Instigations Together with An Essay on the Chinese Written Character

Part 12

Chapter 123,560 wordsPublic domain

"Car tout mot collectif, et d'abord ceux du vocabulaire sociologique sont l'objet d'un culte. A la Famille, à la Patrie, à l'Etat, à la Société, on sacrifie des citoyens mâles et des citoyens femelles; les mâles en plus grand nombre; ce n'est que par intermède, en temps de grève ou d'émeute, pour essayer un nouveau fusil que l'on perfore des femelles; elles offrent au coup une cible moins défiante et plus plaisante; ce sont là d'inévitables petits incidents de la vie politique. Le mâle est l'hostie ordinaire. * * * * * * * "Le caractère fondamental du citoyen est donc le dévouement, la résignation et la stupidité; il exerce principalement ces qualités selon trois fonctions physiologiques, comme animal reproducteur, comme animal électoral, comme animal contribuable. * * * * * * * "Devenu animal électoral, le citoyen n'est pas dépourvu de subtilité. Ayant flairé, il distingue hardiment entre un opportuniste et un radical. Son ingéniosité va jusqu'à la méfiance: le mot Liberté le fait aboyer, tel un chien perdu. A l'idée qu'on va le laisser seul dans les ténèbres de sa volonté, il pleure, il appelle sa mère, la République, son père, l'Etat. * * * * * * * "Du fond de sa grange ou de son atelier, il entretient volontiers ceux qui le protègent contre lui-même. * * * * * * * "Et puis songe: si tu te révoltais, il n'y aurait plus de lois, et quand tu voudrais mourir, comment ferais-tu, si le régistre n'était plus là pour accueillir ton nomme?" _Paradoxes sur le Citoyen._

"Si l'on est porté à souhaiter un déraillement, il faut parler, il faut écrire, il faut sourire, il faut s'abstenir--c'est le grand point de toute vie civique. Les actuelles organisations sociales ont cette tare fondamentale que l'abstention légale et silencieuse les rend inermes et ridicules. Il faut empoisonner l'Autorité, lentement, en jouant. C'est si charmant de jouer et si utile au bon fonctionnement humain! Il faut se moquer. Il faut passer, l'ironie dans les yeux, à travers les mailles des lois anti-libérales, et quand on promène à travers nos vignes, gens de France, l'idole gouvernementale, gardez-vous d'aucun acte vilain, des gros mots, des violences--rentrez chez vous, et mettez les volets. Sans avoir rien fait que de très simple et de très innocent vous vous réveillerez plus libres le lendemain." _Les Faiseurs de Statues._

"Charmant Tzar, tu la verras chez toi, la Révolution, stupide comme le peuple et féroce comme la bourgeoisie; tu la verras, dépassant en animalité et en rapacité sanglante tout ce qu'on t'a permis de lire dans les tomes expurgés qui firent ton éducation." _Le Délire Russe._

"Or un écrivain, un poète, un philosophe, un homme des régions intellectuelles n'a qu'une patrie: sa langue." _Querelles de Belgique._

"Il faut encore, pour en revenir aux assassins, noter que le crime, sauf en des rares cas passionnels, est le moyen et non le but." _Crimes._

"Le vers traditionnel est patriotique et national; le vers nouveau est anarchiste et sans patrie. Il semble que la rime riche fasse partie vraiment de la richesse nationale: on vole quelque-chose à l'Etat en adoucissant la sonorité des ronrons: 'La France, Messieurs, manque de consonnes d'appui!' D'autre part, l'emploi de l'assonnance a quelque-chose de rétrograde qui froisse les vrais démocrates. * * * * * * * "Il est amusant de voir des gens qui ne doivent leur état 'd'hommes modernes' qu'à la fauchaison brutale de toutes les traditions Françaises, protester aussi sottement contre des innovations non seulement logiques, mais inévitables. Ce qui donne quelque valeur à leur acrimonie, c'est qu'ils ignorent tout de cette question si complexe; de là leur liberté critique, n'ayant lu ni Gaston Paris, ni Darmesteter, ni aucun des écrivains récents qui étudièrent avec prudence tant de points obscurs de la phonétique et de la rythmique, ils tirent une autorité évidente de leur incompétence même." _Le Vers Libre et les Prochaines Elections._

"PELERIN DU SILENCE" (1896) contains "Fleurs de Jadis" (1893), "Château Singulier" (1894), "Livres des Litanies," "Litanie de la Rose"[2] (1892), Théâtre Muet, "Le Fantôme" (1893).

"LIVRE DES MASQUES" (1896), not particularly important, though the preface contains a good reformulation: as, for example,

"Le crime capital pour un écrivain, c'est le conformisme, l'imitativité, la soumission aux règles et aux enseignements. L'œuvre d'un écrivain doit être non seulement le reflet, mais le reflet grossi de sa personnalité. La seule excuse qu'un homme ait d'écrire c'est de s'écrire lui-même, de dévoiler aux autres la sort de monde qui se mire en son miroir individuel; sa seule excuse est d'être original; il doit dire des choses non encore dites, et les dire en une forme non encore formulée. Il doit se créer sa propre esthétique--et nous devrons admettre autant d'esthétiques qu'il y a d'esprits originaux et les juger d'après ce qu'elles sont, et non d'après ce qu'elles ne sont pas. * * * * * * * "L'esthétique est devenue elle aussi, un talent personnel."[3] _Préface._

"Comme tous les écrivains qui sont parvenus à comprendre la vie, c'est-à-dire son inutilité immédiate, M. Francis Poictevin, bien que né romancier, a promptement renoncé au roman. * * * * * * * "Il est très difficile de persuader à de certains vieillards--vieux ou jeunes--qu'il n'y a pas de sujets; il n'y a en littérature qu'un sujet, celui qui écrit, et toute la littérature, c'est-à-dire toute la philosophie, peut surgir aussi bien à l'appel d'un chien écrasé qu'aux acclamations de Faust interpellant la Nature: 'Où te saisir, ô Nature infinie? Et vous, mamelles?'" _Francis Poictevin._

This book is of the '90s, of temporary interest, judgment in mid-career, less interesting now that the complete works of the subjects are available, or have faded from interest. This sort of criticism is a duty imposed on a man by his intelligence. The doing it a duty, a price exacted for his possession of intelligence.

In places the careless phrase, phrases careless of sense, in places the thing bien dit as in Verlaine. Here and there a sharp sentence, as

"M. Moréas ne comprendra jamais combien il est ridicule d'appeler Racine le Sophocle de la Ferté Milon." or:

"Parti de la chanson de Saint Léger, il en est, dit-on, arrivé au XVIIème. siècle, et cela en moins de dix années; ce n'est pas si décourageant qu'on l'a cru. Et maintenant que les textes se font plus familiers, la route s'abrège; d'ici peu de haltes, M. Moréas campera sous le vieux chêne Hugo et, s'il persévère, nous le verrons atteindre le but de son voyage, qui est sans doute de se rejoindre lui-même." _Jean Moréas._

This first "Livre des Masques" is of historical interest, as a list of men interesting at their time. It is work done in establishing good work, a necessary scaffolding, the debt to De Gourmont, because of it, is ethical rather than artistic. It is a worthy thing to have done. One should not reproach flaws, even if it appears that the author wastes time in this criticism, although this particular sort of half energy probably wouldn't have been any use for more creative or even more formulative writing. It is not a carving of statues, but only holding a torch for the public; ancillary writing. Local and temporal, introducing some men now better known and some, thank Heaven, unknown or forgotten.

"DEUXIÈME LIVRE DES MASQUES" (1898), rather more important, longer essays, subjects apparently chosen more freely, leaves one perhaps more eager to read Alfred Valette's "Le Vierge" than any other book mentioned.

"Etre nul arrêté dans son développement vers une nullité équilibrée."

We find typical Gourmont in the essay on Rictus:

"Ici c'est l'idée de la résignation qui trouble le Pauvre; comme tant d'autres, il la confond avec l'idée bouddhiste de non-activité. Cela n'a pas d'autre importance en un temps où l'on confond tout, et où un cerveau capable d'associer et de dissocier logiquement les idées doit être considéré comme une production miraculeuse de la Nature. * * * * * * * "Or l'art ne joue pas; il est grave, même quand il rit, même quand il danse. Il faut encore comprendre qu'en art tout ce qui n'est pas nécessaire est inutile; et tout ce qui est inutile est mauvais." _Jehan Rictus._

He almost convinces one of Ephraim Mikhail's poetry, by his skillful leading up to quotation of:

"Mais le ciel gris est plein de tristesse câline inéffablement douce aux cœurs chargés d'ennuis."

The essay on the Goncourt is important, and we find in it typical dissociation.

"Avec de la patience, on atteint quelquefois l'exactitude, et avec de la conscience, la véracité; ce sont les qualités fondamentales de l'histoire. * * * * * * "Quand on a goûté à ce vin on ne veut plus boire l'ordinaire vinasse des bas littérateurs. Si les Goncourt étaient devenus populaires, si la notion du style pouvait pénétrer dans les cerveaux moyens! On dit que le peuple d'Athêne avait cette notion. * * * * * * "Et surtout quel mémorable désintéressement! En tout autre temps nul n'aurait songé à louer Edmond de Goncourt pour ce dédain de l'argent et de la basse popularité, car l'amour est exclusif et celui qui aime l'art n'aime que l'art: mais après les exemples de toutes les avidités qui nous ont été donnés depuis vingt ans par les boursiers des lettres, par la coulisse de la littérature, il est juste et nécessaire de glorifier, en face de ceux qui vivent pour l'argent, ceux qui vécurent pour l'idée et pour l'art. * * * * * * "La place des Goncourt dans l'histoire littéraire de ce siècle sera peut-être même aussi grande que celle de Flaubert, et ils la devront à leur souci si nouveau, si scandaleux, en une littérature alors encore toute rhétoricienne, de la 'non-imitation'; cela a révolutionné le monde de l'écriture. Flaubert devait beaucoup à Chateaubriand: il serait difficile de nommer le maître des Goncourt. Ils conquirent pour eux, ensuite pour tous les talents, le droit à la personnalité stricte, le droit pour un écrivain de s'avouer tel quel, et rien qu'ainsi, sans s'inquiéter des modèles, des règles, de tout le pédantisme universitaire et cénaculaire, le droit de se mettre face-à-face avec la vie, avec la sensation, avec le rêve, avec l'idée, de créer sa phrase--et même, dans les limites du génie de la langue, sa syntaxe." _Les Goncourt._

One is rather glad M. Hello is dead. Ghil is mentionable, and the introductory note on Felix Fénéon is of interest.

Small reviews are praised in the notes on Dujardins and Alfred Vallette.

"Il n'y a rien de plus utile que ces revues spéciales dont le public élu parmi les vrais fidèles admet les discussions minutieuses, les admirations franches." _On Edouard Dujardins._

"Il arrive dans l'ordre littéraire qu'une revue fondée avec quinze louis a plus d'influence sur la marche des idées et par conséquent, sur la marche du monde (et peut-être sur la rotation des planètes) que les orgueilleux recueils de capitaux académiques et de dissertations commerciales." _On Alfred Voilette._

"PROMENADES PHILOSOPHIQUES" (1905-8). One cannot brief such work as the Promenades. The sole result is a series of aphorisms, excellent perhaps, but without cohesion; a dozen or so will show an intelligence, but convey neither style nor personality of the author:

"Sans doute la religion n'est pas vraie, mais l'anti-religion n'est pas vraie non plus: la vérité réside dans un état parfait d'indifférence. * * * * * * "Peu importe qu'on me sollicite par des écrits ou par des paroles; le mal ne commence qu'au moment où on m'y plie par la force." _Autre Point de Vue._

"L'argent est le signe de la liberté. Maudire l'argent, c'est maudire la liberté, c'est maudire la vie qui est nulle si elle n'est libre." _L'Argent._

"Quand on voudra définir la philosophie du XIXème siècle, on s'apercevra qu'il n'a fait que de la théologie. * * * * * * "Apprendre pour apprendre est peut-être aussi grossier que manger pour manger. * * * * * * "C'est singulier en littérature, quand la forme n'est pas nouvelle, le fond ne l'est pas non plus. * * * * * * "Le nu de l'art contemporain est un nu d'hydrothérapie. * * * * * * "L'art doit être à la mode ou créer la mode. * * * * * * "Les pacifistes, de braves gens à genoux, près d'une balance et priant le ciel qu'elle s'incline, non pas selon les lois de la pesanteur, mais selon leurs vœux. * * * * * * "La propriété est nécessaire, mais il ne l'est pas qu'elle reste toujours dans les mêmes mains. * * * * * * "Il y a une simulation de l'intelligence comme il y a une simulation de la vertu. * * * * * * "Le roman historique. Il y a aussi la peinture historique, l'architecture historique, et, à la mi-carême, le costume historique. * * * * * * "Etre impersonnel c'est être personnel selon un mode particulier: Voyez Flaubert. On dirait en jargon: l'objectif est une des formes du subjectif. * * * * * * "La maternité, c'est beau, tant qu'on n'y fait pas attention. C'est vulgaire dès qu'on admire. * * * * * * "L'excuse du christianisme, ça a été son impuissance sur la réalité. Il a corrompu l'esprit bien plus que la vie.

"Je ne garantis pas qu'aucune de ces notes ne se trouve déjà dans un de mes écrits, ou qu'elle ne figurera pas dans un écrit futur. On les retrouvera peut-être même dans des écrits qui ne seront pas les miens." _Des Pas sur le Sable._

Those interested in the subject will take "LE PROBLÈME DU STYLE" (1902) entire; the general position may perhaps be indicated very vaguely by the following quotations:

"Quant à la peur de se gâter le style, c'est bon pour un Bemho, qui use d'une langue factice. Le style peut se fatiguer comme l'homme même; il vieillira de même que l'intelligence et la sensibilité dont il est le signe; mais pas plus que l'individu, il ne changera de personnalité, à moins d'un cataclysme psychologique. Le régime alimentaire, le séjour à la campagne ou à Paris, les occupations sentimentales et leurs suites, les maladies ont bien plus d'influence sur un style vrai que les mauvaises lectures. Le style est un produit physiologique, et l'un des plus constants; quoique dans la dépendance des diverses fonctions vitales.

"Les États-Unis tomberaient en langueur, sans les voyages en Europe de leur aristocratie, sans la diversité extrême des climats, des sols et par conséquent des races en évolution dans ce vaste empire. Les échanges entre peuples sont aussi nécessaires à la révigoration de chaque peuple que le commerce social à l'exaltation de l'énergie individuelle. On n'a pas pris garde à cette nécessite quand on parle avec regret de l'influence des littératures étrangères sur notre littérature. * * * * * * "Aujourd'hui l'influence d'Euripide pourrait encore déterminer en un esprit original d'intéressantes œuvres; l'imitateur de Racine dépasserait à peine le comique involontaire. L'étude de Racine ne deviendra profitable que dans plusieurs siècles et seulement à condition que, complètement oublié, il semble entièrement nouveau, entièrement étranger, tel que le sont devenus pour le public d'aujourd'hui Adenès li Rois ou Jean de Meung. Euripide était nouveau au XVIIème siècle. Théocrite l'était alors que Chénier le transposait. 'Quand je fais des vers, insinuait Racine, je songe toujours à dire ce qui ne s'est point encore dit dans notre langue.' André Chénier a voulu exprimer celà aussi dans une phrase maladroite; et s'il ne l'a dit il l'a fait. Horace a bafoué les serviles imitateurs; il n'imitait pas les Grecs, il les étudiait. * * * * * * "'Le style est l'homme même' est un propos de naturaliste, qui sait que le chant des oiseaux est déterminé par la forme de leur bec, l'attache de leur langue, le diamètre de leur gorge, la capacité de leurs poumons. * * * * * * "Le style, c'est de sentir, de voir, de penser, et rien plus. * * * * * * "Le style est une spécialisation de la sensibilité. * * * * * * "Une idée n'est qu'une sensation défraîchie, une image effacée. * * * * * * "La vie est un dépouillement. Le but de l'activité propre d'un homme est de nettoyer sa personnalité, de la laver de toutes les souillures qu'y déposa l'éducation, de la dégager de toutes les empreintes qu'y laissèrent nos admirations adolescentes. * * * * * * "Depuis un siècle et demi, les connaissances scientifiques ont augmenté énormément; l'esprit scientifique a rétrogradé; il n'y a plus de contact immédiat entre ceux qui lisent et ceux qui créent la science, et (je cite pour la seconde fois la réflexion capitale de Buffon): 'On n'acquiert aucune connaissance transmissible qu'en voyant par soi-même': Les ouvrages de seconde main amusent l'intelligence et ne stimulent pas son activité. * * * * * * "Rien ne pousse à la concision comme l'abondance des idées." _Le Problème du Style_,1902.

Christianity lends itself to fanaticism. Barbarian ethics proceed by general taboos. The relation of two individuals in relation is so complex that no third person can pass judgment upon it. Civilization is individual. The truth is the individual. The light of the Renaissance shines in Varchi when he declines to pass judgment on Lorenzaccio.

One might make an index of, but one cannot write an essay upon, the dozen volumes of Gourmont's collected discussions. There was weariness towards the end of his life. It shows in even the leisurely charm of "Lettres à l'Amazone." There was a final flash in his drawing of M. Croquant.

The list of his chief works published by the Mercure de France, 26 Rue de Condé, Paris, is as follows:

"Sixtine." "Le Pèlerin du Silence." "Les Chevaux de Diomède." "D'un Pays Lointain." "Le Songe d'une Femme." "Lilith, suivi de Théodat." 'Une Nuit au Luxembourg." "Un Cœur Virginal." "Couleurs, suivi de Choses Anciennes." "Histoires Magiques." "Lettres d'un Satyre." "Le Chat de Misère. "Simone."

CRITIQUE

"Le Latin Mystique." "Le Livre des Masques" (Ier. et IIème.) "La Culture des Idées." "Le Chemin de Velours." "Le Problème du Style." "Physique de l'Amour." "Epilogues." "Esthétique de la Langue Française." "Promenades Littéraires." "Promenades Philosophiques." "Dialogue des Amateurs sur les Choses du Temps." "Nouveaux Dialogues des Amateurs sur les Choses du Temps." "Dante, Béatrice et la Poésie Amoureuse." "Pendant l'Orage."

De Gourmont's readiness to coöperate in my first plans for establishing some sort of periodical to maintain communications between New York, London and Paris, was graciously shown in the following (post-mark June 13, '15):

_Dimanche._

_Cher Monsieur:_

J'ai lu avec plaisir votre longue lettre, qui m'expose si clairement la nécessité d'une revue unissant les efforts des Américains, des Anglais, et des Français. Pour cela, je vous servirai autant qu'il sera en mon pouvoir. Je ne crois pas que je puisse beaucoup. J'ai une mauvaise santé et je suis extrêmement fatigué; je ne pourrai vous donner que des choses très courtes, des indications d'idées plutôt que des pages accomplies, mais je ferai de mon mieux. J'espère que vous réussirez à mettre debout cette petite affaire littéraire et que vous trouverez parmi nous des concours utiles. Evidemment si nous pourions amener les Américains à mieux sentir la vraie littérature française et surtout à ne pas la confondre avec tant d'œuvres courantes si médiocres, cela serait un résultat très heureux. Sont-ils capables d'assez de liberté d'esprit pour lire, sans être choqués, mes livres par example, elle est bien douteux et il faudrait pour cela un long travail de préparation. Mais pourquoi ne pas l'entreprendre? En tous les pays, il y a un noyau de bons esprits, d'esprits libres, il faut leur donner quelque chose qui les change de la fadeur des magazines, quelque chose qui leur donne confiance en eux-mêmes et leur soit un point d'appui. Comme vous le dites, il faudra pour commencer les amener à respecter l'individualisme français, le sens de la liberté que quelques uns d'entre nous possèdent à un si haut point. Ils comprennent cela en théologie. Pourquoi ne le comprendraient-ils pas en art, en poésie, en littérature, en philosophie. Il faut leur faire voir--s'ils ne le voient pas déjà--que l'individualisme français peut, quand il le faut, se plier aux plus dures disciplines.

Conquérir l'Américain n'est pas sans doute votre seul but. Le but du _Mercure_ a été de permettre à ceux qui en valent la peine d'écrire franchement ce qu'il pense--seul plaisir d'un écrivain. Cela doit aussi être le vôtre.

Votre bien dévoué, _Remy de Gourmont._

"The aim of the _Mercure_ has been to permit any man, who is worth it, to write down his thought frankly--this is a writer's sole pleasure. And this aim should be yours."

"Are they capable of enough mental liberty to read my books, for example, without being horrified? I think this very doubtful, and it will need long preparation. But why not try it? There are in all countries knots of intelligent people, open-minded; one must give something to relieve them from the staleness of magazines, something which will give them confidence in themselves and serve as a rallying point. As you say, one must begin by getting them to respect French individualism; the sense of liberty which some of us have in so great degree. They understand this in theology, why should they not understand it in art, poetry, literature?"

If only my great correspondent could have seen letters I received about this time from English alleged intellectuals! The incredible stupidity, the ingrained refusal of thought!!!!! Of which more anon, if I can bring myself to it. Or let it pass? Let us say simply that De Gourmont's words form an interesting contrast with the methods employed by the British literary episcopacy to keep one from writing what one thinks, or to punish one (financially) for having done so.

Perhaps as a warning to young writers who can not afford the loss, one would be justified in printing the following:

50_a. Albermarle Street, London W._

_22 October, '14:_

Dear Mr. Pound:

Many thanks for your letter of the other day. I am afraid I must say frankly that I do not think I can open the columns of the _Q.R._--at any rate, at present--to any one associated publicly with such a publication as _Blast._ It stamps a man too disadvantageously.

Yours truly, G.W. Prothero.

Of course, having accepted your paper on the _Noh_, I could not refrain from publishing it. But other things would be in a different category.

I need scarcely say that _The Quarterly Review_ is one of the most profitable periodicals in England, and one of one's best "connections," or sources of income. It has, of course, a tradition.

"It is not that Mr. Keats (if that be his real name, for we almost doubt that any man in his senses would put his real name to such a rhapsody)"--