Instigations Together with An Essay on the Chinese Written Character
Part 2
_Mère taillée à coups de hache,_ _Tout cœur de chêne dur et bon;_ _Sous l'or de ta robe se cache_ _L'âme en pièce d'un franc Breton!_
_--Vieille verte à la face usée_ _Comme la pierre du torrent, Par des larmes d'amour creusée,_ _Séchée avec des pleurs de sang ..._
_--Toi, dont la mamelle tarie_ _S'est refait, pour avoir porté_ _La Virginité de Marie,_ _Une mâle virginité!_
_--Servante-maîtresse altière,_ _Très haute devant le Très-Haut;_ _Au pauvre monde, pas fière,_ _Dame pleine de comme-il-faut!_
_--Bâton des aveugles! Béquille_ _Des vieilles! Bras des nouveau-nés!_ _Mère de madame ta fille!_ _Parente des abandonnés!_
_--O Fleur de la pucelle neuve!_ _Fruit de l'épouse au sein grossi!_ _Reposoir de la femme veuve ..._ _Et du veuf Dame-de-merci!_
_--Arche de Joachim! Aïeule!_ _Médaille de cuivre effacé!_ _Gui sacré! Trèfle quatre-feuille!_ _Mont d'Horeb! Souche de Jessé!_
_--O toi qui recouvrais la cendre,_ _Qui filais comme on fait chez nous,_ _Quand le soir venait à descendre,_ _Tenant l'_ENFANT _sur tes genoux;_
_Toi qui fus là, seule, pour faire_ _Son maillot à Bethléem,_ _Et là, pour coudre son suaire_ _Douloureux, à Jérusalem!..._
_Des croix profondes sont tes rides,_ _Tes cheveux sont blancs comme fils...._ _--Préserve des regards arides_ _Le berceau de nos petits-fils...._
_Fais venir et conserve en joie_ _Ceux à naître et ceux qui sont nés,_ _Et verse, sans que Dieu te voie,_ _L'eau de tes yeux sur les damnés!_
_Reprends dans leur chemise blanche_ _Les petits qui sont en langueur...._ _Rappelle à l'éternel Dimanche_ _Les vieux qui traînent en longueur:_
_--Dragon-gardien de la Vierge,_ _Garde la crèche sous ton œil._ _Que, près de toi, Joseph-concierge_ _Garde la propreté du seuil!_
_Prends pitié de la fille-mère,_ _Du petit au bord du chemin...._ _Si quelqu'un leur jette la pierre,_ _Que la pierre se change en pain!_
_--Dame bonne en mer et sur terre,_ _Montre-nous le ciel et le port,_ _Dans la tempête ou dans la guerre...._ _O Fanal de la bonne mort!_
_Humble: à tes pieds n'as point d'étoile,_ _Humble ... et brave pour protéger!_ _Dans la nue apparaît ton voile,_ _Pâle auréole du danger._
_--Aux perdus dont la vie est grise,_ _(--Sauf respect--perdus de boisson)_ _Montre le clocher de l'église_ _Et le chemin de la maison._
_Prête ta douce et chaste flamme_ _Aux chrétiens qui sont ici...._ _Ton remède de bonne femme_ _Pour tes bêtes-à-corne aussi!_
_Montre à nos femmes et servantes_ _L'ouvrage et la fécondité...._ _--Le bonjour aux âmes parentes_ _Qui sont bien dans l'éternité!_
_--Nous mettrons un cordon de cire,_ _De cire-vierge jaune autour_ _De ta chapelle et ferons dire_ _Ta messe basse au point du jour._
_Préserve notre cheminée_ _Des sorts et du monde malin...._ _A Pâques te sera donnée_ _Une quenouille avec du lin._
_Si nos corps sont puants sur terre,_ _Ta grâce est un bain de santé;_ _Répands sur nous, au cimetière,_ _Ta bonne odeur de sainteté._
_--A l'an prochain!--Voici ton cierge:_ _(C'est deux livres qu'il a coûté)_ _ .... Respects à Madame la Vierge,_ _Sans oublier la Trinité._
... Et les fidèles, en chemise, _Sainte Anne, ayez pitié de nous!_ Font trois fois le tour de l'église En se traînant sur leurs genoux,
Et boivent l'eau miraculeuse Où les Job teigneux ont lavé Leur nudité contagieuse.... _Allez: la Foi vous a sauvé!_
C'est là que tiennent leurs cénacles Les pauvres, frères de Jésus. --Ce n'est pas la cour des miracles, Les trous sont vrais: _Vide latus!_
Sont-ils pas divins sur leurs claies Qu'auréole un nimbe vermeil Ces propriétaires de plaies, Rubis vivants sous le soleil!...
En aboyant, un rachitique Secoue un moignon désossé, Coudoyant un épileptique Qui travaille dans un fossé.
Là, ce tronc d'homme où croit l'ulcère, Contre un tronc d'arbre où croît le gui, Ici, c'est la fille et la mère Dansant la danse de Saint-Guy.
Cet autre pare le cautère De son petit enfant malsain: --L'enfant se doit a son vieux père.... --Et le chancre est un gagne-pain!
Là, c'est l'idiot de naissance, Un _visité par Gabriel_, Dans l'extase de l'innocence.... --L'innocent est (tout) près du ciel!--
--Tiens, passant, regarde: tout passe. L'œil de l'idiot est resté. Car il est en état de grâce.... --Et la Grâce est l'Eternite!--
Parmi les autres, après vêpre, Qui sont d'eau bénite arrosés, Un cadavre, vivant de lèpre, Fleurit, souvenir des croisés....
Puis tous ceux que les Rois de France Guérissaient d'un toucher de doigts.... --Mais la France n'a plus de Rois, Et leur dieu suspend sa clémence. * * * * * * * Une forme humaine qui beugle Contre le _calvaire_ se tient; C'est comme une moitié d'aveugle: Elle est borgne et n'a pas de chien....
C'est une rapsode foraine Qui donne aux gens pour un liard L' _Istoyre de la Magdalayne,_ Du _Juif Errant_ ou _d'Abaylar_.
Elle hâle comme une plainte, Comme une plainte de la faim. Et, longue comme un jour sans pain, Lamentablement, sa complainte....
--Ça chante comme ça respire, Triste oiseau sans plume et sans nid Vaguant où son instinct l'attire: Autour des Bon-Dieu de granit....
Ça peut parler aussi, sans doute, Ça peut penser comme ça voit: Toujours devant soi la grand'route.... --Et, quand c'a deux sous, ça les boit.
--Femme: on dirait, hélas!--sa nippe Lui pend, ficelée en jupon; Sa dent noire serre une pipe Eteinte.... Oh, la vie a du bon!--
Son nom.... ça se nomme Misère. Ça s'est trouvé né par hasard. Ça sera trouvé mort par terre.... La même chose--quelque part.
Si tu la rencontres, Poète, Avec son vieux sac de soldat: C'est notre sœur.... donne--c'est fête-- Pour sa pipe, un peu de tabac!...
Tu verras dans sa face creuse Se creuser, comme dans du bois, Un sourire; et sa main galeuse Te faire un vrai signe de croix.
(_Les Amours Jaunes._)
It is not long since a "strong, silent" American, who had been spending a year or so in Paris, complained to me that "all French poetry smelt of talcum powder." He did not specifically mention Corbière; who, with perhaps a few dozen other French poets, may have been outside the scope of his research. Corbière came also to "Paris."
I
Bâtard de Créole et Breton, Il vint aussi là--fourmilière, Bazar où rien n'est en pierre, Où le soleil manque de ton.
--Courage! On fait queue.... Un planton Vous pousse à la chaîne--derrière!-- --Incendie éteint, sans lumière; Des seaux passent, vides ou non.--
Là, sa pauvre Muse pucelle Fit le trottoir en _demoiselle._ Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend?
--Rien.--Elle restait là, stupide, N'entendant pas sonner le vide Et regardant passer le vent....
II
Là: vivre à coups de fouet!--passer En fiacre, en correctionnelle; Repasser à la ritournelle, Se dépasser, et trépasser!--
--Non, petit, il faut commencer Par être grand--simple ficelle-- Pauvre: remuer l'or à la pelle; Obscur: un nom à tout casser!...
Le coller chez les mastroquets, Et l'apprendre à des perroquets Qui le chantent ou qui le sifflent--
--Musique!--C'est le paradis Des mahomets ou des houris, Des dieux souteneurs qui se giflent!
People, at least some of them, think more highly of his Breton subjects than of the Parisian, but I can not see that he loses force on leaving the sea-board; for example, his "Frère et Sœur Jumeaux" seems to me "by the same hand" and rather better than his "Roscoff." His language does not need any particular subject matter, or prefer one to another. "Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre," "Fille de marbre, en rut!", "Je voudrais être chien à une fille publique" are all, with a constant emission of equally vigorous phrases, to be found in the city poems. At his weakest he is touched with the style of his time, i.e., he falls into a phrase _à la Hugo_,--but seldom. And he is conscious of the will to break from this manner, and is the first, I think, to satirize it, or at least the first to hurl anything as apt and violent as "garde nationale épique" or "inventeur de la larme écrite" at the Romantico-rhetorico and the sentimento-romantico of Hugo and Lamartine. His nearest kinships in our period are to Gautier and Laforgue, though it is Villon whom most by life and temperament he must be said to resemble.
Laforgue was, for four or five years, "reader" to the ex-Kaiser's mama; he escaped and died of _la misère._ Corbière had, I believe, but one level of poverty.
Un beau jour--quel métier!--je faisais, comme ça Ma croisière.--Métier!....--Enfin. Elle passa. --Elle qui,--La Passante! Elle, avec son ombrelle! Vrai valet de bourreau, je la frôlai....--mais Elle Me regarda tout bas, souriant en dessous, Et--me tendit sa main, et.... m'a donné deux sous.
ARTHUR RIMBAUD
(1854-1891)
Rimbaud's first book appeared in '73. His complete poems with a preface by Verlaine in '95. Laforgue conveys his content by comment, Corbière by ejaculation, as if the words were wrenched and knocked out of him by fatality; by the violence of his feeling, Rimbaud presents a thick suave color, firm, even.
_Cinq heures du soir_
AU CABARET VERT
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi, --_Au Cabaret Vert_: je demandai des tartines De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table Verte: je contemplai les sujets très naïfs De la tapisserie.--Et ce fut adorable, Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
--Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure!-- Rieuse, m'apporta des tartines de beurre, Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse D'ail,--et m'emplit la chope immense, avec sa mousse Que dorait un rayon de soleil arriéré.
The actual writing of poetry has advanced little or not at all since Rimbaud. Cézanne was the first to paint, as Rimbaud had written,--in, for example, "Les Assis":
Ils ont greffé dans des amours epileptiques Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs De leurs chaises; leurs pieds aux barreaux rachitiques S'entrelacent pour les matins et pour les soirs
Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges.
or in the octave of
VENUS ANADYOMENE
Comme d'un cercueil vert en fer-blanc, une tête De femme à cheveux bruns fortement pommadés D'une vieille baignoire émerge, lente et bête, Montrant des déficits assez mal ravaudés;
Puis le col gras et gris, les larges omoplates Qui saillent; le dos court qui rentre et qui ressort, --La graisse sous la peau paraît en feuilles plates Et les rondeurs des reins semble prendre l'essor.
Tailhade has painted his "Vieilles Actrices" at greater length, but smiling; Rimbaud does not endanger his intensity by a chuckle. He is serious as Cézanne is serious. Comparisons across an art are always vague and inexact, and there are no real parallels; still it is possible to think of Corbière a little as one thinks of Goya, without Goya's Spanish, with infinite differences, but with a macabre intensity, and a modernity that we have not yet surpassed. There are possible grounds for comparisons of like sort between Rimbaud and Cézanne.
Tailhade and Rimbaud were both born in '54; there is not a question of priority in date, I do not know who hit first on the form, but Rimbaud's "Chercheuses" is a very good example of a mould not unlike that into which Tailhade has cast his best poems.
LES CHERCHEUSES DE POUX
Quand le front de l'enfant plein de rouges tourmentes, Implore l'essaim blanc des rêves indistincts, Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
Elles asseoient l'enfant auprès d'une croisée Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs, Et, dans ses lourds cheveux où tombe la rosée, Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.
Il écoute chanter leurs haleines craintives Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences Parfumés; et leurs doigts électriques et doux Font crépiter, parmi ses grises indolences, Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse, Soupir d'harmonica qui pourrait délirer; L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses, Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.
The poem is "not really" like Tailhade's, but the comparison is worth while. Many readers will be unable to "see over" the subject matter and consider the virtues of the style, but we are, let us hope, serious people; besides, Rimbaud's mastery is not confined to "the unpleasant"; "Roman" begins:
I
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. --Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, Des cafés tapageurs aux lustres éclatants! --On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin! L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière; Le vent chargé de bruits,--la ville n'est pas loin-- A des parfums de vigne et des parfums de bière....
The sixth line is worthy of To-em-mei. But Rimbaud has not exhausted his idyllic moods or capacities in one poem. Witness:
COMEDIE EN TROIS BAISERS
Elle était fort déshabillée, Et de grands arbres indiscrets Aux vitres penchaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près.
Assise sur ma grande chaise. Mi-nue elle joignait les mains. Sur le plancher frissonnaient d'aise Ses petits pieds si fins, si fins.
--Je regardai, couleur de cire Un petit rayon buissonnier Papillonner, comme un sourire Sur son beau sein, mouche au rosier.
--Je baisai ses fines chevilles. Elle eut un long rire très mal Qui s'égrenait en claires trilles, Une risure de cristal....
Les petits pieds sous la chemise Se sauvèrent: "Veux-tu finir!" --La première audace permise, Le rire feignait de punir!
--Pauvrets palpitant sous ma lèvre, Je baisai doucement ses yeux: --Elle jeta sa tête mièvre En arrière: "Oh! c'est encor mieux!...
"Monsieur, j'ai deux mots à te dire...." --Je lui jetai le reste au sein Dans un baiser, qui la fit rire D'un bon rire qui voulait bien....
--Elle était fort déshabillée Et de grands arbres indiscrets, Aux vitres penchaient leur feuillée Malinement, tout près, tout près.
The subject matter is older than Ovid, and how many poems has it led to every silliness, every vulgarity! One has no instant of doubt here, nor, I think, in any line of any poem of Rimbaud's. How much I might have learned from the printed page that I have learned slowly from actualities. Or perhaps we never do learn from the page; but are only capable of recognizing the page after we have learned from actuality.
I do not know whether or no Rimbaud "started" the furniture poetry with "Le Buffet"; it probably comes, most of it, from the beginning of Gautier's "Albertus." I cannot see that the "Bateau Ivre" rises above the general level of his work, though many people seem to know of this poem (and of the sonnet on the vowels) who do not know the rest of his work. Both of these poems are in Van Bever and Léautaud. I wonder in what other poet will we find such firmness of coloring and such certitude.
TABLE
Laforgue 1860-1887; published 1885 Corbière 1840-1875; published 1873 and 1891 Rimbaud 1854-1891; published 1873 Remy de Gourmont 1858-1915 Merril 1868-1915 Tailhade 1854-1919 Verhaeren 1855-1916 Moréas 1856-1911 _Living_: Vielé-Griffin 1864 Jammes 1868 De Régnier 1864 Spire 1868 _Younger Men_: Klingsor, Romains, Vildrac _Other Dates_: Verlaine 1844-1896 Mallarmé 1842-1898 Samain 1858-1900 Elskamp, born 1862
REMY DE GOURMONT
(1858-1915)
As in prose, Remy de Gourmont found his own form, so also in poetry, influenced presumably by the medieval sequaires and particularly by Goddeschalk's quoted in his (de Gourmont's) work on "Le Latin Mystique," he recreated the "litanies." It was one of the great gifts of "symbolisme," of the doctrine that one should "suggest" not "present"; it is, in his hand, an effective indirectness. The procession of all beautiful women moves before one in the "Litanies de la Rose"; and the rhythm is incomparable. It is not a poem to lie on the page, it must come to life in audition, or in the finer audition which one may have in imagining sound. One must "hear" it, in one way or another, and out of that intoxication comes beauty. One does no injustice to De Gourmont by giving this poem alone. The "Litany of the Trees" is of equal or almost equal beauty. The Sonnets in prose are different; they rise out of natural speech, out of conversation. Paul Fort perhaps began or rebegan the use of conversational speech in rhyming prose paragraphs, at times charmingly.
LITANIES DE LA ROSE
_A Henry de Groux._
Fleur hypocrite,
Fleur du silence.
Rose couleur de cuivre, plus frauduleuse que nos joies, rose couleur de cuivre, embaume-nous dans tes mensonges, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose au visage peint comme une fille d'amour, rose au cœur prostitue, rose au visage peint, fais semblant d'être pitoyable, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose à la joue puérile, ô vierges des futures trahisons, rose à la joue puérile, innocente et rouge, ouvre les rets de tes yeux clairs, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose aux yeux noirs, miroir de ton néant, rose aux yeux noirs, fais-nous croire au mystère, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur d'or pur, ô coffre-fort de l'idéal, rose couleur d'or pur, donne-nous la clef de ton ventre, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur d'argent, encensoir de nos rêves, rose couleur d'argent prends notre cœur et fais-en de la fumée, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose au regard saphique, plus pâle que les lys, rose au regard saphique, offre-nous le parfum de ton illusoire virginité, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose au front pourpre, colère des femmes dédaignées, rose au front pourpre dis-nous le secret de ton orgueil, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose au front d'ivoire jaune, amante de toi-même, rose au front d'ivoire jaune, dis-nous le secret de tes nuits virginales, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose aux lèvres de sang, ô mangeuse de chair, rose aux lèvres de sang, si tu veux notre sang, qu'en ferions-nous? bois-le, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur de soufre, enfer des désirs vains, rose couleur de soufre, allume le bûcher où tu planes, âme et flamme, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur de pêche, fruit velouté de fard, rose sournoise, rose couleur de pêche, empoisonne nos dents, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur de chair, déesse de la bonne volonté, rose couleur de chair, fais-nous baiser la tristesse de ta peau fraîche et fade, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose vineuse, fleur des tonnelles et des caves, rose vineuse, les alcools fous gambadent dans ton haleine: souffle-nous l'horreur de l'amour, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose violette, ô modestie des rillettes perverses, rose violette, tes yeux sont plus grands que le reste, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose rose, pucelle au cœur désordonné, rose rose, robe de mousseline, entr'ouvre tes ailes fausses, ange, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose en papier de soie, simulacre adorable des grâces incréées, rose en papier de soie, n'es-tu pas la vraie rose, fleur du silence.
Rose couleur d'aurore, couleur du temps, couleur de rien, ô sourire du Sphinx, rose couleur d'aurore, sourire ouvert sur le néant, nous t'aimerons, car tu mens, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose blonde, léger manteau de chrôme sur des épaules frêles, ô rose blonde, femelle plus forte que les mâles, fleur hypocrite, fleur du silence!
Rose en forme de coupe, vase rouge où mordent les dents quand la bouche y vient boire, rose en forme de coupe, nos morsures te font sourire et nos baisers te font pleurer, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose toute blanche, innocente et couleur de lait, rose toute blanche, tant de candeur nous épouvante, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur de bronze, pâte cuite au soleil, rose couleur de bronze, les plus durs javelots s'émoussent sur ta peau, fleur hypocrite fleur du silence.
Rose couleur de feu, creuset spécial pour les chairs réfractaires, rose couleur de feu, ô providence des ligueurs en enfance, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose incarnate, rose stupide et pleine de santé, rose incarnate, tu nous abreuves et tu nous leurres d'un vin très rouge et très bénin, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose en satin cérise, munificence exquise des lèvres triomphales, rose en satin cérise, ta bouche enluminée a posé sur nos chairs le sceau de pourpre de son mirage, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose au cœur virginal, ô louche et rose adolescence qui n'a pas encore parlé, rose au cœur virginal, tu n'as rien à nous dire, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose groseille, honte et rougeur des péchés ridicules, rose groseille, on a trop chiffonné ta robe, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur du soir, demi-morte d'ennui, fumée crépusculaire, rose couleur du soir, tu meurs d'amour en baisant tes mains lasses, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose bleue, rose iridine, monstre couleur des yeux de la Chimère, rose bleue, lève un peu tes paupières: as-tu peur qu-on te regarde, les yeux dans les yeux, Chimère, fleur hypocrite, fleur du silence!
Rose verte, rose couleur de mer, ô nombril des, sirènes, rose verte, gemme ondoyante et fabuleuse, tu n'es plus que de l'eau dès qu'un doigt t'a touchée, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose escarboucle, rose fleurie au front noir du dragon, rose escarboucle, tu n'es plus qu'une boucle de ceinture, fleur hypocrite, fleur du silence.
Rose couleur de vermilion, bergère énamourée couchée dans les sillons, rose couleur de vermilion, le berger te respire et le bouc t'a broutée, fleur hypocrite, fleur du silence.