Letters From Rome on the Council
Part 43
Je n’ai point parle une seule fois, je ne parlerai pas davantage dans la suite. Je n’aime ni les gens qui posent, ni les choses complétement inutiles. _J’agis_ depuis quatre mois, et je crois avoir rendu quelques services par ce moyen qui en dépit de toutes les entraves, nous a donné trois représentations, une commission internationale, des commissions de nations et 137 signataires(161) qui succomberont avec honneur et horions, si l’on continue à nous traiter aussi mal.
Je crois inutiles tous efforts pour résister à l’aveuglement de l’orgueil moyen-âge, toutes Notes diplomatiques, toutes menaces qui ne sauraient aboutir, et dont je déplorerais le premier l’exécution, si elle était possible. Le remède n’est pas là; on se jouera de tout, et on ira triomphalement aux abîmes.
Quand on a affaire à des gens qui ne craignent qu’une chose, il faut se servir de cette chose,—c’est-à-dire de l’opinion publique.
Il faut par ce moyen établir ce qui est vrai—point d’autorité parceque point de liberté. Le défaut de liberté. Le défaut de liberté, gros comme des montagnes, crève les yeux; il repose sur des faits notoires, appréciables pour tous, et sa constatation publique est la seule planche de salut dans la tourmente inouïe que subit l’Église.
A notre arrivée, tout était fait sans nous. Toutes les mailles du réseau étaient serrées, et les jésuites qui out monté le traquenard ne doutaient pas un instant que nous y serions pris. Ils voulaient nous faire poser par enchantement la pierre angulaire de leur fronton, et se seraient charges ensuite, sans nous, de bâtir le portail de leur édifice en un clin d’œil.
Nous avons donc trouvé un règlement tout fait,—c’est-à-dire des menottes. Pour faire droit à nos plaintes, on a serré de plus belle, et nous jouissons de l’ancien brodequin que Louis XVI. a supprimé. Pour être vrai, il faut dire que les tourmenteurs out fait la chose avec toute la grâce imaginable. Nous avons trouvé une majorité toute faite, très compacte, plus que suffisante en nombre, parfaitement disciplinée et qui a reçu au besoin instructions, injonctions, menaces, prison, argent. Le système des candidatures officielles est distancé de 100 kilomètres.
Une commission, la plus utile, celle où l’on peut adresser ses réclamations, a été créée et imposée d’office.
Mais il faut dire à sa louange qu’elle ne fonctionne pas, parce qu’elle ne répond jamais ou qu’elle ne repond qu’aux membres de la majorité. Nous avons été libres de nommer les autres commissions, c’est-à-dire que la majorité fictive a pu les créer à l’aide de listes dressées et lithographiées.
Restait la parole; mais à quelles conditions? Défense de répliquer un mot, de discuter, d’éclairer. Si on voulait parler, il fallait se faire inscrire, et le lendemain, ou deux jours après, quand tout était refroidi, on pouvait venir ennuyer l’assemblée par un discours. Défense alors de sortir du thème donné aux écoliers (excepté pour MM. de la majorité) et quand on a tenté de parler de liberté, de règlement, de commission, d’acoustique, de décentralisation, de désitalianisation, on a vu se produire les scènes tumultueuses qui ont démoli les Cardinaux Rauscher et Schwarzenberg, les Évêques de Colocza, de Bosnie, d’Halifax, tandis qu’on trouvait bon que Moulins, Belley et d’autres introduisissent de force la grande question à propos de la vie des clercs.
La pauvre petite minorité est en butte aux injures, aux calomnies, et traquée par la _Civiltà_, _l’Univers_, _le Monde_, _l’Union_, _l’Osservatore_ et _la Correspondance de Rome_. Ces journaux sont autorisés et encouragés. Ils soulèvent contre nous le clergé de nos diocèses, et ce clergé applaudi. Un de nous a osé écrire contre son collègue, est il n’a pas reçu un blâme officiel.
Mais voici ce qui achève d’opprimer notre liberté: elle est écrasée de tout le poids du respect que nous portons à notre chef.
La question est pendante; elle n’est pas même à l’ordre du jour, les juges de droit divin sont réunis et attendent pour la traiter. Or, en pleines assises, le chef se sert de sa haute et divine autorité pour blâmer devant les prêtres qui lui sont présentés _leurs_ évêques _mineurs_. Il fait l’éloge funèbre de M. de Montalembert devant 400 personnes; il écrit à Dom Guéranger, à l’Abbé de Cabrières de Nîmes, qui s’est dressé devant l’Évêque d’Orléans, aux diocèses dont les prêtres font des Adresses pour forcer la main à _leurs mandataires_; et il fait tout cela en termes tels que _la Gazette du Midi_ et _tutti quanti_ déclarent qu’il n’est plus permis ni aux évêques ni à personne de soutenir le contraire; et on appelle cela de la liberté!
On nous menace de passer par-dessus une minorité imposante, contrairement à toute la tradition, de fouler aux pieds la règle suprême de saint Vincent de Lerins: _Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus_. On prêche que l’unanimité morale n’est pas nécessaire, que le chef est maître de tout, et que nous devons rendre des services et non point des sentences, faire de l’affection quand il s’agit de la foi. Voilà notre liberté! Un Cardinal me disait pour conclusion: “Mon cher, nous allons aux abîmes.”
Tout cela est capable d’ébranler les faibles, de désagréger ce qui tient à si peu.
Je crois vous avoir peint la position ce qu’elle est. Priez pour nous, faites valoir la chose, parce qu’elle est _vraie_, parce que je crois servir l’Eglise en vous la révélant.
Après mes souffrances de cet hiver, je ne pense pas pouvoir affronter les chaleurs.... D’ailleurs, Dieu seul peut nous sauver.
APPENDIX III.
DIFFICULTÉS DE LA SITUATION A ROME.(162)
I.
La question de l’infaillibilité pontificale, devenue, contre l’attente universelle, l’objet capital du Concile du Vatican depuis son ouverture, ne semble pas toucher encore à une solution immédiate. Cette grave question qui devait, au dire de certains hommes, être définie par acclamation dès les premières séances du Concile, puis le jour de l’Epiphanie, puis, après de courts débats, pour la fête de Saint Joseph ou le 25 Mars jour de l’Annonciation; différée de jour en jour à raison des énormes difficultés qu’elle rencontre, à la grande surprise des partisans de l’infaillibilité, doit enfin, nous dit-on, être, sans nouveau délai, résolue solennellement le 29 Juin, jour de la fête du Prince des Apôtres. Si telle est véritablement la pensée des Présidents du Concile, il semble difficile qu’elle puisse se réaliser. Quelques jours seulement nous séparent de cette solennité, et près de cent orateurs sont inscrits pour traiter cette question devant le Concile. Dans cette situation, il faut qu’on choisisse entre trois partis: ou supprimer toute discussion, ou proroger le Concile, ou exiger qu’il poursuive ses travaux jusqu’à ce qu’enfin toutes les difficultés soient pleinement éclaircies, et que tous les Pères puissent donner leur suffrage en parfaite connaissance de cause.
Supprimer, ou du moins restreindre la discussion de telle sorte que la conscience d’un nombre considérable de Pères qui sentent vivement toute la gravité de la question et les difficultés de tout genre dont elle est hérissée, ne soit pas pleinement satisfaite, ce serait violer toutes les règles des délibérations conciliares que nous voyons de siècle en siècle pratiquées avec la liberté et la maturité la plus complète. Rien ne saurait dispenser d’un examen approfondi, lorsqu’il s’agit d’imposer un dogme nouveau à la croyance des fidèles; et, au dire des théologiens, toute définition rendue sans une discussion préalable qui porte jusqu’à l’évidence le caractère de doctrine révélée dans le point mis en délibération, demeure par cela même frappée de nullité. Il suffit de parcourir rapidement les actes des Conciles Œcuméniques pour se convaincre des patientes recherches, de la sage lenteur qu’ils out apportées à leurs délibérations; et il est incontestable que les questions à résoudre dans ces grandes assemblées étaient loin de présenter les difficultés qui se rencontrent dans celle qui s’agite en ce moment. Le monde Chrétien n’ignore pas cela, et il ne verrait pas d’un œil indifférent un jugement solennel, en une matière qui touche à la constitution même de l’Eglise, prononcé à la hâte et par un coup de majorité.
Sans doute ceux qui tiennent dans leurs mains la direction du Concile, se persuadent que la question est depuis longtemps assez discutée pour qu’on sache à quoi s’en tenir sans de plus amples recherches; et, parce qu’à leurs yeux l’infaillibilité du Pape est une vérité, ils regardent toute nouvelle discussion comme une pure formalité que rien ne commande impérieusement. Mais par cela même que la question est discutée depuis plusieurs siècles, et que l’on discute encore avec science, érudition et bonne foi, il faut conclure évidemment que la lumière n’est pas encore faite à ce point qu’on puisse dire que telle est incontestablement la tradition antique et universelle.
Si à leurs yeux l’infaillibilité du Pape est une vérité certainement révélée, et qu’ils tiennent à précipiter la définition par égard pour certaines impatiences, ils ont un moyen bien simple de les satisfaire, sans commettre une violation des lois conciliaires. Dans le système ultramontain, le Pape étant infaillible, et, du consentement de tous les catholiques, l’Église universelle ne pouvant jamais accepter l’erreur et y adhérer, toute définition _ex cathedrâ_ sera immanquablement suivie de l’assentiment de tout le corps de l’Église. Pie IX., assure-t-on, est profondément convaincu de son infaillibilité comme Pontife suprême. Eh bien! de deux choses l’une: ou il faut que le concile agisse en concile, et par conséquent avec circonspection, pesant avec une attention scrupuleuse les raisons graves, les faits, les textes allégués de part et d’autre; ou le Pape, en vertu de son autorité apostolique, par un acte des plus solennels, doit trancher toutes les difficultés et définir lui-même le dogme de cette infaillibilité qu’il croit être un apanage essentiel de la dignité suprême dont il est revêtu. Pourquoi ne pas tenter cette expérience? Si l’Église adhère à sa décision, son infaillibilité est très canoniquement établie: si elle n’adhère pas, il est évident qu’il ne peut prétendre à ce privilège. La question est alors définitivement établie, et toute dispute cesse. Jusqu’ici, aucune décision nette, précise et solennelle sur ce point n’a été donnée; hésiter sur l’emploi de ce moyen, ne serait-ce pas douter de cette infaillibilité? Et si, en l’écartant on veut que le Concile prenne lui-même la responsabilité d’une définition dogmatique, il est alors de toute convenance, de toute justice, de toute nécessité qu’il ne prononce qu’après l’examen le plus approfondi.
L’état des esprits dans le Concile et hors du Concile, les discours prononcés, les écrits nombreux publiés de part et d’autre, prouvent évidemment, aux yeux de quiconque juge sans parti pris et avec une parfaite impartialité, que la question, depuis 1682, pour ne pas remonter plus haut, n’a pas encore fait un seul pas; elle en est toujours au même point. L’étude la plus attentive de la Tradition n’a pas donné de nouvelles lumières à ceux qui sont capables de ces études, et sans doute l’état de la question dans cette sphère mérite une attention tout exceptionnelle, et bien différente de celle que prétend attirer sur soi un enthousiasme factice ou irréfléchi.
II.
La prorogation du Concile serait done la mesure la plus rationelle et la plus prudente. Mais les impatiences provoquées, enflammées de plus en plus par toute sorte de manœuvres, comment les contenir? Ces feuilles, ces écrits, cette propagande pieuse, qui les excitaient par la promesse d’une satisfaction prochaine, tout cela ne va-t-il pas devenir l’objet d’un mépris universel, pour avoir leurré si longtemps les âmes honnêtes et religieuses d’une espérance si lente à se réaliser? Mais que faire! Telle est la difficulté de la situation qu’on a si imprudemment créée. S’il faut que le Concile décide, il ne reste plus qu’à le proroger, pour qu’il puisse un peu plus tard reprendre ses travaux avec toute la patience et la liberté d’esprit qu’ils réclament: ou bien il faut qu’il les poursuive actuellement sans désemparer, jusqu’à ce qu’enfin tout soit mûr pour le jugement à prononcer.
Mais ici deux tristes réflexions se présentent à l’esprit. D’abord, quelle rigueur,—le mot n’est pas excessif, et on l’a entendu sortir de la bouche de bonnes femmes Romaines, au moment où les vénérables Pères faisaient cortège au Sauveur du monde porté en triomphe à la procession solennelle de la Fête-Dieu;—quelle rigueur ne serait-ce pas de retenir plus longtemps, dans cette saison de chaleurs accablantes, sous un climat que les Romains eux-mêmes se hâtent de fuir à cette époque de l’année, des vieillards épuisés par l’âge, par les infirmités, par les fatigues de tout genre, fatigues du corps, fatigues de l’esprit, angoisses de l’âme en présence des plus terribles dangers pour leurs troupeaux particuliers, pour l’Église universelle, pour la société tout entière; des vieillards qui sentent le poids énorme de cette responsabilité, qui entendent tous les jours la voix de l’opinion publique, et la voix plus puissante et plus pénétrante de la religion alarmée; des vieillards, parmi lesquels plusieurs ont déjà succombé, plusieurs autres sont atteints de maladie, tous sont privés de l’air vivifiant du pays natal, des soins particuliers que ne sauraient donner des mains étrangères, des consolations qu’un pasteur fidèle trouve toujours au milieu d’un peuple qui l’aime.
Les séances en Congrégation Générale, continuées presque tous les jours sans interruption, durent, depuis huit heures et demie du matin jusqu’à une heure de l’après-midi. Le devoir de la prière, la récitation de l’office canonial, la méditation des matières à discuter, la préparation des discours à prononcer, rien de tout cela ne peut être suspendu. Des jeunes gens robustes ne résisteraient pas longtemps à ce travail si multiplié, si continu, à l’effort d’une attention soutenue pendant les longues heures des séances conciliaires sur des questions qui ne pèsent pas uniquement sur la pensée, mais aussi et plus encore sur la conscience, et enfin à l’action accablante des fortes chaleurs, dont l’intensité, par l’agglomeration de six cents prélats, redouble sans mesure dans une salle d’ailleurs extrêmement incommode sous tous les rapports. On entend les plus vigoureux de corps et d’esprit déclarer qu’ils sont à bout de forces. Et l’on persisterait encore à les retenir!
Mais il y aurait encore là quelque chose de plus grave. Retenir les évêques jusqu’à ce qu’une définition de l’infaillibilité pontificale ait pu être rendue après une discussion parfaitement libre, et aussi longue qu’on doit l’augurer du nombre des orateurs inscrits et des questions graves et nombreuses qui se rattachent à cette définition, c’est leur dire: évêques, il faut vous résoudre à mourir ou à bâcler en toute hâte un jugement duquel dépendent les destinées de l’Église et du monde. Oui, mourez, accablées par l’ennui, la fatigue, le climat dévorant, l’âge et les infirmités; ou, si vous tenez à vivre encore, foulez aux pieds les règles les plus sacrées des conciles, sacrifiez votre conscience, et avec la vôtre celle de plusieurs millions d’âmes!
Sous le rapport de la liberté de discussion, bien des choses dans le Concile du Vatican ne ressemblent pas aux anciens Conciles Généraux, toujours vénérés dans l’Église. Au dedans, au dehors, un parti a exercé sur les Pères une pression toujours croissante. Au dedans, des règlements mal faits, des interruptions sans cause, dont le résultat inévitable était de décourager les hommes les plus fermes, et d’empêcher ou d’affaiblir la manifestation de la vérité; une certaine fraction de l’assemblée, turbulente, impétueuse, arrêtant par des murmures les prélats les plus vénérables dont la doctrine ne se pliait pas à ses idées; les présidents fermant les yeux sur ces faits et n’ayant de sévérités que pour les adversaires de l’infaillibilité; la discussion brusquement arrêtée au gré de ceux qu’elle déconcertait. Au dehors, des journalistes qui ne cessaient de prodiguer l’insulte aux évêques contraires à leurs opinions.
Rome est tout émue d’un fait récent concernant l’un des membres les plus éminents du Concile, le Cardinal Guidi, Archevêque de Bologne, précédemment religieux Dominicain, et très célèbre professeur de théologie dans la capitale du monde Chrétien. Il avait parlé dans le Concile sur la question de l’infaillibilité, exigeant pour celle des définitions pontificales le concours de l’épiscopat. Le jour même, il est mandé et admonesté du ton le plus sévère. “Saint-Père, a répondu le cardinal, j’ai dit aujourd’hui ce que j’ai enseigné au grand jour pendant plusieurs années à votre collège de la Minerve, sans que jamais personne ait trouvé cet enseignement repréhensible. L’orthodoxie de mon enseignement avait dû être attestée à votre Sainteté lorsqu’elle daigna me choisir pour aller à Vienne combattre certains docteurs allemands dont les principes ébranlaient les fondements de la foi catholique. Que mon discours d’aujourd’hui soit soumis à l’examen d’une commission de théologiens; je ne redoute pas ce jugement.” Des paroles menaçantes pour le cardinal ont terminé cet entretien. Le matin, après la séance, un prélat domestique disait dans la salle même du Concile: après un pareil discours, le cardinal devrait etre enfermé pendant dix jours dans un couvent pour y vaquer aux exercices spirituels.
La puissance absolue du Pape, son opinion visible, le pouvoir arbitraire qu’exercent les présidents, la pétulance de certains prélats, trop notoirement passionnés et violents; tout cela pèse sensiblement sur les membres les plus sages de l’assemblée qui ne peuvent s’empêcher de s’en plaindre avec tristesse dans des entretiens intimes. Faut-il s’étonner que plusieurs, le fait est très certain, expriment le désir d’un vote secret, s’il était possible?
C’est avec une douleur profonde que nous racontons toutes ces choses. Mais la situation de l’Église en ce moment est telle qu’on ne peut se dispenser de parler. Au Concile du Vatican se traite une question de l’ordre le plus élevé Chacun a le droit de savoir comment est conduit ce grand procès, qui est le procès de tous. Il s’agit de la paix du monde, il s’agit aussi de choses qui sont au-dessus de tous les intérêts périssables, de la foi, de la conscience et du salut éternel des âmes.
APPENDIX IV.
LETTER OF A FRENCH BISHOP TO COUNT DARU.
On sait à Rome que vous aviez l’intention de rédiger une note ou un memorandum qui devrait être appuyé par les puissances.
Si vous agissez, vous serez appuyés. Ici les diplomates se plaignent de votre inaction.
Mais il faut agir immédiatement, on veut introduire l’infaillibilité après Pâques.
Vous ne pouvez rien faire par le M. de Banneville. Ses collègues ne le comptent pour rien, sinon pour un obstacle.
Il ne faut pas vous mettre exclusivement sur le terrain des canons des Ecclesia. On vous répondrait, soit en supprimant les Canons auxquels vous vous opposez; soit en disant que cela ne vous touche pas, à cause du concordat; soit, enfin, en les expliquant dans un sens qui vous paraîtra satisfaisant, quitte à décréter après tous les Canons, tous les Syllabus qu’ils voudront, et les plus formidables. Mais il y a un terrain où vous êtes invincibles, et sur lequel les puissances vous suivent. C’est celui de la liberté du Concile et du droit publique de l’Église, sous la protection duquel vos évêques sont venus à Rome.
Cette liberté n’existe plus. Ce droit est violé sur un point que plus de 100 évêques ont déclaré de la dernière importance.
Leur protestation vous donne un point de départ et des arguments invincibles.
Ces évêques déclarent que le Règlement est contraire à la loi de l’Église sur le point décisif de la Majorité. Car ce droit, depuis Nicée jusqu’à Trente, déclare que la règle indisputable et certaine pour les définitions dogmatiques c’est l’unanimité morale, et non la majorité.
Un nombre immense de faits confirme leur protestation:
Les scènes de violence faites à Haynald et à Strossmayer.—Les Présidents n’ont pas cherché à protéger leur droit et liberté de parole, tout au contraire.
La précipitation de la discussion par les Présidents.
Le Schema de Fide, 4 chapitres, 20 pages, canons avec anathèmes, a été distribué 24 heures seulement avant l’ouverture de la discussion, on a voté sur 47 amendements en 5 quarts d’heure.
Le lendemain de là scène avec Strossmayer, on a lu un _Monitum_, non pas pour admonéter les interrupteurs, mais pour recommander aux orateurs de se presser, de peur qu’ils n’ennuyent l’assemblée, et n’en provoquent des manifestations.
Ce _Monitum_ est une provocation aux interruptions. Quelquefois un évêque est reçu avec des murmures avant de commencer.
Les demandes de la Minorité:
D’une salle où on puisse les entendre.
De bureaux, pour les discussions préliminaires, qui enverraient des Commissaires à la Députation.
De la liberté d’imprimer leurs discours et mémoires pour les distribuer parmi les pères.
Que les auteurs d’amendements puissent les expliquer et les défendre dans la Commission, et puissent avoir le droit de répondre dans les discussions.
D’un procès-verbal des séances.
Sur la majorité et l’unanimité.
Toutes ces demandes sont restées sans réponse et sans effet.
La pression exercée sur les Orientaux.
La scène faite au Patriarche Chaldéen.
L’emprisonnement intimé à l’Archévêque d’Antioche et au chef de sa communauté.
L’arrestation et les coups donnés au prêtre, secrétaire de l’Arch. de Diarbelair.
Les menaces aux Melchites, Maronites, et Chaldéens.
Le langage tenu par le pape lui même. Les cas de Montalembert et de Falloux.
Les lettres du pape à Guéranger, Cabrières, etc., traitant les Évêques de l’Opposition en ennemis.
Les allocutions publiques roulant presque toutes sur l’Infaillibilité.
Les cadeaux faits aux Vicaires Apostoliques en les priant de ne pas l’abandonner.
Attitude de la presse approuvée par le Vatican, exploitant ces lettres, et appelant les évêques à se retracter, en les dénonçant à leur clergé.
Même le journal officiel de Rome traitant la minorité d’alliés des Franc-maçons. Après tout cela, il n’y a pas de liberté au Concile.
L’ambassadeur que vous enverrez en recevra des preuves péremptoires. Les autres puissances sont déjà plus avancées que la France: la Prusse, la Hongrie, même la Turquie.
A nom de l’ordre publique menacé par l’inévitable refus de reconnaître ce Concile. Au nom de votre droit, ayant rendu possible la réunion du Concile, de protéger la liberté de vos évêques.
Dire—
“Ce Concile ne peut pas continuer dans les conditions actuelles.
“Nous protestons dès à présent contre la Non-liberté manifeste du Concile.
“Achevez ce que vous avez déjà commencé.
“Il y a des points sur lesquels vous pouvez espérer l’unanimité morale, sans violation de liberté.
“Tenez une session publique sur les _Schema de Fide_ et de Discipline assez pour sauver votre honneur.
“Et prorogez une assemblée qui, aux yeux des évêques et du monde, ne possède plus ces conditions d’ordre et de liberté sans lesquelles ce n’est pas un Concile.
“Nous désirons que nos évêques retournent dans leurs diocèses jusqu’à ce que les conditions soient plus favorables pour la célébration d’un Concile.”
APPENDIX V.
PROTESTATION CONTRE LE PROJET DE PRÉCIPITER LA DISCUSSION.
(_Presented early in May._)
Permettez, Monseigneur, que je proteste ici contre un tel projet, s’il existe, et que je consigne entre vos mains ma protestation. Saisir ainsi, irrégulièrement et violemment, le Concile de cette question, c’est absolument impossible.