Entretiens / Interviews / Entrevistas
Chapter 7
Indeed, yourDictionary.com has lots of new ideas. We plan to work with the Endangered Language Fund in the US and Britain to raise money for the Foundation's work and publish the results on our site. We will have language chatrooms and bulletin boards. There will be language games designed to entertain and teach fundamentals of linguistics. The Linguistic Fun page will become an on-line journal for short, interesting, yes, even entertaining, pieces on language that are based on sound linguistics by experts from all over the world.
= What do you think of the debate about copyright on the Web?
Open access is never free; someone pays the salaries of those who develop open access, public domain applications. My website has been free and free of commercial activities so long as Bucknell has provided me with a salary and free ISP services. Now that I am retiring and must remove my sites from Bucknell servers, my choices are to take the sites down, sell them, or generate revenue streams that will support the site. I have chosen the latter course. The resources will remain free of charge, only because we will be offering other services for fee. These services will be based on copyrighted properties to guarantee that the funds generated go to the source that generates them.
As for the debate (and court actions) over deep linking and the like, I think this carries copyright too far. Linking should be the decision of the website that carries the hyperlink. Websites are fair game for linking since they are on a public network. If they don't want to be on a public network, let them create a private one. This leads to the conclusion that porn sites may link to family-oriented sites, a conclusion that no doubt worries some. So long as the link does not go in the other direction, however, I see no immediate problem with this.
= How do you see the growth of a multilingual Web?
While English still dominates the Web, the growth of monolingual non-English websites is gaining strength with the various solutions to the font problems. Languages that are endangered are primarily languages without writing systems at all (only 1/3 of the world's 6,000+ languages have writing systems). I still do not see the Web contributing to the loss of language identity and still suspect it may, in the long run, contribute to strengthening it. More and more Native Americans, for example, are contacting linguists, asking them to write grammars of their language and help them put up dictionaries. For these people, the Web is an affordable boon for cultural expression.
= What is your best experience with the Internet?
My own website, whose popularity continues to astound me. I receive a dozen or so letters from visitors each day, at least half of which compliment my work. It is difficult to maintain the size of my ego but the flattery is very good for the soul. I am astounded that only 6 years away from the inception of the Web, I can find over 1200 creditable on-line dictionaries in more than 200 different languages.
= And your worst experience?
The worst experience is finding my website copied with my name removed from it. I have always been able to resolve the problem, however. My experience with the Internet has been very positive and if yourDictionary.com succeeds, it will be even more positive.
[FR] Robert Beard (Pennsylvanie)
#Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de référence pour les langues
Créé par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site "A Web of Online Dictionaries", intégré à celui-ci le 15 février 2000. Ce portail majeur est consacré aux dictionnaires - 1.500 dictionnaires dans 230 langues - et aux langues en général (vocabulaires, grammaires, apprentissage des langues, etc.). En tant que portail de toutes les langues sans exception, il accorde une importance particulière aux langues minoritaires et menacées.
[Entretien 01/08/1998 // Entretien 17/01/2000]
*Entretien du 1er septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instruments d'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont à la disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures / 24 et 7 jours / 7. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr pour notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier pratiquement sans limitation.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
On a d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme, étant donné que le langage HTML et d'autres langages de programmation sont basés sur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web en anglais que dans toute autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que le multilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre de préserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant des liens vers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des grammaires dans 65 langues différentes. De plus, comme ceux qui développent les navigateurs manifestent une attention nouvelle pour la diversité des langues dans le monde, ceci va encourager la présence de davantage encore de sites web dans différentes langues.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus efficaces que par le passé parce que reposant davantage sur la notion de communication. Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles qui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal à la compréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que la mienne pour prédire l'effet de ces développements sur l'humanité.
*Entretien du 17 janvier 2000 (entretien original en anglais)
= En quoi consiste exactement yourDictionary.com?
"A Web of Online Dictionaries" (WOD) est maintenant intégré à yourDictionary.com. Le nouveau site indexe 1.200 dictionnaires dans 200 langues différentes. Outre le WOD, il comprend: le mot du jour, des jeux de mots, un groupe de discussion sur les langues, des grammaires en ligne (incluant des grammaires dans de nouvelles langues), des éléments de base sur la linguistique, des dictionnaires multilingues, des dictionnaires spécialisés de langue anglaise, des thésaurus et outils de vocabulaire, des outils permettant d'identifier des langues, des index de dictionnaires, etc.
YourDictionary.com a pour objectif d'être le premier portail et la principale ressource en langues sur le web. Nous sommes en train de rassembler des dictionnaires et grammaires dans toutes les langues, avec un souci particulier pour les langues menacées. Le site est supervisé par un comité d'experts linguistiques du monde entier.
= Quelle est exactement votre activité?
Je suis le fondateur et le gérant du site, et je suis membre du conseil d'administration de la société yourDictionary.com, Inc. Professeur à l'Université de Bucknell, je prends ma retraite au printemps, date à laquelle je dois retirer mes sites des serveurs de l'université. Je pense que la société yourDictionary.com générera les ressources me permettant de continuer mon travail.
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Nos nouvelles idées sont nombreuses. Nous projetons de travailler avec le Endangered Language Fund aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour rassembler des fonds pour cette fondation et nous publierons les résultats sur notre site. Nous aurons des groupes de discussion et des bulletins d'information sur les langues. Il y aura des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre les bases de la linguistique. La page "Linguistic Fun" (éléments de base sur la linguistique) deviendra un journal en ligne avec des extraits courts, intéressants et même amusants dans différentes langues, choisis par des experts du monde entier.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
L'accès libre n'est jamais gratuit, puisque ce sont des personnes salariées qui développent les applications en accès libre appartenant au domaine public. Mon site web est gratuit, et il n'était pas une affaire commerciale tant que l'Université de Bucknell m'a versé un salaire et m'a fait bénéficier de ses propres services d'accès à l'internet. Maintenant que je prends ma retraite et que je dois retirer mes sites des serveurs de Bucknell, j'ai eu le choix entre supprimer mes sites, les vendre ou générer des revenus permettant de continuer cette activité. J'ai choisi la dernière solution. Les ressources disponibles resteront gratuites parce que nous offrirons d'autres services qui seront payants. Ces services seront basés sur les règles du copyright pour garantir le versement des fonds à la bonne source.
En ce qui concerne le débat (et les actions judiciaires) sur les liens, je pense qu'il y a excès dans l'application du copyright. Un lien vers un autre site devrait appartenir au site qui crée le lien. Il est normal de créer des liens vers d'autres sites web appartenant à un réseau public. Si des sites ne souhaitent pas être sur un réseau public, ils peuvent créer un réseau privé. Ceci mène à la conclusion que les sites pornographiques peuvent proposer des liens vers d'autres sites du même type, conclusion qui peut en inquiéter certains. Je ne vois toutefois pas de problème immédiat à cela dans la mesure où les liens ne sortent pas de ce cadre.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sites monolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées aux problèmes de caractères. Les langues menacées sont essentiellement des langues non écrites (un tiers seulement des 6.000 langues existant dans le monde sont à la fois écrites et parlées). Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer à la perte de l'identité des langues et j'ai même le sentiment que, à long terme, il va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d'Indiens d'Amérique contactent des linguistes pour leur demander d'écrire la grammaire de leur langue et de les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un instrument à la fois accessible et très précieux d'expression culturelle.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Mon propre site web, dont la popularité continue de me stupéfier. Je reçois quotidiennement une douzaine de lettres de visiteurs, dont la moitié au moins me félicite pour mon travail. Je ne veux pas tomber dans une autosatisfaction démesurée, mais ces compliments me font très plaisir. Je suis également stupéfait du fait que, six ans seulement après les débuts du web, je puisse dénombrer plus de 1.200 dictionnaires en ligne qui soient dignes d'intérêt, dans plus de 200 langues différentes.
= Et votre pire souvenir?
Mon pire souvenir a été de voir mon site web copié sans mention de mon nom. Mais j'ai toujours pu résoudre ce problème. En général, mes souvenirs liés à l'internet sont positifs et ils le seront plus encore si yourDictionary.com a du succès.
MICHAEL BEHRENS [EN, FR]
[EN] Michael Behrens (Bielefeld, Germany)
#In charge of the digital library of the digital library of the Bielefeld University Library
* Interview of September 25, 1998
= When did you begin your digital library?
It depends what you understand this term to mean. To some here, "digital library" seems to be everything even remotely to do with the Internet. The library started its own web server in summer 1995. There's no exact date because it took some time for us to get it to work in a reasonably reliable way. Before that, it had been offering most of its services via Telnet, which wasn't used much by customers, although in theory they could have accessed a lot of material from home. But in those days hardly anybody had Internet access at home. We started digitizing rare prints from our own library, and some that were sent in via library loan, in November 1996.
= How many digitized texts do you have?
In that first phase of our attempts at digitization, starting in November 1996 and ending in June 1997, 38 rare prints were scanned as image files and made available on the Web. In the same period, there were also a few digital materials prepared as accompanying material for lectures held at the university (image files as excerpts from printed works). These are, for copyright reasons, not available outside the campus. The next step, which is just being completed, is the digitization of the Berlinische Monatsschrift, a German periodical from the Enlightenment, comprising 58 volumes -- 2,574 articles on 30,626 pages.
A rather bigger project to digitize German periodicals from the 18th and early 19th century is planned. This will involve about a million pages. These periodicals will be not just be from this library's stock, but the project would be coordinated here and some of the technical work done here too.
[FR] Michael Behrens (Bielefeld, Allemagne)
#Responsable de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque universitaire de Bielefeld
*Entretien du 25 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quand votre bibliothèque numérique a-t-elle débuté?
Tout dépend de ce qu'on entend par ce terme. Pour certains de mes collègues, "bibliothèque numérique" signifie tout ce qui, de près ou de loin, a trait à l'internet. La bibliothèque a inauguré son propre serveur durant l'été 1995. Je ne peux pas vous donner de date précise parce qu'il nous a fallu du temps pour que tout fonctionne de manière satisfaisante. Auparavant, la plupart des services était accessible par le biais de Telnet, qui n'était pas beaucoup utilisé par nos clients, malgré le fait qu'ils y aient accès à domicile. A cette époque, pratiquement personne n'avait d'accès internet chez soi... C'est en novembre 1996 que nous avons commencé à numériser des livres rares provenant de notre bibliothèque ou du prêt inter-bibliothèques.
= Combien d'oeuvres numérisées avez-vous?
Au cours de la première phase de nos essais - entre novembre 1996 et juin 1997 - 38 imprimés rares ont été numérisés en mode image pour consultation sur le web. Au même moment, on a préparé aussi quelques documents numériques pour accompagner des cours de l'université (des extraits de documents imprimés numérisés en mode image). Pour des raisons liées au droit d'auteur, ces documents ne sont pas disponibles hors du campus. L'étape suivante - que nous venons de terminer - est la numérisation du Berlinische Monatsschrift (Revue mensuelle de Berlin), un périodique allemand datant du Siècle des lumières, qui représente 58 volumes, 2.574 articles et 30.626 pages. On prévoit maintenant une numérisation à plus grande échelle de périodiques allemands des 18e et 19e siècles, ce qui correspond à environ un million de pages. Ces périodiques ne seraient pas seulement ceux de la bibliothèque, mais le projet serait coordonné ici, et une partie de la réalisation technique serait également effectuée sur place.
MICHEL BENOIT [FR]
[FR] Michel Benoît (Montréal)
#Ecrivain, utilise l'internet comme outil de recherche, de communication et d'ouverture au monde
Michel Benoît écrit des nouvelles (polars, récits noirs, histoires fantastiques). C'est un passionné de la vie, avec toutes ses contradictions. Professeur de maths et de sciences, il aime - et pas nécessairement dans le bon ordre - la course de Formule 1, la lecture, ses enfants, l'informatique, la pêche, Rimbaud, la chasse, le jazz, et la nature sous toutes ses formes.
*Entretien du 29 juin 2000
= Pensez-vous créer un jour un site web?
Je ne sais pas si je créerai un jour un site web. Je pense que non. Tout comme je sais que je ne ferai jamais de sculpture ou ne composerai jamais de symphonie. Pour moi, la construction d'un site web est un art du type "arts appliqués". Il y a des millions de sites qui sont créés en ce moment. La très grande majorité prendra éventuellement le chemin de la poubelle de l'histoire. Il est facile d'imaginer un web complètement saturé, et ça me devrait pas tarder. Les fournisseurs pourraient décréter que tout site qui ne reçoit pas plus de (xx) visites par mois soit éliminé. Un peu comme toutes ces oeuvres d'art (???) des siècles passés qui ont disparu du paysage culturel, et on ne peut pas dire que ça a vraiment changé le cours de l'histoire humaine. Donc laissons aux futurs Rembrandt du clavier le soin de charmer nos yeux. Personnellement, je me garderai de m'en mêler.
= Que représente l'internet pour vous?
J'écris. Donc naturellement l'internet s'est imposé à moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense: recherche, on pense: information. Voyez-vous, si l'on pense: écriture, réflexion, on pense: connaissance, recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une idée, une image, une explication. Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture exposée dans un musée à l'autre bout du monde. On peut donner une idée à quelqu'un qu'on n'a jamais vu, et en recevoir de même.
La toile, c'est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c'est un beau cliché. Peut-être bien, à moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose. L'instantanéité, l'information tout de suite, maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d'une information. On va la chercher, immédiatement. De plus, on a accès aux plus grandes bibliothèques, aux plus importants journaux, aux musées les plus prestigieux. On pense à une toile d'un grand peintre, un instant plus tard, on l'a devant les yeux, on peut l'imprimer pour l'étudier plus en détail. Il y a une guerre quelque part dans le monde, un instant plus tard, on lit les communiqués de propagande d'un côté et de l'autre. La toile, le web, est en train de donner son vrai sens au village global, Gaïa, la terre-mère.
= Comment voyez-vous l'avenir?
En ce moment, juin 2000, il est extrêmement difficile de faire quelque prédiction que ce soit sur le futur d'internet. Toute prospective le moindrement pointue, techniquement par exemple, sur l'évolution du net sera certainement farfelue dans un futur plus ou moins rapproché. On peut y aller d'idées, encore que ça doit être très général. Pas par crainte d'être ridicule, le ridicule ne tue pas, c'est connu. Non, par souci d'honnêteté, tout simplement.
Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce qui m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthétique. Je me vois réussir des travaux plus raffinés, d'une facture plus professionnelle, même et surtout dans des domaines connexes à mon travail, comme la typographie, où je n'ai aucune compétence. La présentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultané de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents. Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable, nécessaire, essentielle.
Parenthèse: est-il si farfelu de penser que les historiens des années 2100 considéreront l'avènement du net comme un événement aussi, sinon plus, important que la révolution industrielle? Le feu, l'agriculture, la révolution industrielle, le net. On en est rendu à la "révolution continue de l'Evolution".
Ça me fait penser à ce merveilleux texte Desiderata, découvert dans l'église Saint-Paul à Baltimore en 1693, je pense. J'en cite de mémoire une phrase qui me hante: "Que vous le compreniez ou non, que vous le vouliez ou non (c'est peut-être de moi), l'univers évolue comme il se doit." J'y crois. Je crois sincèrement qu'au travers l'incroyable désordre de l'Evolution, il n'y a rien qui soit soumis au hasard. "Dieu n'a pas créé un monde soumis au hasard", disait Einstein à Bohr lors d'une de leurs homériques prises de bec.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Beau noeud de vipères, cette affaire. Non pas les débats sur la reproduction par le net, mais la reproduction elle-même. La musique, le cinéma, la littérature, tout va y passer. Peut-être suis-je trop optimiste, mais je crois que ce qui est un problème aujourd'hui trouvera sa solution demain. Lors de l'avènement de la photocopie, on s'est posé les mêmes questions. C'est évident qu'il y a eu des abus. Beaucoup d'auteurs ont été joyeusement floués par des enseignants à la moralité douteuse qui photocopiaient, sans vergogne, des textes protégés par des droits d'auteur. Les choses se replacent et plusieurs pays ont voté des lois sévères à ce sujet. Idem pour la reproduction électronique, soit d'oeuvres musicales ou visuelles, on ne peut plus faire n'importe quoi sans qu'il en coûte. Je pense qu'il en sera de même pour les documents informatiques, programmes, textes, utilitaires ou autres. Les CD, jeux, musique ou vidéos seront incopiables parce qu'ils auront des programmes autodestructeurs insérés dans leurs trames numériques. Science-fiction? La science-fiction d'aujourd'hui est la réalité de demain, demandez à vos grands-mères.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Lorsqu'un problème affecte une structure, quelle qu'elle soit, j'ai toujours tendance à imaginer que c'est techniquement que le problème trouve sa solution. Vous connaissez cette théorie? Si les Romains avaient trouvé le moyen d'enlever le plomb de leur couvert d'étain, Néron ne serait jamais devenu fou et n'aurait jamais incendié Rome. Escusi, farfelu? Peut-être que oui, peut-être que non. E que save? L'internet multilingue? Demain, ou après demain au plus. Voyons, pensez au premier ordinateur, il y a de cela un peu plus que cinquante ans. Un étage au complet pour faire à peine plus que les quatre opérations de base. Dans ce temps-là, un bug, c'était véritablement une mouche - ou autre insecte - qui s'insérait entre les lecteurs optiques. De nos jours (2000), un carte de 3 cm x 5 cm fait la même chose. La traduction instantanée: demain, après-demain au plus.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Les mails que j'échangeais avec les gens de B-52, la radio libre et clandestine de Serbie, pendant le conflit du Kosovo. En 1978, j'ai visité cette région. Je pouvais sentir leurs souffrances, leurs anxiétés, leurs espoirs. C'est vrai que je me sentais impuissant devant le drame qui se jouait à des milliers de kilomètres de chez moi, mais, au moins, je pouvais parler, témoigner.
= Et votre pire souvenir?
Les quelques rares visites que j'ai faites sur les chats. Le vide, l'ennui qui s'y distille. L'inculture qui s'y exprime aussi. Désolant, en même temps paniquant. Quelqu'un qui écrit: "Ya man, yyyyyyeeeeeeesssssss, j't'aim 4 ever my luuuuuuvvvvvvvvvvvv" me semble incroyablement désespéré. Un jour, les travailleurs de rue, qui s'occupent actuellement des itinérants et des drogués, travailleront sur le net à récupérer cette humanité souffrante. Je pense sincèrement que, avec la porno, le chat est la poubelle du net. C'est tout ce que j'en pense, et c'est déjà trop.
= Une citation qui vous est chère?