The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 2: Acadia, 1612-1614

Part 2

Chapter 23,990 wordsPublic domain

Je vis cette fille de 8 a 9 ans, toute transie et n'ayant plus que la peau et les os. Je la demanday à ses parens pour la baptiser. Ils me respondirent que si je la voulois, ils me la donnoyent tout à faict. Car aussy bien, elle et un chien mort, c'estoit tout un. Ainsy parloyent-ils, d'autant que c'est leur coustume d'abandonner entierement ceux qu'ils ont une fois entierement jugés incurables. Nous acceptasmes l'offre, affin qu'ils vissent la difference du [51] Christianisme et de leur impieté. Nous fismes conduire ce pauvre squelette en une cabane de l'habitation, la secourusmes et nourrismes à nostre possible, et l'ayant tolerablement instruite, la baptisasmes. Elle fut appelée Antoynette de Pons, en memoire et recognoissance de tant de benefices qu'avons receus et recevons de Madame la Marquise de Guercheville; et laditte Dame se peut resjouir que jà son nom est au ciel, car quelques jours aprés son baptesme, cette ame choysie s'envola en ce lieu de gloire.

I saw this girl, eight or nine years old, all benumbed and nothing but skin and bone. I asked the parents to give her to me to baptize. They answered that if I wished to have her they would give her up to me entirely. For to them she was no better than a dead dog. They spoke like this because they are accustomed to abandon altogether those whom they have once judged incurable. We accepted the offer, so that they might see the difference between [51] Christianity and their ungodliness. We had this poor skeleton brought into one of the cabins of the settlement, where we cared for and nourished her as well as we could, and when she had been fairly well instructed we baptized her. She was named Antoynette de Pons, in grateful remembrance of the many favors we have received and are receiving from Madame la Marquise de Guercheville, who may rejoice that already her name is in heaven, for a few days after baptism this chosen soul flew away to that glorious place.

Ce luy aussy fut nostre premier né, sur lequel nous avons pu dire ce que Ioseph prononça sur le sien, que Dieu nous avoit faict oublier tous nos travaux passés et la maison de nostre Père. Mais à propos de ce que les Sauvages abandonnent leurs malades, une autre occasion de semblablement exercer la charité chrestienne envers ces délaissés, a eu son issüe plus joyeuse, et profitable pour détromper ces nations. Cette occasion fut telle.

This was also our firstborn, for whose sake we could say, as Joseph did about his, that God had made us forget all our past hardships and the homes of our Fathers. But in speaking of the Savages abandoning their sick, another similar occasion to exercise charity toward those who are deserted has had a more happy issue and one more useful in undeceiving these people. This occasion was as follows:

Le second fils du grand sagamo Membertou, de qui nous parlerons tantost, appelé _Actodin_, jà chrestien et marrié, estoit tombé en une griefve maladie. Monsieur de Potrincourt, s'en allant en France, l'avoit visité, et, comme il est bon seigneur, l'avoit invité de se faire porter en l'habitation, pour y estre medicamenté. Je m'attendois à cela, qu'on [52] le nous apporteroit; mais on n'en faisoit rien. Ce voyant, pour ne laisser cette ame en danger, je m'y en allay de là à quelques jours (car il estoit à 5 lieuës de l'habitation). Mais je trouvay mon malade en un bel estat. On estoit sur le poinct de faire tabagie ou convive solemnel sur son dernier adieu. Trois ou quatre vastes chaudieres bouilloyent sur le feu. Il avoit sa belle robe soubs soy (car c'estoit en esté), et se preparoit à sa harangue funebre. La harangue devoit finir en l'adieu et comploration commune de tous. L'adieu et le deuil se clost par l'occision des chiens à ce que le mourant ait des avants-coureurs en l'autre monde. L'Occision des chiens est accostée de la tabagie et de ce qui suyt la tabagie, du chant et des danses. Après cela, il n'est plus loysible au malade de manger ou demander aucun secours, ains se doibt jà tenir pour un des manes ou citoyens de l'autre vie. Je trouvay donc mon hoste en tel estat.

The second son of the grand sagamore Membertou, of whom we shall speak by and by, named _Actodin_, already a christian, and married, fell dangerously ill. Monsieur de Potrincourt, as he was about to depart for France, had visited him; and being a kind-hearted gentleman, had asked him to let himself be taken to the settlement for treatment. I was expecting this suggestion [52] to be carried out; but they did nothing of the kind. When this became evident, not to leave this soul in danger, I went there after a few days (for it was five leagues from the settlement). But I found my patient in a fine state. They were just about to celebrate tabagie, or a solemn feast, over his last farewell. Three or four immense kettles were boiling over the fire. He had his beautiful robe under him (for it was summer), and was preparing for his funeral oration. The oration was to close with the usual adieus and lamentations of all present. The farewell and the mourning are finished by the slaughter of dogs, that the dying man may have forerunners in the other world. This slaughter is accompanied by the tabagie and what follows it--namely, the singing and dancing. After that it is no longer lawful for the sick man to eat or to ask any help, but he must already consider himself one of the "manes," or citizens of the other world. Now it was in this state that I found my host.

I'invectivay contre cette façon de faire, plus de geste que de langue, car pour la langue, mes interpretes ne disoyent pas la dixiesme partie de ce que je voulois. Neantmoins le vieil Membertou, pere du malade, conceut assés l'affaire, et me promit qu'on s'arresteroit à tout ce que j'en dirois. Ie luy dis donc que pour l'adieu et deuil moderé, et encores pour la tabagie, cela se pourroit tolerer; mais [53] que le carnage des chiens, et les chants et danses sur un trespassant, et beaucoup moins l'abandonnement d'iceluy, ne me playsoyent point; que plus tost, selon qu'ils avoyent promis à Monsieur de Potrincourt, ils l'envoyassent en l'habitation; qu'à l'ayde de Dieu, il pourroit bien encore guerir. Ils me donnerent parolle d'ainsy faire le tout; ce neantmoins, le languissant ne nous fut apporté que deux jours après.

I denounced this way of doing things, more by actions than by words; for, as to talking, my interpreters did not repeat the tenth part of what I wanted them to say. Nevertheless, old Membertou, father of the sick man, understood the affair well enough, and promised me that they would stop just where I wanted them to. Then I told him that the farewells and a moderate display of mourning, and even the tabagie, would be permitted, but [53] that the slaughter of the dogs, and the songs and dances over a dying person, and what was much worse, leaving him to die alone, displeased me very much; that it would be better, according to their promise to Monsieur de Potrincourt, to have him brought to the settlement, that, with the help of God, he might yet recover. They gave me their word that they would do all that I wished; nevertheless, the dying man was not brought until two days afterward.

Il prenoit des symptomes si mortels, que souvent nous n'attendions sinon qu'il nous demeurast entre les mains. En effet un soir, sa femme et enfans l'abandonnerent entierement, et s'en allerent cabaner ailleurs, pensant que c'en estoit vuidé. Si pleut-il à Dieu tromper heureusement leur desespoir; car, de là à peu de jours, il fut plein de santé, et l'est encore aujourd'hui (à Dieu en soit la gloire); ce que M. Hébert, Parisien et maistre en Pharmacie assés cognu, qui solicitoit ledit malade, m'a souvent asseuré estre un vray miracle. De moi, je ne sçay qu'en dire, d'autant que je ne veux affirmer ny le si ny le non en ce dont je n'ay évidence. Cela scay-je, que nous mismes sur le dit languissant un os des precieuses reliques du glorieux Sainct Laurens, archevesque de Dublin en Hibernie, que M. de la Place, digne abbé d'Eu, et Messieurs les Prieurs et Chapitre de laditte abbaye d'Eu nous donnerent de leur grace pour convoyer nostre voyage en ces quartiers. Nous [54] doncques mismes sur le malade de ces sainctes reliques, faisant vœu pour luy, et depuis il emmeilleura.

His symptoms became so serious that often we expected nothing less than that he would die on our hands. In fact, one evening, his wife and children deserted him entirely and went to settle elsewhere, thinking it was all over with him. But it pleased God to prove their despair unfounded; for a few days afterwards he was in good health and is so to-day (to God be the glory); which M. Hébert, of Paris, a well-known master in Pharmacy, who attended the said patient, often assured me was a genuine miracle. For my part, I scarcely know what to say; inasmuch as I do not care either to affirm or deny a thing of which I have no proof. This I do know, that we put upon the sufferer a bone taken from the precious relics of the glorified Saint Lawrence, archbishop of Dublin in Ireland, which M. de la Place, the estimable abbé d'Eu, and the Priors and Canons of the said abbey d'Eu, kindly gave us for our protection during the voyage to these lands. So we [54] placed some of these holy relics upon the sick man, at the same time offering our vows for him, and then he improved.

Par cet exemple, Membertou, le pere du guery, comme j'ay dict cy devant, fut fort confirmé en la foy, et à cette cause sentant le mal dont depuis il est decedé, voulut aussy tost estre apporté icy; et quoyque nostre cabane soit tant estroitte que trois personnes estant dedans, à peine s'y peuvent-elles remuer, neantmoins si demanda-t-il de grande confiance qu'il avoit en nous, d'estre logé dans l'un de nos deux licts; ce qu'il fut pour six jours. Mais après, sa femme, fille et brue estans venues, il cogneut bien de luy mesme qu'il falloit tramarcher; ce qu'il fit, s'excusant fort, et nous demandant pardon du continuel travail qu'il nous avoit donné jour et nuict en son service. Certes le changement de lieu et traitement ne lui allegea pas son mal. Par ainsy, le voyant sur son declin, je le confessay au mieux que je pus, et luy après (c'est tout leur testament) fit sa harangue. Or en sa harangue, entre autres choses il dict sa volonté estre d'avoir sepulture avec ses femmes et enfants, ez-anciens monumens de sa maison.

Influenced by this example, Membertou, the father of the one who had recovered, as I have said before, was very strongly confirmed in the faith; and because he was then feeling the approach of the malady from which he has since died, he wished to be brought here immediately; and although our cabin is so narrow that when three people are in it they can scarcely turn around, nevertheless, showing his implicit confidence in us, he asked to be placed in one of our two beds, where he remained for six days. But afterwards his wife, daughter, and daughter-in-law having come, he himself recognized the necessity of leaving, and did so with profuse excuses, asking our pardon for the continual trouble he had given us in waiting upon him day and night. Certainly the change of location and treatment did not improve him any. So then, seeing that his life was drawing to a close, I confessed him as well as I could; and after that he delivered his oration (this is their sole testament). Now, among other things in this speech, he said that he wished to be buried with his wife and children, and among the ancient tombs of his family.

Ie me monstray fort mal content de cecy, craingnant que les Françoys et Sauvages ne prinssent de la suspicion qu'il n'estoit mort gueres bon Chrestien. [55] Mais on m'opposa que telle promesse lui avoit esté faicte avant qu'il fut baptisé; et qu'autrement si on l'enterroit en nostre cimetière, ses enfans et amis ne nous viendroyent jamais plus veoir, puisque c'est la façon de cette nation d'abhorrer toute memoire de la mort et des morts.

I manifested great dissatisfaction with this, fearing that the French and Savages would suspect that he had not died a good Christian. [55] But I was assured that this promise had been made before he was baptized, and that otherwise, if he were buried in our cemetery, his children and his friends would never again come to see us, since it is the custom of this nation to shun all reminders of death and of the dead.

Je disputay contre, et avec moy M. de Biancourt (car c'est quasi mon unique truchement), neantmoins en vain; le mourant demeuroit resolu. Le soir assez tard, nous luy donnasmes l'extreme onction, puisque autrement il y estoit assez preparé. Voyez l'efficace du sacrement: le lendemain matin, il mande M. de Biancourt et moy, et de nouveau il recommence sa harangue. Par icelle il declaroit avoir de soy mesme changé de volonté; qu'il entendoit d'estre inhumé avec nous, commandant à ses enfans de ne point pour cela fuyr le lieu comme infideles, ains d'autant plus le frequenter comme chrestiens, à celle fin d'y prier pour son ame et pleurer ses pechez. Il recommanda aussi la paix avec M. de Potrincourt et son fils; que de luy, il avait toujours aymé les Françoys, et avoit souvent empesché plusieurs conspirations contre eux. De là à peu d'heures il mourut entre mes mains fort chrestiennement.

I opposed this, and M. de Biancourt, for he is almost my only interpreter, joined with me, but in vain; the dying man was obdurate. Rather late that evening we administered extreme unction to him, for otherwise he was sufficiently prepared for it. Behold now the efficacy of the sacrament; the next morning he asks for M. de Biancourt and me, and again begins his harangue. In this he declares that he has, of his own free will, changed his mind; that he intends to be buried with us, commanding his children not, for that reason, to shun the place like unbelievers, but to frequent it all the more, like christians, to pray for his soul and to weep over his sins. He also recommended peace with M. de Potrincourt and his son; as for him, he had always loved the French, and had often prevented conspiracies against them. A few hours afterward he died a christian death in my arms.

C'a esté le plus grand, renommé et redouté sauvage qui ayt esté de memoire d'homme: de riche [56] taille, et plus hault et membru que n'est l'ordinaire des autres, barbu comme un françoys, estant ainsy que quasi pas un des autres n'a du poil au menton; discret et grave, ressentant bien son homme de commandement. Dieu luy gravoit en l'ame une apprehension plus grande du Christianisme, que n'estoit ce qu'il en avoit pu ouyr, et m'a souvent dict en son sauvageois. "Apprend vistement nostre langue, car aussy tost que tu la sçauras et m'auras bien enseingné, je veux estre prescheur comme toy." Avant mesme sa conversion, il n'a jamais voulu avoir plus d'une femme vivante; ce qu'est esmerveillable, d'autant que les grands sagamos de ce païs entretiennent un nombreux serail, non plus pour luxure, que pour ambition, gloire et necessité: pour ambition, à celle fin d'avoir plusieurs enfans, en quoy gist leur puissance; pour gloire et necessité, d'autant qu'ils n'ont autres artisans, agens, serviteurs, pourvoyeurs ou esclaves que les femmes; elles soustiennent tout le faix et fatigue de la vie.

This was the greatest, most renowned and most formidable savage within the memory of man; of splendid [56] physique, taller and larger-limbed than is usual among them; bearded like a Frenchman, although scarcely any of the others have hair upon the chin; grave and reserved; feeling a proper sense of dignity for his position as commander. God impressed upon his soul a greater idea of Christianity than he has been able to form from hearing about it, and he has often said to me in his savage tongue: "Learn our language quickly, for as soon as thou knowest it and hast taught me well I wish to become a preacher like thee." Even before his conversion he never cared to have more than one living wife, which is wonderful, as the great sagamores of this country maintain a numerous seraglio, no more through licentiousness than through ambition, glory and necessity; for ambition, to the end that they may have many children, wherein lies their power; for fame and necessity, since they have no other artisans, agents, servants, purveyors or slaves than the women; they bear all the burdens and toil of life.

C'a esté le premier de tous les Sauvages qui en ces régions aye receu le baptesme et l'extreme-onction, le premier et le dernier sacrement, et le premier qui, de son mandement et ordonnance, aye été inhumé chrestiennement. Monsieur de Biancourt honora ses obsèques, imitant à son possible les [57] honneurs qu'on rend en France aux grands Capitaines et Seigneurs.

He was the first of all the Savages in these parts to receive baptism and extreme unction, the first and the last sacraments; and the first one who, by his own command and decree, has received a christian burial. Monsieur de Biancourt honored his obsequies, imitating as far as possible the [57] honors which are shown to great Captains and Noblemen in France.

Or, à ce que l'on craigne les jugemens de Dieu, aussy bien que l'on ayme sa misericorde, je mettray icy la fin d'un françoys, en laquelle Dieu a monstré sa justice, aussy bien qu'en celle de Membertou nous recognoissons sa grâce. Celuy-cy avoit souvent esvadé le danger d'estre noyé, et tout fraischement le beau jour de la Pentecoste derniére. Le bénéfice fut mal recogneu. Pour n'en rien dire de plus, la veille de S. Pierre et S. Paul, comme le soir on fust entré en discours des perils de mer, et des vœux qu'on faict aux Saincts en semblables hazards, ce miserable se print à s'en rire et moquer impudemment, se gaudissant de ceux de la compagnie qu'on disoit en telles rencontre savoir esté religieu. Il eut tost son guerdon. Le lendemain matin, un coup de vent l'emporta tout seul dehors de la chaloupe dans les vagues, et jamais depuis, n'est apparu.

Now, that the judgments of God may be feared as much as his mercies are loved, I shall here record the death of a Frenchman, in which God has shown his justice as much as he has given us evidence of his mercy, in the death of Membertou. This man had often escaped drowning, and only recently upon the blessed day of last Pentecost. He showed but little gratitude for this favor. Not to make the story too long, the evening before St. Peter's and St. Paul's day, as they were discoursing upon the perils of the sea, and upon the vows made to the Saints in similar dangers, this wretch began impudently to laugh and to sneer, jeering at those of the company who were said to have been religious upon such occasions. He soon had his reward. The next morning a gust of wind carried him, and him only, out of the boat into the waves, and he was never seen again.

Mais laissons l'eau et venons à la rive. Si la terre de cette nouvelle France avoit aucun sentiment, ainsy que les Poëtes feignent de leur deesse Tellus, sans doubte elle eust eu un ressentiment bien nouveau de liesse cette année; car, Dieu mercy, ayans eu fort heureuses moissons de ce peu qui avoit esté labouré du recueilly nous avons faict des hosties, et nous les avons offertes à Dieu. Ce sont, comme nous [58] croyons, les premieres hosties qui ayent esté faites du froment de ce terroir. Notre Seigneur par sa bonté les aye voulu recevoir en odeur de suavité, et, comme dict le Psalmiste, _veuille donner benignité, puisque la terre luy a rendu son fruict_.

But let us leave the water and come on shore. If the ground of this new France had feeling, as the Poets pretend their goddess Tellus had, doubtless it would have experienced an altogether novel sensation of joy this year, for, thank God, having had very successful crops from the little that was tilled, we made from the harvest some hosts [wafers for consecration] and offered them to God. These are, as we [58] believe, the first hosts which have been made from the wheat of these lands. May Our Lord, in his goodness, have consented to receive them as fragrant offerings and in the words of the Psalmist, _may he give graciously, since the earth has yielded him its fruits_.

C'est assés demeuré à la maison; sortons un peu dehors, comme nous avons promis de faire, et racontons ce qui s'est passé par le pays.

We have stayed at home long enough; let us go abroad a little, as we promised to do, and relate what has taken place in the country.

J'ay faict deux voyages avec M. de Biancourt, l'un de quelques douze jours, l'autre d'un mois et demy, et avons rodé toute la coste dés Port-Royal jusques à Kinibéqui, ouest-sud ouest. Nous sommes entrez dans les grandes rivières de S. Iean, de Saincte Croix, de Pentegoet et du sus-nommé Kinibéqui; avons visité les Françoys, qui ont hyverné icy cette année en deux parts, en la rivière S. Iean et en celle de Saincte-Croix: les Malouins en la riviere S. Iean, et le capitaine Plastrier à Saincte Croix.

I made two journeys with M. de Biancourt, the one lasting about twelve days, the other a month and a half; and we have ranged the entire coast from Port Royal to Kinibéqui,[2] west southwest. We entered the great rivers St. John, Saincte Croix, Pentegoët,[3] and the above-named Kinibéqui; we visited the French who have wintered there this year in two places, at the St. John river and at the river Saincte Croix; the Malouins at the former place, and captain Plastrier at the latter.[4]

Durant ces voyages, Dieu nous a sauvez de grands et bien éminents dangers, et souvent; mais quoy que nous les debvions tousjours retenir en la mémoire pour n'en estre ingrats, il n'est pas necessaire que nous les couchions tous sur le papier, de peur d'être ennuyeux. Ie raconteray seulement ce qu'à mon advis on orroit plus volontiers.

During these journeys, God often delivered us from great and very conspicuous dangers; but, although we ought always to bear them in mind, that we may not be ungrateful, there is no need of setting them all down upon paper, lest we become wearisome. I shall relate only what, in my opinion, will be the most interesting.

Nous allions voir les Malouins, sçavoir est, le [59] Sieur du Pont le jeune, et le capitaine Merveilles, qui, comme nous avons dict, hyvernoyent en la rivière S. Jean, en une isle appelée Emenenic, avant contremont le fleuve quelques six lieues. Nous estions encore à une lieuë et demye de l'isle, qu'il estoit jà soir et la fin du crepuscule. Ià les estoilles commençoyent à se monstrer, quand voicy que vers le Nord soudainement une partie du ciel devint aussy rouge et sanguine qu'escarlate, et s'estendant peu à peu en piques et fuseaux, s'en alla droict reposer sur l'habitation des Malouins. La rougeur estoit si esclatante, que toute la rivière s'en teingnoit et en reluysoit. Cette apparition dura demy quart d'heure, et aussy tost après la disparition, en recommença une autre de mesme forme, cours et consistance.