Entretiens / Interviews / Entrevistas
Chapter 31
Le problème est simple. La solution l'est aussi. Avant l'invention du net, les contrats d'édition ne tenaient pas compte de ce nouveau support, et pour cause. Cette nouvelle interface fait craindre aux éditeurs la perte de sources de profits par les risques de copies pirates. Mais quel est ce risque? Est-il réel? Ce n'est pas un risque de "manque à gagner", c'est une opportunité de promotion. La plupart des gens qui accèdent à une oeuvre de manière illégale sont des lecteurs ou auditeurs qui n'auraient sans doute jamais acheté l'oeuvre en question, parfois même n'en auraient jamais entendu parler! Le simple fait qu'ils aient l'opportunité de la lire (ou de l'écouter en MP3) - et de la faire lire ou écouter à leurs amis - constitue de la promotion gratuite, du bouche à oreille qui participe de la découverte et de la promotion des artistes. Les grandes maisons de logiciels le savent bien, qui distribuent leurs programmes entiers, gratuitement pour une période limitée. Ceux qui peuvent les acheter les achètent, ceux qui ne peuvent pas les utilisent quand même et leur font de la publicité quand le produit est bon. (Quand le produit n'est pas bon, ils ne l'auraient pas acheté de toute manière!) Alors, où est le problème? Le seul problème réside dans les prix prohibitifs pratiqués par les sociétés d'édition, dans les marges commerciales de produits qui n'ont plus rien à voir avec la création artistique ou les droits d'auteurs, mais relèvent de marketing, de parts de marché, de ratios comptables et de marges de profits. Certains artistes l'ont d'ailleurs parfaitement compris qui mettent leurs oeuvres directement sur le net.
En matière d'édition numérique, il suffit de créer des droits spécifiques, distincts des droits relatifs aux éditions ordinaires sur support papier. Le tatouage des oeuvres lors de l'impression personnelle est un excellent moyen de limiter la diffusion d'impressions excessives. En même temps, permettre cette impression pour utilisation personnelle est aussi un excellent moyen de promotion de l'auteur et de son oeuvre. Même si c'est un exemplaire gratuit. Et quand cet auteur (ou artiste) deviendra très connu, les mêmes éditeurs papier qui le boudent se jetteront dessus pour le publier alors qu'ils auraient à peine lu son manuscrit auparavant!
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Je ne sais pas pour les autres langues mais, pour le français, il est certain que quand nous aurons atteint la proportion américaine de foyers connectés (50%), nous pourrons espérer une plus grande représentativité sur le web. Pour l'instant, heureusement qu'il y a les Québécois et les Belges pour maintenir la présence de la langue française. C'est tout de même un comble.
Si je devais donner un conseil (mais conseiller qui, quel organisme?), je suggérerais de porter davantage d'attention à la qualité des contenus. La France a de tous temps été un pays de culture et d'invention, d'imagination. Même dans les secteurs où nous n'avons pas été pionniers comme en informatique, nous avons de belles réussites. Soyons aussi performants dans l'expression de la culture, dans la mise en valeur de notre patrimoine, historique, scientifique, littéraire, etc.
Si nous pouvons mettre en ligne les multiples facettes de la richesse culturelle qui a fait notre civilisation, nul doute que le tourisme internautique vers les contenus français serait amplifié et la présence française plus opérante. C'est une des voies dans laquelle j'essaie, avec Royalement Vôtre, de créer une attraction.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Il faut distinguer malvoyants et aveugles. Pour les malvoyants jusqu'à un certain degré, il est assez simple de prévoir des moyens de grossissement des caractères et des illustrations. Pour les aveugles, c'est une toute autre affaire. Il faut envisager des fichiers vocaux qui permettront à ces derniers d'accéder aux contenus des pages enregistrés oralement. Un simple avertissement sonore à l'entrée du site demanderait au handicapé visuel de frapper une touche et de lancer ainsi le "son" de la page. C'est une chose très facile à réaliser avec la technologie RealAudio ou autre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
C'est un espace de liberté pour l'imaginaire, une dimension inexplorée de la planète, une jungle et un paradis tout à la fois, où tout est possible même si tout n'est pas permis par l'éthique, où le contenu du portefeuille des intervenants n'a aucun rapport direct avec la valeur des contenus des sites. C'est avant tout une vaste agora, une place publique où l'on s'informe et où l'on informe.
Ça peut être également une place de foires et marchés, mais l'argent n'y a cours que très accessoirement, même si la possibilité de vendre en ligne est réelle et ne doit pas être négligée ni méprisée. Il n'y est pas la seule valeur de référence, contrairement au monde réel et, même dans les cas très médiatiques de start-up multimillionnaires, le rapport à l'argent n'est qu'une conséquence, la matérialisation d'espérances financières, très vite sanctionnée en cas d'ambitions excessives comme on le voit régulièrement sur le site Vakooler: Ki Vakooler aujourd'hui? (Qui va couler aujourd'hui?), après les envolées lyriques et délirantes des premiers temps.
A terme, je pense que le cyberespace restera un lieu beaucoup plus convivial que la société réelle.
= Et la société de l'information?
La société de l'information amène un recadrage des hiérarchies dans les rapports qui s'établissent entre les gens, de manière beaucoup plus naturelle, à partir des discussions en forums notamment. Dans la vie réelle, on est souvent influencé, voire impressionné, par les titres ou la largeur du bureau d'un interlocuteur "installé" dans le système. Sur le net, seuls comptent le sens contenu dans le propos et la manière de l'exprimer. On distingue très vite les véritables intelligences raffinées des clowns ou autres mythomanes. Une forme de pédagogie conviviale, non intentionnelle et surtout non magistrale, s'en dégage généralement qui profite au visiteur lambda, lequel parfois apporte aussi sa propre expérience. Tout ça laisse augurer d'une créativité multiforme, dans un bouillonnement commun à des milliers de cerveaux reliés fonctionnant à la manière d'une fourmilière. C'est non seulement un véritable moyen d'échange du savoir, mais de surcroît un moyen de l'augmenter en quantité, de l'approfondir, de l'intégrer entre différentes disciplines. Le net va rendre les gens plus intelligents en favorisant leur plus grande convivialité, en cassant les départements et domaines réservés de certains mandarins. Mais il est clair qu'il faudra aussi faire attention aux dérives que cette liberté implique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
L'écriture d'une pièce de théâtre "carabinée" (genre chansons de carabins ;c)) en 1.300 alexandrins, avec un ami rencontré sur le net sans jamais l'avoir rencontré de visu. En symbiose complète avec un parfait inconnu, et une grande jubilation éprouvée à cette écriture à quatre mains.
= Et votre pire souvenir?
Les consommations téléphoniques des débuts, avant que je ne sois câblé, ou quelques engueulades sur certains forums avec des paranos.
JEAN-PHILIPPE MOUTON [FR]
[FR] Jean-Philippe Mouton (Paris)
#Fondateur et gérant de la société d'ingénierie Isayas
Fondateur et gérant de la société d'ingénierie Isayas, Jean-Philippe Mouton, 27 ans, a reçu son diplôme d'ingénieur en hautes études industrielles (HEI) en 1997.
[Entretien 25/01/2001 // Entretien 04/05/2001]
*Entretien du 25 janvier 2001
= Pouvez-vous décrire l'activité d'Isayas?
Isayas étend son activité selon trois pôles:
1/ Gestion de deux sites portails:
Monbebe.net, "un site pour apprendre à être parents", qui est un site francophone à vocation communautaire, né en 1998. Il propose aux jeunes parents un partage d'expérience, par l'intermédiare de listes de discussion, de listes de diffusion... Les articles et photos présents sur le site sont envoyés par les internautes, qui sont principalement français et canadiens.
Theozik.com, "le site mondial des méthodes musicales", qui propose aux internautes musiciens d'apprendre la musique online. Le site, en cours d'élaboration, met en ligne des partitions associées à des extraits sonores pour la basse, la guitare et la batterie. Les exercices sont organisés par niveaux et par styles. Différents services complètent le site : annuaires, petites annonces, liste de diffusion, forum de discussion...
2/ Conseil & Conception & Réalisation de systèmes d'information:
Etudes techniques et intégration de systèmes d'information client/serveur, web, mobiles.
3/ Accompagnement des entreprises dans leurs démarches internet:
- Formalisation des besoins de nos clients,
- Formation de nos clients à nos interfaces de gestion éditoriales de sites internet,
- Procédures de réferencement internet, déclarations administratives (CNIL - Commission nationale de l'informatique et des libertés, etc.),
- Mise en place de partenariats avec des régies publicitaires (Adistar, Adonsale...).
= Pouvez-vous décrire le site web de votre société?
Le site de la société est un site web vitrine, relativement simple. Ce site a pour vocation de présenter la société d'ingénierie, de mentionner quelques-unes de ses réalisations, de proposer des stages.... Une version plus évoluée (Flash 5) devrait voir le jour d'ici quelques mois.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis gérant de la société et consultant technique. Mon activité se décompose donc:
- en une partie commerciale et relationnelle, pour que notre jeune société soit reconnue et pour que nous puissions par là developper notre production,
- en une partie opérationelle, lors de mon intervention sur des projets techniques.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Mon activité internet est une activité technique de mise en place de systèmes, très souvent interfacés avec des bases de données.
Il m'est par ailleurs nécessaire d'effectuer une veille internet: la connaissance des produits et des pratiques liés à l'internet sont indispensables dans le cadre de mon activité. Je travaille pour cela avec des régies publicitaires, des sociétés qui possèdent une offre complémentaire à la nôtre (hébergement, progiciels internet, graphisme et animation, paiement sécurisé...).
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je pense que le développement et la maintenance de systèmes informatiques internet est une activité qui vient dans la continuité des systèmes MVS (multiple virtual storage) et client/serveur. De nouvelles sociétés sont créées pour répondre aux besoins informatiques récents des entreprises, alors que l'activité dans le domaine des vieux systèmes ralentit.
La récession du net touche aujourd'hui en priorité les entreprises nouvelles de business online. Internet n'a pas pour vocation véritable de créer de nouveaux commerces, c'est un moyen de communication, un nouvel outil marketing, la possibilité pour les entreprises d'avoir des franchises à moindre coût, une information accessible par l'ensemble de ses interlocuteurs... Je suis de ceux qui croient que les sociétés d'ingénierie risquent d'être moins touchées par le phénomène "start down" que d'autres dans ce domaine.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
C'est une très bonne chose, mais cet outil présente aujourd'hui deux inconvénients:
- tout d'abord, rien ne remplacera le marque-page, ni l'odeur des bouquins qui sont lus sur la plage dans le sable par toute la famille durant l'été... En bref, l'e-book ne peut remplacer le rapport charnel du lecteur et de son livre;
- de plus, cet instrument est réservé à une classe de personnes qui peuvent financièrement s'en permettre l'acquisition.
L'UMTS (universal mobile telecommunications system) promis devrait permettre un accès mobile en temps réel à l'information, et c'est pour cette raison que ce type de système va probablement fusionner avec les autres systèmes mobiles (téléphonie, Palm...) pour se vulgariser. Il est donc clair qu'il faut se pencher sur le sujet.
*Entretien du 4 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
L'activité d'Isayas est croissante et les deux pôles (éditeurs + technique) fonctionnent simultanément de manière correcte:
- Theozik.com est alimenté en méthodes musicales de facon progressive. Nous espérons arriver au cap des 800 méthodes pour septembre 2001... Gros challenge.
- Monbebe.net a intégré Karine comme responsable éditoriale.
Les projets de l'agence web sont principalement de nature technique pour une harmonisation des données des entreprises. Nous effectuons des prestations de conseil et de réalisation techniques mettant en oeuvre des bases de données, des systèmes de listes de diffusion/discussion, de l'interfaçage internet/systèmes informatiques des entreprises, du e-learning, du multilinguisme, etc.
Tous les sites internet conçus par nos soins possèdent des interfaces de mise à jour des données destinées aux clients qui n'ont comme connaissances informatiques que celle de la navigation web.
Nous sommes en permanence à la recherche de nouveaux projets:
- dans ce qu'on appelle la "maîtrise d'ouvrage" de systèmes d'information, pour accompagner les entreprises dans leurs démarches informatiques (projets de conseil),
- dans ce qu'on appelle la "maîtrise d'oeuvre", pour réaliser des modules techniques qui s'intègrent dans un processus d'informatisation et de communication.
Actuellement, Isayas n'a pas véritablement réalisé de projet mettant en oeuvre le e-book, et reste encore dans des domaines moins "exotiques" qui sont plus proches des systèmes d'information classiques.
JOHN MARK OCKERBLOOM [EN, FR, ES]
[EN] John Mark Ockerbloom (Pennsylvania)
#Founder of The On-Line Books Page, listing freely-available online books
The On-Line Books Page lists over 12,000 freely-available online books in English. It was founded in 1993 by John Mark Ockerbloom, who the same year started the website of the CMU CS (Carnegie Mellon University Computer Science). In 1998, John graduated from Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvania) with a Ph.D. in computer science. He has now moved to Penn (University of Pennsylvania), where he works with the library and the computer science department doing digital library research and development. The On-Line Books Page also joined Penn's digital library, and John hopes it can be greatly expanded and upgraded while being integrated with other digital library resources.
[Interview 02/09/1998 // Interview 05/08/1999]
*Interview of September 2, 1998
= How did your website begin?
I was the original Webmaster here at CMU CS, and started our local Web in 1993. The local Web included pages pointing to various locally developed resources, and originally The On-Line Books Page was just one of these pages, containing pointers to some books put online by some of the people in our department. (Robert Stockton had made Web versions of some of Project Gutenberg's texts.)
After a while, people started asking about books at other sites, and I noticed that a number of sites (not just Gutenberg, but also Wiretap and some other places) had books online, and that it would be useful to have some listing of all of them, so that you could go to one place to download or view books from all over the Net. So that's how my index got started.
I eventually gave up the webmaster job in 1996, but kept The On-Line Books Page, since by then I'd gotten very interested in the great potential the Net had for making literature available to a wide audience. At this point there are so many books going online that I have a hard time keeping up (and in fact have a large backlog of books to list). But I hope to keep up my online books works in some form or another.
= How do you see the future?
I am very excited about the potential of the Internet as a mass communication medium in the coming years. I'd also like to stay involved, one way or another, in making books available to a wide audience for free via the Net, whether I make this explicitly part of my professional career, or whether I just do it as a spare-time volunteer.
*Interview of August 5, 1999
= What do you think of the debate about copyright on the Web?
I'm not sure which debate you have in mind. But I think it's important for people on the Web to understand that copyright is a social contract that's designed for the public good -- where the public includes both authors and readers.
This means that authors should have the right to exclusive use of their creative works for limited times, as is expressed in current copyright law. But it also means that their readers have the right to copy and reuse the work at will once copyright expires. In the US now, there are various efforts to take rights away from readers, by restricting fair use, lengthening copyright terms (even with some proposals to make them perpetual) and extending intellectual property to cover facts separate from creative works (such as found in the "database copyright" proposals). There are even proposals to effectively replace copyright law altogether with potentially much more onerous contract law. I find it much harder to sympathize with MPAA (Motion Picture Association of America) head Jack Valenti's plea to stop copying of copyrighted movies when I know that if he had his way, *no* movie would ever enter the public domain. (Mary Bono mentioned this wish of his in Congress last year.)
If media companies are seen to try to lock up everything that they can get away with, I don't find it surprising that some consumers react by putting on-line anything *they* can get away with. Unfortunately, doing that in turn takes away the legitimate rights of authors.
How to practically solve this? Stakeholders in this debate have to face reality, and recognize that both producers and consumers of works have legitimate interests in their use. If intellectual property is then negotiated by a balance of principles, rather than as the power play it's too often ends up being ("big money vs. rogue pirates") we may be able to come up with some reasonable accommodations.
[FR] John Mark Ockerbloom (Pennsylvanie)
#Fondateur de The On-Line Books Page, répertoire de livres en ligne disponibles gratuitement
The On-Line Books Page répertorie plus de 12.000 textes électroniques d'oeuvres anglophones. John Mark Ockerbloom a débuté ce répertoire en 1993 - en même temps qu'il créait le site web du département d'informatique de l'Université Carnegie Mellon (CMU, Pittsburgh, Pennsylvanie). Il a obtenu son doctorat en informatique dans la même université en 1998. Durant l'été 1999, il rejoint l'Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D (recherche et développement) de la bibliothèque numérique, au sein du département des bibliothèques et de l'informatique. A la même date, The On-Line Books Page est transférée dans cette bibliothèque numérique.
[Entretien 02/09/1998 // Entretien 05/08/1999]
*Entretien du 2 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'historique de votre site web?
J'étais webmestre ici pour la section informatique du CMU (Carnegie Mellon University), et j'ai débuté notre site local en 1993. Il comprenait des pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à l'origine "The On-Line Books Page" était une de ces pages, avec des liens vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département (par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains textes du Project Gutenberg).
Ensuite les gens ont commencé à demander des liens vers des livres disponibles sur d'autres sites. J'ai remarqué que de nombreux sites (et pas seulement le Project Gutenberg ou Wiretap) proposaient des livres en ligne, et qu'il serait utile d'en avoir une liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où qu'ils soient sur l'internet. C'est ainsi que mon index a débuté. J'ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j'ai gardé "The On-Line Books Page", parce que, entre temps, je m'étais passionné pour l'énorme potentiel qu'a l'internet de rendre la littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de livres mis en ligne que j'ai du mal à rester à jour (en fait j'ai beaucoup de retard). Mais je pense pourtant continuer cette activité d'une manière ou d'une autre.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je suis très intéressé par le développement de l'internet en tant que médium de communication de masse dans les prochaines années. J'aimerais aussi rester impliqué d'une manière ou d'une autre dans la mise à disposition gratuite pour tous de livres sur l'internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité professionnelle ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon temps libre.
*Entretien du 5 août 1999 (entretien original en anglais)
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Tout dépend de ce que recouvre ce terme "débats". A mon avis, il est important que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social conçu pour le bien public - incluant à la fois les auteurs et les lecteurs.
Ceci signifie que les auteurs devraient avoir le droit d'utiliser de manière exclusive et pour un temps limité les oeuvres qu'ils ont créées, comme ceci est spécifié dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie également que leurs lecteurs ont le droit de copier et de réutiliser ce travail autant qu'ils le veulent à l'expiration de ce copyright. Aux Etats-Unis, on voit maintenant diverses tentatives visant à retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les règles relatives à l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la durée du copyright (y compris avec certaines propositions visant à le rendre permanent) et en étendant la propriété intellectuelle à des travaux distincts des oeuvres de création (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les bases de données). Il existe même des propositions visant à entièrement remplacer la loi sur le copyright par une loi instituant un contrat beaucoup plus lourd. Je trouve beaucoup plus difficile de soutenir la requête de Jack Valenti, directeur de la MPAA (Motion Picture Association of America), qui demande d'arrêter de copier les films sous copyright, quand je sais que, si ceci était accepté, aucun film n'entrerait jamais dans le domaine public (Mary Bono a fait mention des vues de Jack Valenti au Congrès l'année dernière).
Si on voit les sociétés de médias tenter de bloquer tout ce qu'elles peuvent, je ne trouve pas surprenant que certains usagers réagissent en mettant en ligne tout ce qu'ils peuvent. Malheureusement, cette attitude est à son tour contraire aux droits légitimes des auteurs.
Comment résoudre cela pratiquement? Ceux qui ont des enjeux dans ce débat doivent faire face à la réalité, et reconnaître que les producteurs d'oeuvres et leurs usagers ont tous deux des intérêts légitimes dans l'utilisation de celles-ci. Si la propriété intellectuelle était négociée au moyen d'un équilibre des principes plutôt que par le jeu du pouvoir et de l'argent que nous voyons souvent, il serait peut-être possible d'arriver à un compromis raisonnable.
[ES] John Mark Ockerbloom (Pennsylvania)
#Fundador de The On-Line Books Page, un repertorio de libros en línea disponibles gratuitamente