 148] in a brook near the fort. It was believed to have been the act of some Hiroquois; there was a great deal of running and searching, but nothing was found. Father Brebeuf and Father de Nouë were near the settlement in a cabin of the Hurons. On hearing the noise, they ran out and went to see the poor man who had been wounded; he was speechless and survived only two days after receiving the blows. Finally two Savages, Montagnaits, informed the French who the murderer was. He was seized and taken to the fort, where he confessed that he had committed the crime. He is a Savage of the petite nation.[56] This is what led him to the act of cruelty: One of his relatives, upon going to war, recommended him to kill a certain Savage whom he named. This wretch had often tried to surprise and kill him; but, seeing that he had not accomplished it, the other being always [249 i.e., 149] on the lookout, he vented his wrath upon the first Frenchman whom he found alone.

Voila comme nos vies sont peu asseurées parmy ces Barbares: mais nous trouuons là dedans vne puissante consolation, qui nous met hors de toute crainte, c'est que mourans de la main des Barbares en venant procurer leur salut, c'est imiter en quelque façon nostre bon Maistre, à qui ceux-là mesme donnerent la mort, ausquels il venoit apporter la vie.

This shows you how unsafe our lives are among these Barbarians; but we find therein exceeding consolation, which relieves us from all fear; it is that dying at the hands of these Barbarians, whose salvation we come to seek, is in some degree following the example of our good Master, who was put to death by those to whom he came to bring life.

Le 3. du mesme mois, le Pere Dauost arriua de Tadoussac, il fut contrainct de se faire apporter dans vn canot par des Sauuages, voyant que le vaisseau auquel il estoit ne pouuoit monter faute de vent, craignãt d'ailleurs que les Hurons ne descendissent, & ne s'en retournassent sans luy en leur pays. Dieu soit glorifié [250 i.e., 150] pour iamais, qui nous a rassemblez tous en nostre petite maisonette, auec vne grande ioye & vn grãd desir de luy offrir nos vies pour son seruice.

On the 3rd of the same month Father Davost arrived from Tadoussac. He was forced to have himself brought down in a canoe by some Savages, as his vessel could not come up the river, because there was no wind; he also feared that the Hurons might come down, and return to their country without him. May God be forever [250 i.e., 150] praised, who has brought us together in our own little cottage, in great joy, and with a strong desire to give our lives to his service.

Le 4. Louys Amantacha Hurõ qui a esté baptisé en France, & instruit par nos Peres, & qui auroit fait merueille en son pays s'il n'eut esté pris des Anglois, se vint confesser & communier en nostre petite Chapelle. Il y auoit deux iours qu'il estoit descendu à Kebec, nous venant visiter dés le commencement de son arriuée, ie l'inuitay à penser vn petit à sa conscience, il me promit qu'il le feroit, aussi n'y a-il pas manqué.

On the 4th, Louys Amantacha,[21] a Huron who was baptized in France, and taught by our Fathers, and who would have done wonders in his country if he had not been captured by the English, came to confession and communion at our little Chapel. Two days before, he had arrived at Kebec, coming to see us immediately. I asked him to think about his conscience a little; he promised me that he would, and he has kept his word.

Le 5. trois Capitaines de diuerses nations nous vindrent voir, nous leur mõstrasmes quelques tableaux, taschant de leur faire entendre ce qu'ils representoient, nous les fismes manger, puis ie leur fis present à [251 i.e., 151] chacun d'vn chappelet de rassade, ils estoient les plus contens du monde; ie leurs fis le meilleur accueil qui me fut possible scachant que nos Peres qui vont aux Hurons, deuoient passer par leur pays.

On the 5th, three Captains of different tribes came to see us. We showed them several pictures, trying to make them understand what they represented. We gave them something to eat and then I made each one [251 i.e., 151] a present of a rosary of glass beads. They were the happiest men in the world. I gave them as warm a reception as I could, knowing that our Fathers who were going to the Hurons would pass through their country.

Le 10. on nous donna aduis sur le soir qu'vn petit Sauuage estoit malade à la mort, il y auoit vne bonne demie lieuë de chemin à faire depuis nostre maison iusques à sa cabane. La nuict approchoit, la mort du dernier François a ietté quelque défiance dans l'esprit des autres, si bien qu'on se tient vn peu sur ses gardes: nonobstant cela, ie ne pouuois permettre que ce pauure petit fut abandonné: i'auois desir de l'aller baptiser moy-mesme, mais ayant esté indisposé, & ressenty quelques accés de fiéure depuis quelque tẽps: nos Peres trouuerent plus à propos que le Pere Brebeuf y allast. Il part [252 i.e., 152] donc auec le Pere de Nouë dans vn canot, ils rencontrerent vn François aupres des Cabanes, qui leur dit que ces Sauuages ne vouloient point monstrer leur enfant aux François, cela ne les arreste point, ils entrent dans la Cabane, & le Pere Brebeuf qui iargonne aussi bien que moy en Sauuage, leur fit entendre le mieux qu'il pût la cause de sa venuë: le Pere de Nouë courut incontinent vers le Truchement, pour le supplier de venir faire vn tour vers ce malade. Cõme il est fort honneste homme & bien vertueux, il quitte son soupper, & s'en vient trouuer les Peres, qui le supplient de declarer aux Sauuage pourquoy ils venoiẽt si tard: scauoir est qu'ils aimoient ce petit enfant, & que s'il mouroit sans baptesme, qu'il n'iroit point au Ciel: au contraire si on le baptisoit, qu'il seroit tousiours bien-heureux. Ils demandent en [253 i.e., 153] outre si ses parens ne seroient pas biẽ contens qu'on le baptisast: la mere respond que pour elle qu'elle en estoit tres-contente, que son mary estoit yure, & qu'il dormoit dans vne autre Cabane. Le Pere passe outre, & demande si au cas qu'il mourut, ils ne voudroiẽt pas bien l'apporter en nostre maison, pour l'enterrer en nostre Cimetiere: & s'il retournoit en santé, si elle ne voudroit pas bien nous le dõner pour l'instruire: elle respond que son fils estoit mort, & que s'il rechappoit, qu'aussi-tost qu'il pourroit marcher (car il n'a enuiron que six mois) qu'elle nous l'ameneroit. Vn Sauuage entẽdāt cela, courut voir le pere de l'enfant; & l'éueilla; luy ayant rapporté tout ce qu'auoient dit les Peres, il respōdit; encore que ie sois yure, i'entend biẽ tout ce que tu dis: va t'en, & dis à ces Peres qu'ils baptisent mõ fils? ie scay [254 i.e., 154] bien qu'ils ne luy feront point de mal; s'il meurt, c'est qu'il est mortel; s'il réchappe, ie leur donneray pour l'instruire. Le Messager rapporta la nouuelle, & le Pere Brebeuf enuoye querir de l'eau à la riuiere, cependant le Pere de Nouë & le Truchement se mettent à genoux, recitent l'Hymne _Veni Creator_; & le Pere Brebeuf baptise ce pauure petit, luy donnant le nom de François, en l'honeur de S. François Xauier: disant aux parens que d'oresnauant il le falloit nommer François, & que s'il mourroit, qu'il iroit tout droit au Ciel, où il seroit à iamais bien-heureux. Ces pauures gens témoignerent vn tres-grand contentement, reïterans souuent ce nom François, François: & faisans voir qu'ils auoiẽt pris vn singulier plaisir en cette action. L'vn des Sauuages de la Cabane se mit à dire que si le Sauuage qui a tué le [255 i.e., 155] François dernier mort estoit de leur nation qu'il auroyent prié le Capitaine des François de le faire mourir voulãt dõner vne preuue de l'amour qu'il portoit à tous les Frãçois. Enfin les Peres retournerent à dix heures du soir bien ioyeux, & comme ie demandois au Pere Brebeuf s'il n'estoit pas bien content d'auoir si bien conclud la iournée: helas! dit-il, ie viendrois tout exprés de France, & trauerserois tout l'Ocean pour gagner vne petite ame à N. Seigneur.

On the 10th, toward evening, we received news that a little Savage was sick unto death. It was a good half league from our house to his cabin. Night was approaching; the death of the last Frenchman had caused some fear in the minds of the others, so much so that we were on our guard. Notwithstanding that, I could not suffer this poor little one to be abandoned. I wished to go and baptize it myself; but, being indisposed, and having felt for some time a slight attack of fever, our Fathers thought it best that Father Brebeuf should go. So he started [252 i.e., 152] off with Father de Nouë in a canoe. They encountered a Frenchman near the Cabins, who said that these Savages did not want to show their child to the French. That did not stop them. They entered the Cabin, and Father Brebeuf, who can jargon as well as I can in Savage, made them understand as best he could the cause of his visit. Father de Nouë ran hurriedly to the Interpreter, to beg him to come and do a service for the sick. As he was a very honest and worthy man, he left his supper and joined the Fathers, who besought him to inform the Savages why they had come so late; that it was because they loved that little child, and that if it died without baptism it would not go to Heaven; on the contrary, if it were baptized it would be forever happy. They asked [253 i.e., 153] also if its parents would not be very glad to have it baptized. The mother answered that for her part she would be very well pleased, but that her husband was drunk, and asleep in another Cabin. The Father continued, and asked, if the child should die, if they would not bring it to our house and bury it in our Cemetery; and, if it were restored to health, if they would not give it to us to be educated. She answered that her son was dead; but that if he revived, as soon as he should be able to walk (for he was only about six months old) she would bring him to us. A Savage, who heard this, ran to the father of the child and aroused him; having reported to him all that the Fathers had said, he answered: "Though I am drunk, I understand very well all that thou sayest; go and bid those Fathers baptize my son; I know [254 i.e., 154] very well that they will do him no harm; if he dies, it is because he is mortal; if he recovers, I shall give him to them to be educated." The Messenger brought the news, and Father Brebeuf sent to the river for water, while Father de Nouë and the Interpreter knelt down, reciting the hymn _Veni Creator_; and Father Brebeuf baptized this poor little one, giving him the name of François, in honor of St. François Xavier, telling the parents that they must hereafter call him François, and that if he died he would go straight to Heaven, where he would be forever blest. These poor people gave evidence of their great happiness, often repeating the name "François, François," and showing that they had taken a great deal of pleasure in what we had done. One of the Savages in the Cabin said that if the Savage who had recently killed [255 i.e., 155] the Frenchman belonged to his tribe, he would have prayed the Captain of the French to kill him, wishing to give a proof of the love that they bore to all Frenchmen. In short, the Fathers returned home at ten o'clock at night very happy; and when I asked Father Brebeuf if he were not glad to have ended the day so well: "Ah!" said he, "I would come expressly from France, and cross the great Ocean, to reclaim one little soul for Our Lord."

Il m'adiousta que le Pere de l'enfant s'appelloit la Grenouille, alors ie le cognus fort bien, c'est vn Capitaine des Algonquains; il nous est venu voir, ie luy ay quelquefois parlé de Dieu, i'en fais mentiõ cy-dessus: c'est luy qui me demandoit combien ie voulois d'enfans, & qui s'estonna quand ie luy repartis que nous en voulions vingt, & bien dauantage [256 i.e., 156] quand nous les pourrions nourrir.

He added that the Father of the child was called "la Grenouille" [the Frog]. Then I knew him very well, as a Captain of the Algonquains. He had been to see us, and I had spoken to him sometimes of God. I have mentioned him above. It was he who asked me how many children I wanted, and who was astonished when I replied that we wanted twenty, and many more [256 i.e., 156] when we should be able to feed them.

Au reste, c'est chose estrange combien les Sauuages sont addonnés à l'yurongnerie, nonobstãt les defenses du sieur de Champlain, il y a tousiours quelqu'vn qui leur traite, ou vend quelque bouteille en cachette: si bien qu'on ne voit qu'yurongnes hurler parmy eux, se battre & se quereler. Le Truchement m'a dit que les Sauuages de la nation de celuy qui est prisonnier au fort pour auoir tué ce François, luy reprochoiẽt que c'estoit l'eau de vie, & non ce Sauuage, qui auoit cõmis ce meurtre; voulant dire qu'il estoit yure quand il fit ce coup: Tiens ton vin & ton eau de vie en prison, disent-ils, ce sont tes boissons qui font tout le mal, & non pas nous autres. Ils pensent s'estre bien excusez du mal qu'ils ont fait, quand ils disent qu'ils estoient yures: ie ne voudrois pas les croire aisément [257 i.e., 157] en ce poinct, car ils feignent fort bien cette manie quand ils veulent couurir leur malice.

Further, it is very strange how these Savages are given to drunkenness. In spite of the prohibition of sieur de Champlain, there is always some one who trades with them, or who will sell them a bottle now and then in secret. So that drunkards are continually seen among them, shouting, fighting, and quarreling. The Interpreter told me that the Savages of the tribe to which the prisoner in the fort belonged who had killed the Frenchman, told him reproachfully that it was brandy and not that Savage who had committed this murder, meaning to say that he was drunk when he struck the blow. "Put thy wine and thy brandy in prison," they say: "It is thy drinks that do all the evil, and not we." They believe themselves to be entirely excused from the crimes they commit, when they say that they were drunk. I do not readily believe [257 i.e., 157] in this, because they feign this madness very well when they wish to hide their malice.

Pour retourner à cét enfant nouuellement baptisé, il mourut le lendemain au soir: & le iour suiuant le Pere Brebeuf allant au fort, veit les Sauuages qui trauersoient le grand fleuue S. Laurens, pour le porter en terre à l'autre port. Ie croy qu'ils ne l'apporterent pas chez nous pour auoir plus de liberté de faire festin sur sa fosse, selõ leur coustume. Quasi à mesme temps vn ieune garçon huguenot qui a passé dans les vaisseaux, & qui deuoit retourner auec eux, s'est noyé tout deuant le fort, estrange effect de la prouidence & predestination du bon Dieu! _vnus assumetur, alter relinquetur_.

To return to this newly baptized child: it died the next evening; and on the following day Father Brebeuf, going to the fort, saw the Savages crossing the great St. Lawrence river, to bury it on the other side. I believe they did not bring it to us, because they wanted to enjoy more liberty in feasting over the grave, according to their custom. About the same time, a young huguenot boy who came over in the ship, and who was to return with them, was drowned right in front of the fort. Strange effect of the providence and the predestination of the good God! _Unus assumetur, alter relinquetur._

Le Pere Brebeuf ne laissa point d'entrer dans la Cabane d'où on auoit tiré cét enfant mort. Il y en [258 i.e., 158] trouua encor vn autre malade: il parla de le baptiser, sa grand'mere respondit; ie suis contente que tu le baptise, pourueu que tu le guerisse. Le Truchement des Algonquains qui se fait bien entendre des Montagnaits se trouuant là, le Pere leur fit vn petit discours du Baptesme, & de ses effects: Vous ne recherchez, leur disoit-il, que le corps, & nous recherchons l'ame, qui est purifiée par ce Sacrement, faisant approprier leurs paroles le mieux qu'il pouuoit à nos mysteres. Le Baptesme guarit tousiours l'ame, ne fait point de mal au corps: ains au contraire luy rend souuent la santé. Ils demanderent combien il falloit d'eau pour baptiser: Le Pere respond qu'on n'auoit point d'esgard à la quantité. La conclusion fut que les parẽs prirent eux-mesmes l'enfant, & le disposerent pour receuoir cette benediction: [259 i.e., 159] mais le Pere iugeant qu'il n'estoit pas en dãger de mort, ne se voulut point haster.

Father Brebeuf lost no time in going to the Cabin from which they had taken the dead child. Here he [258 i.e., 158] found another sick child; he spoke of baptizing him, when the grandmother answered: "I shall be satisfied to have thee baptize him, provided that thou canst cure him." The Interpreter of the Algonquains, who makes himself readily understood by the Montagnaits, being present, the Father gave them a little talk upon Baptism and its effects. "You care only for the body," said he, "we care for the soul, which is purified by this Sacrament," adapting their words as best he could to our mysteries. "Baptism always cures the soul, and does no harm to the body, but on the contrary often restores it to health." They asked how much water it took for baptism. The Father answered that no attention was paid to the quantity. The result was that the parents themselves took the child, and prepared it to receive this blessing. [259 i.e., 159] But the Father, thinking that it was not in danger of death, did not wish to hasten matters.

Le lendemain noꝰ l'allasmes voir le Pere de Nouë & moy, la crainte que nous auiõs qu'il ne mourut sans estre baptisé, nous fit partir par vn temps tout à fait violent: les vents & la pluye sembloient vouloir tout rompre, & tout noyer. Ie voulois aussi aller entendre de confession vn Bengalois qui auoit esté blessé, & qui me demandoit: c'eft vn ieune homme amené des Indes Orientales, & fait Chrestien en Frāce, qui a hyuerné icy auec nous. Ie le veis, & le cõsolay le mieux que ie pûs. Pour le petit Sauuage m'estant presenté à l'vne des portes de sa Cabane, on me dit _aouesse_, retire toy: mais ayans ouy ma voix, ils me dirent que ie passasse par l'autre porte: i'entre donc pendant que le Pere de Nouë cherchoit le [260 i.e., 160] Truchement. Vne femme m'arresta au premier pas, me disant, _appitou_, sieds toy là. Ie luy responds, ouy, ie veux voir l'enfant. attend, attend, me dit-elle, tu le verras. Le plus grãd sorcier d'entr'eux, à ce que me dit le Truchement, qui arriua bien-tost apres, chantoit & souffloit cét enfant pour le guerir. Ils auoient fait vn petit retrenchement où estoit l'enfāt, i'en voulus deux ou trois fois approcher, mais on ne me le voulut pas permettre. Les Sauuages m'arrestoient à tous coups. Attendant que ce beau medecin eut traité son malade, l'enfant estoit nud comme la main, couché dans vn petit berceau d'écorce, sur de la poudre de bois pourry. Il auoit vne grosse fiévre qui le brusloit, & ce charlatan pour le guerir battoit & tournoit vn instrument remply de petites pierres, fait iustement comme vn tambour de [261 i.e., 161] Basque. Il chantoit auec cela à gorge desployée: en vn mot luy & sõ cõpagnon pour oster la fieure a ce petit garçon faisoient vn bruit capable de la donner à vn hõme biẽ sain. Le sorcier s'approchoit du malade, le souffloit par tout le corps, à ce que ie pouuois coniecturer, car ie ne le voiois pas, mais i'entendois son souffle tiré du profond de l'estomach: il battoit ce tambour à ses oreilles, cependant il y auoit vn grand silence parmy les autres Sauuages qui estoient dans la mesme cabane. Sa medecine donnée il m'appelle, & me dit que ie visse l'enfant, & que ie luy en disse mon aduis: pour luy qu'il croioit qu'il avoit ie ne sçay quoy de noir dans le corps, & que c'estoit cela qui le faisoit malade, voila le resultat de ce grãd bruit. Ie m'approche, ie touche le poulx de l'enfant, ie luy trouue vne grosse fieure, & leurs dy qu'il auoit vne maladie [262 i.e., 162] que nous appellions la fieure, & qu'il le falloit laisser reposer, & non pas le tuer auec ce grand bruit qui augmentoit sa maladie, & qui depuis peu i'auois eu quelques accés de fiéure, & que le repos m'auoit guery. Le sorcier me repart, cela est bon pour vous autres, mais pour nous c'est ainsi que nous guerissons les malades. Helas que les hommes qui ne cognoissent pas Dieu sont ignorans, voire mesme dans les choses naturelles! Pour cōclure ce point, nous nous en retournasmes par eau comme nous estions venus, sans baptiser l'enfant, ne iugeant pas sa maladie mortelle, la fiebure quoy que bien grande estãt intermittente.