Instigations Together with An Essay on the Chinese Written Character
Part 3
Rose des tombes, fraicheur émanée des charognes, rose des tombes, toute mignonne et rose, adorable parfum des fines pourritures, tu fais semblant de vivre, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose brune, couleur des mornes acajous, rose brune, plaisirs permis, sagesse, prudence et prévoyance, tu nous regardes avec des yeux rogues, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose ponceau, ruban des fillettes modèles, rose ponceau, gloire des petites poupées, es-tu niaise ou sournoise, joujou des petits frères, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose rouge et noire, rose insolente et secrète, rose rouge et noire, ton insolence et ton rouge ont pâli parmi les compromis qu'invente la vertu, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose ardoise, grisaille des vertus vaporeuses, rose ardoise, tu grimpes et tu fleuris autour des vieux bancs solitaires, rose du soir, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose pivoine, modeste vanité des jardins plantureux, rose pivoine, le vent n'a retroussé tes feuilles que par hasard, et tu n'en fus pas mécontente, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose neigeuse, couleur de la neige et des plumes du cygne, rose neigeuse, tu sais que la neige est fragile et tu n'ouvres tes plumes de cygne qu'aux plus insignes, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose hyaline, couleur des sources claires jaillies d'entre les herbes, rose hyaline, Hylas est mort d'avoir aimé tes yeux, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose opale, ô sultane endormie dans l'odeur du harem, rose opale, langueur des constantes caresses, ton cœur connait la paix profonde des vices satisfaits, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose améthyste, étoile matinale, tendresse épiscopale, rose améthyste, tu dors sur des poitrines dévotes et douillettes, gemme offerte à Marie, ô gemme sacristine, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose cardinale, rose couleur du sang de l'Eglise romaine, rose cardinale, tu fais rever les grands yeux des mignons et plus d'un t'épingla au nœud de sa jarretière, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose papale, rose arrosée des mains qui bénissent le monde, rose papale, ton cœur d'or est en cuivre, et les larmes qui perlent sur ta vaine corolle, ce sont les pleurs du Christ, fleur hypocrite, fleur du silence.
Fleur hypocrite,
Fleur du silence.
DE REGNIER
(born 1864)
De Régnier is counted a successor to the Parnassiens, and has indeed written much of gods and of marble fountains, as much perhaps of the marble decor, as have other contemporaries of late renaissance and of more modern house furniture. His "J'ai feint que les dieux m'aient parlé" opens charmingly. He has in the "Odelettes" made two darts into vers libre which are perhaps worth many more orderly pages, and show lyric sweetness.
ODELETTE
Si j'ai parlé De mon amour, c'est à l'eau lente Qui m'écoute quand je me penche Sur elle; si j'ai parlé De mon amour, c'est au vent Qui rit et cuchote entre les branches; Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau Qui passe et chante Avec le vent; Si j'ai parlè C'est a l'écho.
Si j'ai aimé de grand amour, Triste ou joyeux, Ce sont tes yeux; Si j'ai aimé de grand amour, Ce fut ta bouche grave et douce, Ce fut ta bouche; Si j'ai aimé de grand amour, Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches, Et c'est ton ombre que je cherche.
He has joined himself to the painters of contemporary things in:
L'ACCUEIL
Tous deux étaient beaux de corps et de visages, L'air francs et sages Avec un clair sourire dans les yeux, Et, devant eux, Debout en leur jeunesse svelte et prompte, Je me sentais courbé et j'avais presque honte D'être si vieux.
Les ans Sont lourds aux épaules et pèsent Aux plus fortes De tout le poids des heures mortes, Les ans Sont durs, et brève La vie et l'on a vite des cheveux blancs; Et j'ai déjà vécu beaucoup de jours. Les ans sont lourds....
Et tous deux me regardaient, surpris de voir Celui qu'ils croyaient autre en leur pensée Se lever pour les recevoir Vêtu de bure et le front nu Et non pas, comme en leur pensée, Drapé de pourpre et lauré d'or.
Et je leur dis: "Soyez tous deux les bienvenus." Ce fut alors Que je leur dis: "Mes fils, quoi, vous avez monté la côte Sous ce soleil cuisant d'août Jusqu'à ma maison haute, O vous Qu'attend là-bas peut-être, au terme du chemin Le salut amoureux de quelque blanche main! Si vous avez pour moi allongé votre route Peut-être, au moins mes chants vous auront-ils aidés, De leurs rythmes présents en vos mémoires, A marcher d'un jeune pas scandé Je n'ai jamais désiré d'autre gloire Sinon que les vers du poète Plussent à la voix qui les répète. Si les miens vous ont plu: merci, Car c'est pour cela que, chantant Mon rêve, après l'avoir conçu en mon esprit, Depuis vingt ans, J'habite ici."
Et, d'un geste, je leur montrai la chambre vide Avec son mur de pierre et sa lampe d'argile Et le lit où je dors et le sol où, du pied, Je frappe pour apprendre au vers estropié A marcher droit, et le calame de roseau Dont la pointe subtile aide à fixer le mot Sur la tablette lisse et couverte de cire Dont la divine odeur la retient et l'attire Et le fait, dans la strophe en fleurs qu'il ensoleille, Mystérieusement vibrer comme une abeille.
Et je repris: "Mes fils, Les ans Sont lourds aux épaules et pèsent Aux plus fortes De tout le poids des heures mortes. Les ans Sont durs, la vie est brève Et l'on a vite des cheveux blancs, Si quelque jour, En revenant d'où vous allez, Vous rencontriez sur cette même route, Entre les orges et les blés, Des gens en troupe Montant ici avec des palmes à la main, Dites-vous bien Que si vous les suiviez vous ne me verriez pas Comme aujourd'hui debout en ma robe de laine Qui se troue a l'épaule et se déchire au bras, Mais drapé de pourpre hautaine Peut-être--et mort Et lauré d'or!"
Je leur ai dit cela, pour qu'ils le sachent, Car ils sont beaux tous deux de corps et de visages, L'air francs et sages Avec un clair sourire aux yeux, Parce qu'en eux Peut-être vit quelque désir de gloire, Je leur ai parlé ainsi pour qu'ils sachent Ce qu'est la gloire, Ce qu'elle donne, Ce qu'il faut croire De son vain jeu, Et que son dur laurier ne pose sa couronne Que sur le front inerte et qui n'est plus qu'un peu Déjà d'argile humaine où vient de vivre un Dieu.
Here we have the modern tone in De Régnier. My own feeling at the moment is that his hellenics, his verse on classical and ancient subjects, is likely to be overshadowed by that of Samain and Heredia. I have doubts whether his books will hold against the Cléopatra sonnets, or if he has equaled, in this vein, the poem beginning "Mon âme est une infante en robe de parade." But in the lyric odelette, and in this last given poem in particular, we find him leading perhaps onward toward Vildrac, and toward a style which might be the basis for a certain manner F.M. Hueffer has used in English vers libre, rather than remembering the Parnassiens.
EMILE VERHAEREN
Verhaeren has been so well introduced to America by his obituary notices that I can scarcely hope to compete with them in this limited space. One can hardly represent him better than by the well known:
LES PAUVRES
Il est ainsi de pauvres cœurs avec en eux, des lacs de pleurs, qui sont pâles, comme les pierres d'un cimetière.
Il est ainsi de pauvres dos plus lourds de peine et de fardeaux que les toits des cassines brunes, parmi les dunes.
Il est ainsi de pauvres mains, comme feuilles sur les chemins, comme feuilles jaunes et mortes, devant la porte.
Il est ainsi de pauvres yeux humbles et bons et soucieux et plus tristes que ceux des bêtes, sous la tempête.
Il est ainsi de pauvres gens, aux gestes las et indulgents sur qui s'acharne la misère, au long des plaines de la terre.
VIELÉ-GRIFFIN
Two men, half-Americans, Vielé-Griffin and Stuart Merril, won for themselves places among the recent French poets. Vielé-Griffin's poem for the death of Mallarmé is among his better known works:
IN MEMORIAM STEPHANE MALLARMÉ
Si l'on te disait: Maître! Le jour se lève; Voici une aube encore, la même, pâle; Maître, j'ai ouvert la fenêtre, L'aurore s'en vient encor du seuil oriental, Un jour va naître! --Je croirais t'entendre dire: Je rêve.
Si l'on te disait: Maître, nous sommes là, Vivants et forts, Comme ce soir d'hier, devant ta porte; Nous sommes venus en riant, nous sommes là, Guettant le sourire et l'étreinte forte, --On nous répondrait: Le Maître est mort.
Des fleurs de ma terrasse, Des fleurs comme au feuillet d'un livre, Des fleurs, pourquoi? Voici un peu de nous, la chanson basse Qui tourne et tombe, --Comme ces feuilles-ci tombent et tournoient-- Voici la honte et la colère de vivre Et de parler des mots--contre ta tombe.
His curious and, perhaps not in the bad sense, old-fashioned melodic quality shows again in the poem beginning:
Lâche comme le froid et la pluie, Brutal et sourd comme le vent, Louche et faux comme le ciel bas, L'Automne rôde par ici, Son bâton heurte aux contrevents; Ouvre la porte, car il est là. Ouvre la porte et fais-lui honte, Son manteau s'emloche et traine, Ses pieds sont alourdis de boue; Jette-lui des pierres, quoi qu'il te conte, Ne crains pas ses paroles de haine: C'est toujours un rôle qu'il joue.
* * * * * * *
It is embroidery à la Charles D'Orléans; one must take it or leave it.
STUART MERRIL
I know that I have seen somewhere a beautiful and effective ballad of Merril's. His "Chambre D'Amour" would be more interesting if Samain had not written "L'Infante," but Merril's painting is perhaps interesting as comparison. It begins:
Dans la chambre qui fleure un peu la bergamote, Ce soir, lasse, la voix de l'ancien clavecin Chevrote des refrains enfantins de gavotte.
There is a great mass of this poetry full of highly cultured house furnishing; I think Catulle Mendès also wrote it. Merril's "Nocturne" illustrates a mode of symbolistic writing which has been since played out and parodied:
La blême lune allume en la mare qui luit, Miroir des gloires d'or, un émoi d'incendie. Tout dort. Seul, à mi-mort, un rossignol de nuit Module en mal d'amour sa molle mélodie. Plus ne vibrent les vents en le mystère vert Des ramures. La lune a tu leurs voix nocturnes: Mais à travers le deuil du feuillage entr'ouvert Pleuvent les bleus baisers des astres taciturnes.
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There is no need to take this sort of tongue-twisting too seriously, though it undoubtedly was so taken in Paris during the late eighties and early nineties. He is better illustrated in "La Wallonie," vide infra.
LAURENT TAILHADE
1854-1919
Tailhade's satires seem rough if one come upon them straight from reading Laforgue; and Laforgue will seem, and is presumably, the greatly finer artist; but one should not fail to note certain definite differences. Laforgue is criticizing, and conveying a mood. He is more or less literary, playing with words. Tailhade is painting contemporary Paris, with verve. His eye is on the thing itself. He has, au fond, not very much in common with Laforgue. He was born six years before Laforgue and in the same year as Rimbaud. Their temperaments are by no means identical. I do not know whether Tailhade wrote "Hydrotherapie" before Rimbaud had done "Les Chercheuses." Rimbaud in that poem identifies himself more or less with the child and its feeling. Tailhade is detached. I do not say this as praise of either one or the other. I am only trying to keep things distinct.
HYDROTHERAPIE
Le vieux monsieur, pour prendre une douche ascendante, A couronné son chef d'un casque d'hidalgo Qui, malgré sa bedaine ample et son lumbago, Lui donne un certain air de famine avec Dante.
Ainsi ses membres gourds et sa vertebre à point Traversent l'appareil des tuyaux et des lances, Tandis que des masseurs, tout gonflés d'insolences, Frottent au gant de crin son dos où l'acné point.
Oh! l'eau froide! la bonne et rare panacée Qui, seule, raffermit la charpente lassée Et le protoplasma des sénateurs pesants!
Voici que, dans la rue, au sortir de sa douche, Le vieux monsieur qu'on sait un magistrat farouche Tient des propos grivois aux filles de douze ans.
QUARTIER LATIN
Dans le bar où jamais le parfum des brévas Ne dissipa l'odeur de vomi qui la navre Triomphent les appas de la mère Cadavre Dont le nom est fameux jusque chez les Howas.
Brune, elle fut jadis vantée entre les brunes, Tant que son souvenir au Vaux-Hall est resté. Et c'est toujours avec beaucoup de dignité Qu'elle rince le zinc et détaille les prunes.
A ces causes, son cabaret s'emplit le soir, De futurs avoués, trop heureux de surseoir Quelque temps à l'étude inepte des _Digestes_,
Des Valaques, des riverains du fleuve Amoor S'acoquinent avec des potards indigestes Qui s'y viennent former aux choses de l'amour.
RUS
Ce qui fait que l'ancien bandagiste renie Le comptoir dont le faste alléchait les passants, C'est son jardin d'Auteuil où, veufs de tout encens, Les zinnias ont l'air d'être en tôle vernie.
C'est là qu'il vient, le soir, goûter l'air aromal Et, dans sa rocking-chair, en veston de flanelle, Aspirer les senteurs qu'épanchent sur Grenelle Les fabriques de suif et de noir animal.
Bien que libre-penseur et franc-maçon, il juge Le dieu propice qui lui donna ce refuge Où se meurt un cyprin emmy la pièce d'eau, Où, dans la tour mauresque aux lanternes chinoises, --Tout en lui préparant du sirop de framboises-- Sa "demoiselle" chante un couplet de Nadaud.
From this beneficent treatment of the amiable burgess; from this perfectly poetic inclusion of modernity, this unrhetorical inclusion of the factories in the vicinity of Grenelle (inclusion quite different from the allegorical presentation of workmen's trousers in sculpture, and the grandiloquent theorizing about the socialistic up-lift or down-pull of smoke and machinery), Tailhade can move to personal satire, a personal satire impersonalized by its glaze and its finish.
RONDEL
Dans les cafés d'adolescents Moréas cause avec Frémine: L'un, d'un parfait cuistre a la mine, L'autre beugle des contre-sens.
Rien ne sort moins de chez Classens Que le linge de ces bramines. Dans les cafés d'adolescents, Moréas cause avec Frémine.
Désagrégeant son albumine, La Tailhède offre quelque encens: Maurras leur invente Commine Et ça fait roter les passants, Dans les cafés d'adolescents.
But perhaps the most characteristic phase of Tailhade is in his pictures of the bourgeoisie. Here is one depicted with all Tailhadian serenity. Note also the opulence of his vocables.
DINER CHAMPETRE
Entre les sièges ou des garçons volontaires Entassent leurs chalants parmi les boulingrins, La famille Feyssard, avec des airs sereins, Discute longuement les tables solitaires.
La demoiselle a mis un chapeau rouge vif Dont s'honore le bon faiseur de sa commune, Et madame Feyssard, un peu hommasse et brune, Porte une robe loutre avec des reflets d'if.
Enfin ils sont assis! Or le père commande Des écrevisses, du potage au lait d'amande, Toutes choses dont il rêvait depuis longtemps.
Et, dans le ciel couleur de turquoises fanées, Il voit les songes bleus qu'en ses esprits flottant A fait naître l'ampleur des truites saumonées.
All through this introduction I am giving the sort of French poem least likely to have been worn smooth for us; I mean the kind of poem least represented in English. Landor and Swinburne have, I think, forestalled Tailhade's hellenic poems in our affections. There are also his ballades to be considered.
FRANCIS JAMMES
(born 1868)
The bulk of Jammes' unsparable poetry is perhaps larger than that of any man still living in France. The three first books of poems, and "Le Triomphe de la Vie" containing "Existences," the more than "Spoon River" of France, must contain about six hundred pages worth reading. "Existences" can not be rendered in snippets. It is not a series of poems, but the canvass of a whole small town or half city, unique, inimitable and "to the life," full of verve. Only those who have read it and "L'Angelus de l'Aube," can appreciate the full tragedy of Jammes' débâcle. Paul Fort had what his friends boasted as "tone," and he has diluted himself with topicalities; in Jammes' case it is more charitable to suppose some organic malady, some definite softening of the brain, for he seems perfectly simple and naive in his débâcle. It may be, in both cases, that the organisms have broken beneath the strain of modern existence. But the artist has no business to break.
Let us begin with Jammes' earlier work:
J'aime l'âne si doux marchant le long des houx. Il prend garde aux abeilles et bouge ses oreilles; et il porte les pauvres et des sacs remplis d'orge. Il va, près des fosses d'un petit pas cassé. Mon amie le croit bête parce qu'il est poète. Il réfléchit toujours, Ses yeux sont en velours. Jeune fille au doux cœur tu n'as pas sa douceur.
* * * * * *
The fault is the fault, or danger, which Dante has labeled "muliebria"; of its excess Jammes has since perished. But the poem to the donkey can, in certain moods, please one. In other moods the playful simplicity, at least in excess, is almost infuriating. He runs so close to sentimentalizing--when he does not fall into that puddle--that there are numerous excuses for those who refuse him altogether. "J'allai à Lourdes" has pathos. Compare it with Corbière's "St. Anne" and the decadence is apparent; it is indeed a sort of half-way house between the barbaric Breton religion and the ultimate deliquescence of French Catholicism in Claudel, who (as I think it is James Stephens has said) "is merely lying on his back kicking his heels in it."
J' ALLAI A LOURDES
J'allai à Lourdes par le chemin de fer, le long du gave qui est bleu comme l'air.
Au soleil les montagnes semblaient d'étain. Et l'on chantait: sauvez! sauvez! dans le train,
Il y avait un monde fou, exalté, plein de poussière et du soleil d'été.
Des malheureux avec le ventre en avant étendaient leurs bras, priaient en les tordant.
Et dans une chaire où était du drap bleu, un prêtre disait: "un chapelet à Dieu!"
Et un groupe de femmes, parfois, passait, qui chantait: sauvez! sauvez! sauvez! sauvez!
Et la procession chantait. Les drapeaux se penchaient avec leurs devises en or.
Le soleil était blanc sur les escaliers dans l'air bleu, sur les cloches déchiquetées.
Mais sur un brancard, portée par ses parents, son pauvre père tête nue et priant,
et ses frères qui disaient: "ainsi soit-il," une jeune fille sur le point de mourir.
Oh! qu'elle était belle! elle avait dix-huit ans et elle souriait; elle était en blanc.
Et la procession chantait. Des drapeaux se penchaient avec leurs devises en or.
Moi je serrais les dents pour ne pas pleurer, et cette fille, je me sentais l'aimer.
Oh! elle m'a regardé un grand moment, une rose blanche en main, souriant.
Mais maintenant où es-tu? dis, où es-tu, Es-tu morte? je t'aime, toi qui m'as vu.
Si tu existes, Dieu, ne la tue pas, elle avait des mains blanches, de minces bras.
Dieu ne la tue pas!--et ne serait-ce que pour son père nu-tête qui priait Dieu.
Jammes goes to pieces on such adjectives as "pauvre" and "petite," just as De Régnier slips on "cher," "aimée" and "tiède"; and in their train flock the herd whose ad jectival centre appears to waver from "nue" to "frémis sante." And there is, in many French poets, a fatal proclivity to fuss just a little too much over their subjects. Jammes has also the furniture tendency, and to it we owe several of his quite charming poems. However the strongest impression I get to-day, reading his work in inverse order (i.e. "Jean de Noarrieu" before these earlier poems), is of the very great stylistic advance made in that poem over his earlier work.
But he is very successful in saying all there was to be said in:--
LA JEUNE FILLE
La jeune fille est blanche, elle a des veines vertes au poignets, dans ses manches ouvertes. On ne sait pas pourquoi elle rit. Par moments elle crie et cela est percant. Est-ce qu'elle se doute qu'elle vous prend le cœur en cueillant sur la route des fleurs. On dirait quelquefois qu'elle comprend des choses. Pas toujours. Elle cause tout bas "Oh! ma chère! oh! là, là ... ... Figure-toi ... mardi je l'ai vu ... j'ai ri"--Elle dit comme ça. Quand un jeune homme souffre, d'abord elle se tait: elle ne rit plus, tout étonnée. Dans les petits chemins elle remplit ses mains de piquants de bruyères de fougères. Elle est grande, elle est blanche, elle a des bras très doux, Elle est très droite et penche le cou.
The poem beginning:
Tu seras nue dans le salon aux vieilles choses, fine comme un fuseau de roseau de lumière et, les jambes croisées, auprès du feu rose tu écouteras l'hiver
loses, perhaps, or gains little by comparison with that of Heinrich von Morungen, beginning:
Oh weh, soll mir nun nimmermehr hell leuchten durch die Nacht noch weisser denn ein Schnee ihr Leib so wohl gemacht? Der trog die Augen mein, ich wähnt, es sollte sein des lichten Monden Schein, da tagte es.
Morungen had had no occasion to say "Je pense à Jean-Jacques," and it is foolish, to expect exactly the same charm of a twentieth-century poet that we find in a thirteenth-century poet. Still it is not necessary to be Jammes-crazy to feel
IL VA NEIGER....
Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses au coin du feu. Si l'on m'avait demandé: qu'est-ce? j'aurais dit: laissez-moi tranquille. Ce n'est rien. J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre, pendant que la neige lourde tombait dehors. J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.
Ma vieille commode en chêne sent toujours bon. Mais moi j'étais bête parce que ces choses ne pouvaient pas changer et que c'est une pose de vouloir chasser les choses que nous savons.
Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous? C'est drôle; nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas, et cependant nous les comprenons, et les pas d'un ami sont plus doux que de douces paroles.
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