Part 12
La psychologie de la perception extérieure nous mène à la même conclusion. Quand j'aperçois l'objet devant moi comme une table de telle forme, à telle distance, on m'explique que ce fait est dû à deux facteurs, à une matière de sensation qui me pénètre par la voie des yeux et qui donne l'élément d'extériorité réelle, et à des idées qui se réveillent, vont à la rencontre de cette réalité, la classent et l'interprètent. Mais qui peut faire la part, dans la table concrètement aperçue, de ce qui est sensation et de ce qui est idée? L'externe et l'interne, l'étendu et l'inétendu, se fusionnent et font un mariage indissoluble. Cela rappelle ces panoramas circulaires, où des objets réels, rochers, herbe, chariots brisés, etc., qui occupent l'avant-plan, sont si ingénieusement reliés à la toile qui fait le fond, et qui représente une bataille ou un vaste paysage, que l'on ne sait plus distinguer ce qui est objet de ce qui est peinture. Les coutures et les joints sont imperceptibles.
Cela pourrait-il advenir si l'objet et l'idée étaient absolument dissemblables de nature?
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Je suis convaincu que des considérations pareilles à celles que je viens d'exprimer auront déjà suscité, chez vous aussi, des doutes au sujet du dualisme prétendu.
Et d'autres raisons de douter surgissent encore. Il y a toute une sphère d'adjectifs et d'attributs qui ne sont ni objectifs, ni subjectifs d'une manière exclusive, mais que nous employons tantôt d'une manière et tantôt d'une autre, comme si nous nous complaisions dans leur ambiguïté. Je parle des qualités que nous _apprécions_, pour ainsi dire, dans les choses, leur côté esthétique, moral, leur valeur pour nous. La beauté, par exemple, où réside-t-elle? Est-elle dans la statue, dans la sonate, ou dans notre esprit? Mon collègue à Harvard, George Santayana, a écrit un livre d'esthétique,[117] où il appelle la beauté "le plaisir objectifié"; et en vérité, c'est bien ici qu'on pourrait parler de projection au dehors. On dit indifféremment une chaleur agréable, ou une sensation agréable de chaleur. La rareté, le précieux du diamant nous en paraissent des qualités essentielles. Nous parlons d'un orage affreux, d'un homme haïssable, d'une action indigne, et nous croyons parler objectivement, bien que ces termes n'expriment que des rapports à notre sensibilité émotive propre. Nous disons même un chemin pénible, un ciel triste, un coucher de soleil superbe. Toute cette manière animiste de regarder les choses qui paraît avoir été la façon primitive de penser des hommes, peut très bien s'expliquer (et M. Santayana, dans un autre livre tout récent,[118] l'a bien expliquée ainsi) par l'habitude d'attribuer à l'objet _tout_ ce que nous ressentons en sa présence. Le partage du subjectif et de l'objectif est le fait d'une réflexion très avancée, que nous aimons encore ajourner dans beaucoup d'endroits. Quand les besoins pratiques ne nous en tirent pas forcément, il semble que nous aimons à nous bercer dans le vague.
Les qualités secondes elles-mêmes, chaleur, son, lumière, n'ont encore aujourd'hui qu'une attribution vague. Pour le sens commun, pour la vie pratique, elles sont absolument objectives, physiques. Pour le physicien, elles sont subjectives. Pour lui, il n'y a que la forme, la masse, le mouvement, qui aient une réalité extérieure. Pour le philosophe idéaliste, au contraire, forme et mouvement sont tout aussi subjectifs que lumière et chaleur, et il n'y a que la chose-en-soi inconnue, le "noumène," qui jouisse d'une réalité extramentale complète.
Nos sensations intimes conservent encore de cette ambiguïté. Il y a des illusions de mouvement qui prouvent que nos premières sensations de mouvement étaient généralisées. C'est le monde entier, avec nous, qui se mouvait. Maintenant nous distinguons notre propre mouvement de celui des objets qui nous entourent, et parmi les objets nous en distinguons qui demeurent en repos. Mais il est des états de vertige où nous retombons encore aujourd'hui dans l'indifférenciation première.
Vous connaissez tous sans doute cette théorie qui a voulu faire des émotions des sommes de sensations viscérales et musculaires. Elle a donné lieu à bien des controverses, et aucune opinion n'a encore conquis l'unanimité des suffrages. Vous connaissez aussi les controverses sur la nature de l'activité mentale. Les uns soutiennent qu'elle est une force purement spirituelle que nous sommes en état d'apercevoir immédiatement comme telle. Les autres prétendent que ce que nous nommons activité mentale (effort, attention, par exemple) n'est que le reflet senti de certains effets dont notre organisme est le siège, tensions musculaires au crâne et au gosier, arrêt ou passage de la respiration, afflux de sang, etc.
De quelque manière que se résolvent ces controverses, leur existence prouve bien clairement une chose, c'est qu'il est très difficile, ou même absolument impossible de savoir, par la seule inspection intime de certains phénomènes, s'ils sont de nature physique, occupant de l'étendue, etc., ou s'ils sont de nature purement psychique et intérieure. Il nous faut toujours trouver des raisons pour appuyer notre avis; il nous faut chercher la classification la plus probable du phénomène; et en fin de compte il pourrait bien se trouver que toutes nos classifications usuelles eussent eu leurs motifs plutôt dans les besoins de la pratique que dans quelque faculté que nous aurions d'apercevoir deux essences ultimes et diverses qui composeraient ensemble la trame des choses. Le corps de chacun de nous offre un contraste pratique presque violent à tout le reste du milieu ambiant. Tout ce qui arrive au dedans de ce corps nous est plus intime et important que ce qui arrive ailleurs. Il s'identifie avec notre moi, il se classe avec lui. Ame, vie, souffle, qui saurait bien les distinguer exactement? Même nos images et nos souvenirs, qui n'agissent sur le monde physique que par le moyen de notre corps, semblent appartenir à ce dernier. Nous les traitons comme internes, nous les classons avec nos sentiments affectifs. Il faut bien avouer, en somme, que la question du dualisme de la pensée et de la matière est bien loin d'être finalement résolue.
Et voilà terminée la première partie de mon discours. J'ai voulu vous pénétrer, Mesdames et Messieurs, de mes doutes et de la réalité, aussi bien que de l'importance, du problème.
Quant à moi, après de longues années d'hésitation, j'ai fini par prendre mon parti carrément. Je crois que la conscience, telle qu'on se la représente communément, soit comme entité, soit comme activité pure, mais en tout cas comme fluide, inétendue, diaphane, vide de tout contenu propre, mais se connaissant directement elle-même, spirituelle enfin, je crois, dis-je, que cette conscience est une pure chimère, et que la somme de réalités concrètes que le mot conscience devrait couvrir, mérite une toute autre description, description, du reste, qu'une philosophie attentive aux faits et sachant faire un peu d'analyse, serait désormais en état de fournir ou plutôt de commencer à fournir. Et ces mots m'amènent à la seconde partie de mon discours. Elle sera beaucoup plus courte que la première, parce que si je la développais sur la même échelle, elle serait beaucoup trop longue. Il faut, par conséquent, que je me restreigne aux seules indications indispensables.
* * * * *
Admettons que la conscience, la _Bewusstheit_, conçue comme essence, entité, activité, moitié irréductible de chaque expérience, soit supprimée, que le dualisme fondamental et pour ainsi dire ontologique soit aboli et que ce que nous supposions exister soit seulement ce qu'on a appelé jusqu'ici le _contenu_, le _Inhalt_, de la conscience; comment la philosophie va-t-elle se tirer d'affaire avec l'espèce de monisme vague qui en résultera? Je vais tâcher de vous insinuer quelques suggestions positives là-dessus, bien que je craigne que, faute du développement nécessaire, mes idées ne répandront pas une clarté très grande. Pourvu que j'indique un commencement de sentier, ce sera peut-être assez.
Au fond, pourquoi nous accrochons-nous d'une manière si tenace à cette idée d'une conscience surajoutée à l'existence du contenu des choses? Pourquoi la réclamons-nous si fortement, que celui qui la nierait nous semblerait plutôt un mauvais plaisant qu'un penseur? N'est-ce pas pour sauver ce fait indéniable que le contenu de l'expérience n'a pas seulement une existence propre et comme immanente et intrinsèque, mais que chaque partie de ce contenu déteint pour ainsi dire sur ses voisines, rend compte d'elle-même à d'autres, sort en quelque sorte de soi pour être sue et qu'ainsi tout le champ de l'expérience se trouve être transparent de part en part, ou constitué comme un espace qui serait rempli de miroirs?
Cette bilatéralité des parties de l'expérience,--à savoir d'une part, qu'elles _sont_ avec des qualités propres; d'autre part, qu'elles sont rapportées à d'autres parties et _sues_--l'opinion régnante la constate et l'explique par un dualisme fondamental de constitution appartenant à chaque morceau d'expérience en propre. Dans cette feuille de papier il n'y a pas seulement, dit-on, le contenu, blancheur, minceur, etc., mais il y a ce second fait de la conscience de cette blancheur et de cette minceur. Cette fonction d'être "rapporté," de faire partie de la trame entière d'une expérience plus compréhensive, on l'érige en fait ontologique, et on loge ce fait dans l'intérieur même du papier, en l'accouplant à sa blancheur et à sa minceur. Ce n'est pas un rapport extrinsèque qu'on suppose, c'est une moitié du phénomène même.
Je crois qu'en somme on se représente la réalité comme constituée de la façon dont sont faites les "couleurs" qui nous servent à la peinture. Il y a d'abord des matières colorantes qui répondent au contenu, et il y a un véhicule, huile ou colle, qui les tient en suspension et qui répond à la conscience. C'est un dualisme complet, où, en employant certains procédés, on peut séparer chaque élément de l'autre par voie de soustraction. C'est ainsi qu'on nous assure qu'en faisant un grand effort d'abstraction introspective, nous pouvons saisir notre conscience sur le vif, comme une activité spirituelle pure, en négligeant à peu près complètement les matières qu'à un moment donné elle éclaire.
Maintenant je vous demande si on ne pourrait pas tout aussi bien renverser absolument cette manière de voir. Supposons, en effet, que la réalité première soit de nature neutre, et appelons-la par quelque nom encore ambigu, comme _phénomène_, _donné_, _Vorfindung_. Moi-même j'en parle volontiers au pluriel, et je lui donne le nom d'_expériences pures_. Ce sera un monisme, si vous voulez, mais un monisme tout à fait rudimentaire et absolument opposé au soi-disant monisme bilatéral du positivisme scientifique ou spinoziste.
Ces expériences pures existent et se succèdent, entrent dans des rapports infiniment variés les unes avec les autres, rapports qui sont eux-mêmes des parties essentielles de la trame des expériences. Il y a "Conscience" de ces rapports au même titre qu'il y a "Conscience" de leurs termes. Il en résulte que des _groupes_ d'expériences se font remarquer et distinguer, et qu'une seule et même expérience, vu la grande variété de ses rapports, peut jouer un rôle dans plusieurs groupes à la fois. C'est ainsi que dans un certain contexte de voisins, elle serait classée comme un phénomène physique, tandis que dans un autre entourage elle figurerait comme un fait de conscience, à peu près comme une même particule d'encre peut appartenir simultanément à deux lignes, l'une verticale, l'autre horizontale, pourvu qu'elle soit située à leur intersection.
Prenons, pour fixer nos idées, l'expérience que nous avons à ce moment du local où nous sommes, de ces murailles, de cette table, de ces chaises, de cet espace. Dans cette expérience pleine, concrète et indivise, telle qu'elle est là, donnée, le monde physique objectif et le monde intérieur et personnel de chacun de nous se rencontrent et se fusionnent comme des lignes se fusionnent à leur intersection. Comme chose physique, cette salle a des rapports avec tout le reste du bâtiment, bâtiment que nous autres nous ne connaissons et ne connaîtrons pas. Elle doit son existence à toute une histoire de financiers, d'architectes, d'ouvriers. Elle pèse sur le sol; elle durera indéfiniment dans le temps; si le feu y éclatait, les chaises et la table qu'elle contient seraient vite réduites en cendres.
Comme expérience personnelle, au contraire, comme chose "rapportée," connue, consciente, cette salle a de tout autres tenants et aboutissants. Ses antécédents ne sont pas des ouvriers, ce sont nos pensées respectives de tout à l'heure. Bientôt elle ne figurera que comme un fait fugitif dans nos biographies, associé à d'agréables souvenirs. Comme expérience psychique, elle n'a aucun poids, son ameublement n'est pas combustible. Elle n'exerce de force physique que sur nos seuls cerveaux, et beaucoup d'entre nous nient encore cette influence; tandis que la salle physique est en rapport d'influence physique avec tout le reste du monde.
Et pourtant c'est de la même salle absolument qu'il s'agit dans les deux cas. Tant que nous ne faisons pas de physique spéculative, tant que nous nous plaçons dans le sens commun, c'est la salle vue et sentie qui est bien la salle physique. De quoi parlons-nous donc si ce n'est de _cela_, de cette même partie de la nature matérielle que tous nos esprits, à ce même moment, embrassent, qui entre telle quelle dans l'expérience actuelle et intime de chacun de nous, et que notre souvenir regardera toujours comme une partie intégrante de notre histoire. C'est absolument une même étoffe qui figure simultanément, selon le contexte que l'on considère, comme fait matériel et physique, ou comme fait de conscience intime.
Je crois donc qu'on ne saurait traiter conscience et matière comme étant d'essence disparate. On n'obtient ni l'une ni l'autre par soustraction, en négligeant chaque fois l'autre moitié d'une expérience de composition double. Les expériences sont au contraire primitivement de nature plutôt simple. Elles _deviennent_ conscientes dans leur entier, elles _deviennent_ physiques dans leur entier; et c'est _par voie d'addition_ que ce résultat se réalise. Pour autant que des expériences se prolongent dans le temps, entrent dans des rapports d'influence physique, se brisant, se chauffant, s'éclairant, etc., mutuellement, nous en faisons un groupe à part que nous appelons le monde physique. Pour autant, au contraire, qu'elles sont fugitives, inertes physiquement, que leur succession ne suit pas d'ordre déterminé, mais semble plutôt obéir à des caprices émotifs, nous en faisons un autre groupe que nous appelons le monde psychique. C'est en entrant à présent dans un grand nombre de ces groupes psychiques que cette salle devient maintenant chose consciente, chose rapportée, chose sue. En faisant désormais partie de nos biographies respectives, elle ne sera pas suivie de cette sotte et monotone répétition d'elle-même dans le temps qui caractérise son existence physique. Elle sera suivie, au contraire, par d'autres expériences qui seront discontinues avec elle, ou qui auront ce genre tout particulier de continuité que nous appelons souvenir. Demain, elle aura eu sa place dans chacun de nos passés; mais les présents divers auxquels tous ces passés seront liés demain seront bien différents du présent dont cette salle jouira demain comme entité physique.
Les deux genres de groupes sont formés d'expériences, mais les rapports des expériences entre elles diffèrent d'un groupe à l'autre. C'est donc par addition d'autres phénomènes qu'un phénomène donné devient conscient ou connu, ce n'est pas par un dédoublement d'essence intérieure. La connaissance des choses leur _survient_, elle ne leur est pas immanente. Ce n'est le fait ni d'un moi transcendental, ni d'une _Bewusstheit_ ou acte de conscience qui les animerait chacune. _Elles se connaissent l'une l'autre_, ou plutôt il y en a qui connaissent les autres; et le rapport que nous nommons connaissance n'est lui-même, dans beaucoup de cas, qu'une suite d'expériences intermédiaires parfaitement susceptibles d'être décrites en termes concrets. Il n'est nullement le mystère transcendant où se sont complus tant de philosophes.
Mais ceci nous mènerait beaucoup trop loin. Je ne puis entrer ici dans tous les replis de la théorie de la connaissance, ou de ce que, vous autres Italiens, vous appelez la gnoséologie. Je dois me contenter de ces remarques écourtées, ou simples suggestions, qui sont, je le crains, encore bien obscures faute des développements nécessaires.
Permettez donc que je me résume--trop sommairement, et en style dogmatique--dans les six thèses suivantes:
* * * * *
_1^o La Conscience, telle qu'on l'entend ordinairement, n'existe pas, pas plus que la Matière, à laquelle Berkeley a donné le coup de grâce;_
_2^o Ce qui existe et forme la part de vérité que le mot de "Conscience" recouvre, c'est la susceptibilité que possèdent les parties de l'expérience d'être rapportées ou connues;_
_3^o Cette susceptibilité s'explique par le fait que certaines expériences peuvent mener les unes aux autres par des expériences intermédiaires nettement caractérisées, de telle sorte que les unes se trouvent jouer le rôle de choses connues, les autres celui de sujets connaissants;_
_4^o On peut parfaitement définir ces deux rôles sans sortir de la trame de l'expérience même, et sans invoquer rien de transcendant;_
_5^o Les attributions sujet et objet, représenté et représentatif, chose et pensée, signifient donc une distinction pratique qui est de la dernière importance, mais qui est d'ordre_ FONCTIONNEL _seulement, et nullement ontologique comme le dualisme classique se la représente;_
_6^o En fin de compte, les choses et les pensées ne sont point foncièrement hétérogènes, mais elles sont faites d'une même étoffe, étoffe qu'on ne peut définir comme telle, mais seulement éprouver, et que l'on peut nommer, si on veut, l'étoffe de l'expérience en général._
FOOTNOTES:
[116] [A communication made (in French) at the Fifth International Congress of Psychology, in Rome, April 30, 1905. It is reprinted from the _Archives de Psychologie_, vol. V, No. 17, June, 1905.] Cette communication est le résumé, forcément très condensé, de vues que l'auteur a exposées, au cours de ces derniers mois, en une série d'articles publiés dans le _Journal of Philosophy, Psychology and Scientific Methods_, 1904 et 1905. [The series of articles referred to is reprinted above. ED.]
[117] _The Sense of Beauty_, pp. 44 ff.
[118] _The Life of Reason_ [vol. I, "Reason in Common Sense," p. 142].
IX
IS RADICAL EMPIRICISM SOLIPSISTIC?[119]
If all the criticisms which the humanistic _Weltanschauung_ is receiving were as _sachgemäss_ as Mr. Bode's,[120] the truth of the matter would more rapidly clear up. Not only is it excellently well written, but it brings its own point of view out clearly, and admits of a perfectly straight reply.
The argument (unless I fail to catch it) can be expressed as follows:
If a series of experiences be supposed, no one of which is endowed immediately with the self-transcendent function of reference to a reality beyond itself, no motive will occur within the series for supposing anything beyond it to exist. It will remain subjective, and contentedly subjective, both as a whole and in its several parts.
Radical empiricism, trying, as it does, to account for objective knowledge by means of such a series, egregiously fails. It can not explain how the notion of a physical order, as distinguished from a subjectively biographical order, of experiences, ever arose.
It pretends to explain the notion of a physical order, but does so by playing fast and loose with the concept of objective reference. On the one hand, it denies that such reference implies self-transcendency on the part of any one experience; on the other hand, it claims that experiences _point_. But, critically considered, there can be no pointing unless self-transcendency be also allowed. The conjunctive function of pointing, as I have assumed it, is, according to my critic, vitiated by the fallacy of attaching a bilateral relation to a term _a quo_, as if it could stick out substantively and maintain itself in existence in advance of the term _ad quem_ which is equally required for it to be a concretely experienced fact. If the relation be made concrete, the term _ad quem_ is involved, which would mean (if I succeed in apprehending Mr. Bode rightly) that this latter term, although not empirically there, is yet _noetically_ there, in advance--in other words it would mean that any experience that 'points' must already have transcended itself, in the ordinary 'epistemological' sense of the word transcend.
Something like this, if I understand Mr. Bode's text, is the upshot of his state of mind. It is a reasonable sounding state of mind, but it is exactly the state of mind which radical empiricism, by its doctrine of the reality of conjunctive relations, seeks to dispel. I very much fear--so difficult does mutual understanding seem in these exalted regions--that my able critic has failed to understand that doctrine as it is meant to be understood. I suspect that he performs on all these conjunctive relations (of which the aforesaid 'pointing' is only one) the usual rationalistic act of substitution--he takes them not as they are given in their first intention, as parts constitutive of experience's living flow, but only as they appear in retrospect, each fixed as a determinate object of conception, static, therefore, and contained within itself.
Against this rationalistic tendency to treat experience as chopped up into discontinuous static objects, radical empiricism protests. It insists on taking conjunctions at their 'face-value,' just as they come. Consider, for example, such conjunctions as 'and,' 'with,' 'near,' '_plus_,' 'towards.' While we live in such conjunctions our state is one of _transition_ in the most literal sense. We are expectant of a 'more' to come, and before the more _has_ come, the transition, nevertheless, is directed _towards_ it. I fail otherwise to see how, if one kind of more comes, there should be satisfaction and feeling of fulfilment; but disappointment if the more comes in another shape. One more will continue, another more will arrest or deflect the direction, in which our experience is moving even now. We can not, it is true, _name_ our different living 'ands' or 'withs' except by naming the different terms towards which they are moving us, but we _live_ their specifications and differences before those terms explicitly arrive. Thus, though the various 'ands' are all bilateral relations, each requiring a term _ad quem_ to define it when viewed in retrospect and articulately conceived, yet in its living moment any one of them may be treated as if it 'stuck out' from its term _a quo_ and pointed in a special direction, much as a compass-needle (to use Mr. Bode's excellent simile) points at the pole, even though it stirs not from its box.