Entretiens / Interviews / Entrevistas

Chapter 36

Chapter 363,766 wordsPublic domain

[NDLR: Le 15 septembre 2000, 00h00.com est racheté par Gemstar, société américaine leader dans le domaine des technologies et systèmes interactifs pour les produits numériques. Gemstar s'était engagé sur le nouveau marché de l'édition numérique dès janvier 2000 en acquérant NuvoMedia et Softbook Press, les deux sociétés américaines à l'origine des premiers modèles de livres électroniques (e-books), respectivement le Rocket eBook et le Softbook Reader. Selon Henry Yuen, président de Gemstar, cité par l'AFP, "les compétences éditoriales dont dispose 00h00.com et les capacités d'innovation et de créativité dont elle a fait preuve sont les atouts nécessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l'édition numérique qui s'ouvre en Europe". 00h00 est maintenant un partenaire déterminant dans le développement sur le marché de l'édition française et européenne des nouveaux modèles de livres électroniques, produits et commercialisés par Thomson Multimédia, sous licence de Gemstar.]

PIERRE SCHWEITZER [FR]

[FR] Pierre Schweitzer (Strasbourg)

#Architecte designer, concepteur d'@folio (support de lecture nomade) et de Mot@mot (passerelle vers les bibliothèques numériques)

*Entretien du 21 janvier 2001

= Pouvez-vous décrire @folio?

@folio est un support de lecture nomade. J'hésite à parler de livre électronique, car le mot "livre" désigne aussi bien le contenu éditorial (quand on dit qu'untel a écrit un livre) que l'objet en papier, génial, qui permet sa diffusion.

La lecture est une activité intime et itinérante par nature. @folio est un baladeur de textes, simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon ses désirs à partir du web, pour aller lire n'importe où. Il peut aussi y imprimer des documents personnels ou professionnels provenant d'un CD-Rom. Les textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c'est beaucoup plus rapide qu'une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens hypertextes sont maintenus au niveau d'une reliure tactile.

Le projet est né à l'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg où j'étais étudiant. Il est développé à l'Ecole nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de l'Anvar-Alsace.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Mon projet de design est à l'origine du concept, en 1996. Aujourd'hui, je participe avec d'autres à sa formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation, environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept en un objet grand public pertinent.

Nous développons aussi Mot@mot, une passerelle entre @folio et les fonds numérisés en mode image, chez les éditeurs numériques ou dans les bibliothèques numériques, comme Gallica à la Bibliothèque nationale de France (35.000 ouvrages en ligne).

= Pouvez-vous présenter Mot@mot?

La plus grande partie du patrimoine écrit existant est fixé dans des livres, sur du papier. Pour rendre ces oeuvres accessibles sur la toile, la numérisation en mode image est un moyen très efficace. Le projet Gallica en est la preuve. Mais il reste le problème de l'adaptation des fac-similés d'origine à nos écrans de lecture aujourd'hui: réduits brutalement à la taille d'un écran, les fac-similés deviennent illisibles. Sauf à manipuler les barres d'ascenseur, ce qui nécessite un ordinateur et ne permet pas une lecture confortable.

La solution proposée par Mot@mot consiste à découper le livre, mot à mot, du début à la fin (enfin, les pages scannées du livre...). Ces mots restent donc des images, il n'y a pas de reconnaissance de caractères, donc pas d'erreur possible. On obtient une chaîne d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en page aussi facilement qu'une chaîne de caractères. Il devient alors possible de l'adapter à un écran de taille modeste, sans rien perdre de la lisibilité du texte. La typographie d'origine est conservée, les illustrations aussi.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Internet pose une foule de questions et il faudra des années pour organiser des réponses, imaginer des solutions. L'état d'excitation et les soubresauts autour de la dite "nouvelle" économie sont sans importance, c'est l'époque qui est passionnante.

= Il existe deux modes de numérisation des textes: le mode image et le mode caractère. Lequel préconisez-vous?

Le mode image permet d'avancer vite et à très faible coût. C'est important car la tâche de numérisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi des différentes éditions: la numérisation du patrimoine a pour but de faciliter l'accès aux oeuvres, il serait paradoxal qu'elle aboutisse à focaliser sur une édition et à abandonner l'accès aux autres.

Chacun des deux modes de numérisation s'applique de préférence à un type de document, ancien et fragile ou plus récent, libre de droit ou non (pour l'auteur ou pour l'édition), abondamment illustré ou pas. Les deux modes ont aussi des statuts assez différents: en mode texte, ça peut être une nouvelle édition d'une oeuvre; en mode image, c'est une sorte d' "édition d'édition", grâce à un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d'imprimerie pour du papier: une trace optique sur un support, numérique, c'est assez joli à réaliser).

En pratique, le choix dépend bien sûr de la nature du fonds à numériser, des moyens et des buts à atteindre. Difficile de se passer d'une des deux façons de faire. Mot@mot essaie de rendre le dilemme moins crucial.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Oui, encore trop. J'ai renoncé au papier de mon agenda depuis le début de l'année... Ça ne se passe pas trop mal. L'organiseur de poche est un substitut du papier pour ce qu'il y a de plus primitif dans l'écriture: tenir des listes. Efficace. Jack Goody m'a fait voir ça cet été dans La raison graphique (éditions de Minuit, 1978, ndlr), un bouquin écrit à la fin des années 70!

Et puis j'aime bien emprunter mes livres en bibliothèque. Ça consomme aussi moins de papier! J'y lis volontiers mes livres: les salles de lecture, leur silence, leur lumière sont des havres de sérénité dans la fureur des villes.

Avec le web et internet, le pronostic sur la consommation de papier est incertain. D'un côté, la logique du réseau et la dématérialisation des supports, e-mail, documents à jour exclusivement en ligne, leur accessibilité à distance, le déclin de la paperasse, etc. Mais d'un autre côté, il y a le besoin trivial d'imprimer pour lire. Parce que la lecture s'accomode assez mal du nez collé sur un tube cathodique.

Avec ou sans papier, l'évolution de la lecture est une chose remarquable avec internet. Même les radios et les télés qui s'installent sur le web donnent des contenus à lire et des espaces pour écrire. L'air de rien, c'est une sacrée innovation.

= Les jours du papier sont-ils comptés?

Fabriquer une encyclopédie nécessitait, il y a peu, des dizaines de kilos de papier, des kilos d'encre. Aujourd'hui, ça tient sur une galette optique de 15 grammes et coûte environ 10 fois moins cher que l'"ancien modèle" en papier.

Un stick de mémoire flash (pour la photo numérique, du MP3 ou @folio) pèse 2 grammes et contient aujourd'hui jusqu'à 120 millions de caractères, l'équivalent de 5 volumes Petit Robert, soit 10 kilos de papier environ... et contrairement au papier, le stick est réinscriptible à l'infini, c'est mieux qu'un palimpseste ;-)

Mais il y a plus de papier dans le secteur de l'emballage que dans celui de l'édition (journaux, livres) et le développement du e-commerce ne réduira pas les besoins d'emballage. L'atelier Design de l'Ecole d'architecture de Strasbourg a produit l'an dernier un superbe projet de mobilier urbain, un totem à l'échelle du quartier, hors gel, qui fonctionne comme une poste automatique, ouverte 7 jours/7 et 24 heures/24, où l'on vient retirer ses paquets, muni d'un code d'accès envoyé par e-mail.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

C'est un terme un peu obscur pour moi. Mais je déteste encore plus "réalité virtuelle". Bizarre, cette idée de conceptualiser un ailleurs sans pouvoir y mettre les pieds. Evidemment un peu idéalisé, "sans friction", où les choses ont des avantages sans les inconvénients, où les autres ne sont plus des "comme vous", où on prend sans jamais rien donner, "meilleur" - paraît-il. Facile quand on est sûr de ne jamais aller vérifier. C'est la porte ouverte à tous les excès, avec un discours technologique à outrance, déconnecté du réel, mais ça ne prend pas.

Dans la réalité, internet n'est qu'une évolution de nos moyens de communication. Bon nombre d'applications s'apparentent ni plus ni moins à un télégraphe évolué (Morse, 1830): modem, e-mail... Les mots du télégraphe traversaient les océans entre Londres, New-York, Paris et Toyo, bien avant l'invention du téléphone. Bien sûr, la commutation téléphonique a fait quelques progrès: jusqu'à l'hypertexte cliquable sous les doigts, les URL (uniform resource locator) en langage presqu'humain, bientôt accessibles y compris par les systèmes d'écriture non alphabétiques...

Mais notre vrai temps réel, c'est celui des messages au fond de nos poches et de ceux qui se perdent, pas le temps zéro des télécommunications. La segmentation et la redondance des messages, une trouvaille d'internet? Au 19e siècle, quand Reuters envoyait ses nouvelles par pigeon voyageur, il en baguait déjà plusieurs. Nos pages perso? Ce sont des aquariums avec un répondeur, une radio et trois photos plongés dedans. Tout ce joyeux "bazar" est dans nos vies réelles, pas dans le "cyberespace".

= Et la société de l'information?

J'aime bien l'idée que l'information, ce n'est que la forme des messages. La circulation des messages est facilitée, techniquement, et elle s'intensifie. Et désormais, le monde évolue avec ça.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Au tout début, quand vous réalisez le système: le matin, à l'heure où vous vous levez, les derniers messages arrivent de la côte ouest de l'Amérique. Le jour se passe et le soir, quand vous allez vous coucher, ce sont les tous premiers messages qui arrivent des Dragons. C'est comme la lumière autour de la nouvelle lune.

= Et votre pire souvenir?

Je ne l'ai pas gardé comme souvenir.

HENRI SLETTENHAAR [EN, FR]

[EN] Henri Slettenhaar (Geneva)

#Professor in communication technology at Webster University

Henri Slettenhaar has extensive knowledge of communication technology. He joined the European Center for Particle Research (CERN) in 1958 to work with the first digital computer and was involved in the development of CERN's first digital networks. His US experience began in 1966 when he joined a team at the Stanford Linear Accelerator Center (SLAC) for 18 months to build a film digitizer. Returning to SLAC in 1983, he designed a digital monitoring system, which was used for more than 10 years. For nearly twenty years now he has been teaching information technology at Webster University, Geneva. He is the head of the Telecom Management Program created in Fall 2000. He is also a consultant for numerous organizations.

In 1992, Henri Slettenhaar founded the (Swiss) Silicon Valley Association (SVA) and, since then, has been constantly networking between Switzerland and California, taking study groups to Silicon Valley. These study tours include visits to outstanding companies, start-up, research centers and universities in the Silicon Valley and in other high-technology areas such as San Francisco, Los Angeles, Finland, etc., with the aim of exploring new developments in information technology such as the Internet, multimedia, and telecommunications. Participants have the opportunity to learn about state-of-the-art research and development, strategies and business ventures through presentations and discussions, product demonstrations and site tours.

[Interview 21/12/1998 // Interview 23/08/1999 // Interview 30/08/2000 // Interview 08/07/2001]

*Interview of December 21, 1998

= How did using the Internet change your professional life?

I can't imagine my professional life without the Internet. Most of my communication is now via e-mail. I've been using email for the last 20 years, most of that time to keep in touch with colleagues in a very narrow field. Since the explosion of the Internet, and especially the invention of the Web, I communicate mainly by e-mail. Most of my presentations are now on the Web and the courses I teach are all web-extended. All the details of my Silicon Valley Tours are on the Web. Without the Internet we wouldn't be able to function. And I use the Internet is as a giant database. I can find information today with the click of a mouse.

= How do you see the future?

I think I'll be relying more and more on it for information and activities related to my work. As for languages, I'm delighted there are so many offerings in the original language now. I much prefer to read the original with difficulty than getting a bad translation.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

I see multilingualism as a very important issue. Local communities that are on the Web should principally use the local language for their information. If they want to present it to the world community as well, it should be in English too. I see a real need for bilingual websites.

*Interview of August 23, 1999

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

It is an important issue and will be solved like in the past with all new technologies.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

There are two main categories on the Web in my opinion. The first one is the global outreach for business and information. Here the language is definitely English first, with local versions where appropriate. The second one is local information of all kinds in the most remote places. If the information is meant for people of an ethnic and/or language group, it should be in that language first with perhaps a summary in English. We have seen lately how important these local websites are -- in Kosovo and Turkey, to mention just the most recent ones. People were able to get information about their relatives through these sites.

= What is your best experience with the Internet?

Getting pictures directly from space (Jupiter).

= And your worst experience?

Information overload. I get too much and I do not have the tools yet to get only what I want.

*Interview of August 30, 2000

= What has happened since our last interview?

The explosion of mobile technology. The mobile phone has become for many people, including me, the personal communicator which allows you to be anywhere anytime and still be reachable. But the mobile Internet is still a dream. The new services on mobile (GSM) phones are extremely primitive and expensive (WAP = Wait and Pay). See my article about Finland (in French).

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Multilingualism has expanded greatly. Many e-commerce websites are multilingual now and there are companies that sell products which make localization possible (adaptation of websites to national markets).

= What do you think about e-books?

I have a hard time believing people would want to read from a screen. I much prefer myself to read and touch a real book.

= What is your definition of cyberspace?

Our virtual space. The area of digital information (bits, not atoms). It is a limited space when you think of the spectrum. It has to be administered well so all the earth's people can use it and benefit from it (eliminate the digital divide).

= And your definition of the information society?

The people who already use cyberspace in their daily lives to such an extent that it is hard to imagine living without it (the other side of the divide).

*Interview of July 8, 2001

= What has happened since our last interview?

All I can come up with is the tremendous change I am experiencing with having a "broadband" connection at home. To be connected at all times is so completelely different from dial-up.

I now receive e-mail as soon as it arrives, I can listen to my favorite radio stations wherever they are. I can listen to the news when I want to. Get the music I like all the time.

Today for instance, I heared the comments and saw the score board of Wimbledon tennis in real time. The only thing which is missing is good quality real time video. The bandwidth is too low for that.

I now have a wired and a wireless LAN (local area network) in my home. I can use my laptop anywhere in the house and outside, even at the neighbors and still being connected. With the same technology I am now able to use my wireless LAN card in my computer when I travel. For instance during my recent visit to Stockholm there was connectivity in the Hotel, the Conference center, the airport and even in the Irish Pub!

[FR] Henri Slettenhaar (Genève)

#Professeur en technologies de la communication à la Webster University

Henri Slettenhaar est spécialiste des technologies de la communication. En 1958, il rejoint le CERN (Laboratoire européen pour la physique des particules) pour travailler sur le premier ordinateur numérique, et il participe au développement des premiers réseaux numériques du CERN. Son expérience américaine débute en 1966 quand il rejoint pendant 18 mois une équipe du Stanford Linear Accelerator Center (SLAC) pour créer un numérisateur de film. De retour au SLAC en 1983, il conçoit un système numérique de contrôle qui sera utilisé pendant dix ans. Depuis près de vingt ans, il est professeur en technologies de l'information à la Webster University de Genève. Il est le directeur du nouveau programme de gestion des télécoms (Telecom Management Program) créé à l'automne 2000. Il est également consultant auprès de nombreux organismes.

En 1992, Henri Slettenhaar crée la Silicon Valley Association (SVA), une association suisse qui organise des voyages d'étude dans des pôles de haute technologie (Silicon Valley, San Francisco, Los Angeles, Finlande, etc.). Outre des visites de sociétés, start-up, universités et centres de recherche, ces voyages comprennent des conférences, présentations et discussions portant sur les nouvelles technologies de l'information (internet, multimédia, télécommunications, etc.), les derniers développements de la recherche et de ses applications, et les méthodes les plus récentes en matière de stratégie commerciale et de création d'entreprise.

[Entretien 21/12/1998 // Entretien 23/08/1999 // Entretien 30/08/2000 // Entretien 08/07/2001]

*Entretien du 21 décembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Je ne peux pas imaginer ma vie professionnelle sans l'internet. Cela fait vingt ans que j'utilise le courrier électronique. Les premières années, c'était le plus souvent pour communiquer avec mes collègues dans un secteur géographique très limité. Depuis l'explosion de l'internet et l'avènement du web, je communique principalement par courrier électronique, mes conférences sont en grande partie sur le web et mes cours ont tous un prolongement sur le web. En ce qui concerne les visites que j'organise dans la Silicon Valley, toutes les informations sont disponibles sur le web, et je ne pourrais pas organiser ces visites sans utiliser l'internet. De plus, l'internet est pour moi une fantastique base de données disponible en quelques clics de souris.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je vais encore renforcer l'utilisation de l'internet dans mes activités professionnelles. En ce qui concerne les langues, je suis enchanté qu'il existe maintenant tant de documents disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire l'original avec difficulté plutôt qu'une traduction médiocre.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Je vois le multilinguisme comme un facteur fondamental. Les communautés locales présentes sur le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour diffuser des informations. Si elles veulent également présenter ces informations à la communauté mondiale, celles-ci doient être aussi disponibles en anglais. Je pense qu'il existe un réel besoin de sites bilingues.

*Entretien du 23 août 1999 (entretien original en anglais)

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

C'est un débat important et, comme par le passé, des solutions doivent être trouvées dans les nouvelles technologies.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

A mon avis, il existe deux catégories sur le web. La première est la recherche globale dans le domaine des affaires et de l'information. Pour cela, la langue est d'abord l'anglais, avec des versions locales si nécessaire. La seconde, ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les plus reculés. Si l'information est à destination d'une ethnie ou d'un groupe linguistique, elle doit d'abord être dans la langue de l'ethnie ou du groupe, avec peut-être un résumé en anglais. Nous avons vu récemment l'importance que pouvaient prendre ces sites locaux, par exemple au Kosovo ou en Turquie, pour n'évoquer que les événements les plus récents. Les gens ont pu obtenir des informations sur leurs proches grâce à ces sites.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

La vision d'images venant directement de l'espace, et particulièrement de Jupiter.

= Et votre pire souvenir?

La surcharge d'information. Je suis submergé par toutes ces informations et je ne dispose pas encore des outils qui me permettraient de ne trouver que ce que je cherche.

*Entretien du 30 août 2000 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

L'explosion de la technologie du mobile. Le téléphone mobile est devenu pour beaucoup de gens, moi y compris, le moyen de communication personnel vous permettant d'être joignable à tout moment où que vous soyiez. Toutefois l'internet mobile est encore du domaine du rêve. Comme expliqué dans un article sur la téléphonie mobile en Finlande, les nouveaux services offerts par les téléphones GSM sont extrêmement primitifs et très chers, si bien que le Wap a reçu le sobriquet de "Wait And Pay".

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?

Le multilinguisme s'est beaucoup développé. De nombreux sites de commerce électronique sont maintenant multilingues, et il existe maintenant des sociétés qui vendent des produits permettant la localisation des sites (adaptation des sites aux marchés nationaux, ndlr).

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

J'ai difficulté à croire que les gens sont prêts à lire sur un écran. En ce qui me concerne, je préfère de beaucoup toucher et lire un vrai livre.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est notre espace virtuel, à savoir l'espace de l'information numérique (constitué de bits, et non d'atomes). Si on considère son spectre, il s'agit d'un espace limité. Il doit être géré de telle façon que tous les habitants de la planète puissent l'utiliser et en bénéficier. Il faut donc éliminer la fracture numérique.

= Et la société de l'information?

La société de l'information est l'ensemble des personnes utilisant quotidiennement le cyberespace de manière intensive et qui n'envisageraient pas de vivre sans cela, à savoir les nantis, ceux qui sont du bon côté de la fracture numérique.

*Entretien du 8 juillet 2001 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Ce qui me vient à l'esprit est le changement considérable apporté par le fait que j'ai maintenant une connexion à débit rapide chez moi. Le fait d'être constamment connecté est totalement différent du fait de se connecter de temps à autre par la ligne téléphonique.

Je reçois maintenant mes messages dès leur arrivée dans ma messagerie. Je peux écouter mes stations radio préférées où qu'elles soient. Je peux écouter les actualités quand je veux. Et aussi écouter la musique que j'aime à longueur de journée.