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Chapter 11

Chapter 113,773 wordsPublic domain

6/ Qu'en est-il du "montage" hypertextuel? Pour aller vite, disons que la lecture sur écran impose d'écrire un livre ouvert à de nombreuses propositions hypertextuelles? N'est-ce pas un gadget hyperaliénant, cette prétendue interactivité? Est-ce que le cyberécrivain n'accorde pas trop de temps et d'énergie à stimuler une collaboration interactive avec le lecteur? Le lecteur n'aurait-il pas tendance à se perdre dans les intertextes et les possibles narratifs? Voici le danger: l'hypertexte peut se transformer en "hypotexte". Souvent, on peut observer que le lecteur novice clique de lien en lien pour encadrer son territoire de lecture. Et lorsqu'il revient en arrière, il se perd et perd son envie de lire sur écran. Mais n'est-ce pas par manque d'habitude culturelle? Il faut donc réapprendre à écrire et à lire sur écran. Quant aux questions de structure de récit ouverte, rien de nouveau car qu'est-ce qu'un roman non-linéaire sinon les Essais de Montaigne? Et même la didactique démonstration balzacienne? Le mémorable hypertexte proustien?... pour ne citer que des classiques.

f) Changeons d'écran

Et voici le changement que j'attends: arrêter de considérer les livres électroniques comme le stade ultime post-Gutenberg. Le e-book retro-éclairé pour l'instant a la mémoire courte: il peut accueillir par exemple dix livres contenant essentiellement du texte mais pas une seule oeuvre multimédia riche en son et images, etc.

Donc ce que l'on attend pour commencer: l'écran souple comme feuille de papier légère, transportable, pliable, autonome, rechargeable, accueillant tout ce que le web propose (du savoir, de l'information, des créations...) et cela dans un format universel avec une résolution sonore et d'image acceptable. Dès lors nous pourrons nous repaître d'oeuvres multimédias sur les terrasses de café, alanguis sur un canapé, au bord d'une rivière, à l'ombre des cerisiers en fleurs...

= Comment voyez-vous l'avenir?

Comme tous ceux qui ont surfé avec des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son interface en carton-pâte, je suis déçue par le fait que l'esprit libertaire ait cédé le pas aux activités libérales décérébrantes. Les frères ennemis devraient se donner la main comme lors des premiers jours car le net à son origine n'a jamais été un repaire de "has been" mélancoliques, mais rien ne peut résister à la force d'inertie de l'argent. C'était en effet prévu dans le scénario, des stratégies utopistes avaient été mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains d'internautes comme c'était le cas. L'intelligence collective virtuelle pourtant se défend bien dans divers forums ou listes de discussions, et ça, à défaut d'être souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aimé profiter de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette tarte à la crème qu'on se reçoit chaque jour, merci à la société du spectacle, et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n'est, du point de vue de l'art, jamais devenue un média de création ambitieux.

Sinon, les écrivains français, c'est historique, sont dans la majorité technophobes... Les institutions culturelles et les universitaires lettrés en revanche soutiennent les démarches hyperlittéraires à force de colloques et publications diverses. Du côté des plasticiens, je suis encore plus rassurée, il est acquis que l'art en ligne existe.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web véritablement mutilingue?

Puisque la France s'inscrit dans une tradition d'interventionnisme de la puissance publique (l'Etat, les collectivités locales...) en matière de culture, nos institutions devraient financer des logiciels de traduction simultanée - ils seront opérants bientôt...-, et plus simplement, donner des aides à la traduction, et cela dans le cadre d'une stratégie de développement de la francophonie. Les acteurs culturels sur le web, par exemple, auraient plus de facilité pour présenter leur site en plusieurs langues. Les chiffres de septembre 2000 montrent que 51% des utilisateurs sont anglo-saxons, et 78% des sites aussi. Les chiffres de cette prépondérance baissent à mesure qu'augmentent le nombre des internautes de par le monde... L'anglais va devenir la deuxième langue mondiale après la langue natale, mais il y aura d'autres. Un exemple: personnellement, à l'âge de 4 ans, je parlais trois langues alors que je ne savais ni lire ni écrire. Pour parler une langue, il peut suffire d'avoir la chance de l'écouter. On peut espérer que le cosmopolitisme traverse toutes les classes sociales en raison, par exemple, de l'Union européenne, du nomadisme des travailleurs, de la facilité de déplacement à l'étranger des étudiants, de la présence des chaînes TV et sites étrangers, etc.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le délire SF du type: "bienvenue dans la 3e dimension, payez-vous du sexe, des voyages et des vies virtuels" a toujours existé. La méditation, l'ésotérisme, les religions y pourvoient, etc. Maintenant, on est dans le cyberspace... Un exemple: dans l'industrie, la recherche.

= Et la société de l'information?

Je préférerais parler de "communautés de l'information"... Nous sommes plutôt dans une société de la communication et de la commutation. Il est très discutable de savoir si nos discussions sont de meilleure qualité et si nous serions plus savants... Etre informé n'est pas être cultivé. Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

En 1997 ou 1998, j'ai eu droit aux honneurs de la censure. L'une de mes nouvelles mises en ligne, aujourd'hui publiée honorablement sur support papier, était censurée par mon hébergeur. Il était inexact que ma petite histoire noire quoique teintée d'humour était un hommage rendu à un tueur en série pédophile, et cela bien que ce soit en effet le sujet. Mais voilà, par un matin gris acier, on apprit que quelques fournisseurs de services en ligne avaient été embarqués au commissariat de police le plus proche. Ils étaient tenus pour responsables du contenu des dizaines de milliers sites qu'ils hébergent! Et fatalement quelques-uns étaient suspects d'invitation à la haine raciale, au non-respect de la personne, etc. Ma petite nouvelle n'en faisait évidemment pas partie mais j'étais très amusée du fait qu'un "robot trieur", le genre de nettoyeur informatique qui obéit aux ordres des censeurs, ait attenté, par erreur, à ma liberté d'expression.

= Et votre pire souvenir?

Il s'agit d'une vraie anecdote virtuelle: un soir, je reçois un mail sous pseudonyme m'annonçant que NON, mon roman hypermédia, avait été éradiqué de la planète net. Immédiatement, je me connecte sur mon site. Rien. Je me débranche, ouvre mon disque dur à la recherche de NON. Rien. Je cherche mes disques de sauvegarde. Volatilisés. Cinq ans de travail broyés par la masse des pixels!... Et c'est à ce moment là que je me suis réveillée... Le mauvais rêve!

ANNE-CECILE BRANDENBOURGER [FR]

[FR] Anne-Cécile Brandenbourger (Bruxelles)

#Auteur de La malédiction du parasol, hyper-roman publié aux éditions 00h00.com

La malédiction du parasol a d'abord eu pour nom: Apparitions inquiétantes. La version originale s'est développée sous forme de feuilleton pendant deux ans sur le site d'Anacoluthe. Il s'agit d'"une longue histoire à lire dans tous les sens, un labyrinthe de crimes, de mauvaises pensées et de plaisirs ambigus..." Une histoire qui trouve son aboutissement en étant publiée le le 8 février 2000 aux éditions 00h00.com, en tant que premier titre de la collection 2003, consacrée aux nouvelles écritures numériques.

Suite à son succès, le 25 août 2000, le roman est réédité en version imprimée aux éditions "Florent Massot présente", avec une couverture en 3D. Pour marquer l'événement, même si le texte n'a pas changé, un nouveau titre est donné au livre.

La malédiction du parasol est "un cyber-polar fait de récits hypertextuels imbriqués en gigogne, lit-on sur le site de 00h00. Entre personnages de feuilleton américain et intrigue policière, le lecteur est - hypertextuellement - mené par le bout du nez dans cette saga aux allures borgésiennes. (...) C'est une histoire de meurtre et une enquête policière; des textes écrits court et montés serrés; une balade dans l'imaginaire des séries télé; une déstructuration (organisée) du récit dans une transposition littéraire du zapping; et par conséquent, des sensations de lecture radicalement neuves. (A noter que la version 'papier' adaptée de cette narration hypertextuelle restitue presque exactement le rythme et le nerf de l'écran.)"

*Entretien du 5 juin 2000

= Les possibilités offertes par l'hypertexte ont-elles changé votre mode d'écriture?

Les possibilités offertes par l'hypertexte m'ont permis de développer et de donner libre cours à des tendances que j'avais déjà auparavant. J'ai toujours adoré écrire et lire des textes éclatés et inclassables (comme par exemple La vie mode d'emploi de Perec ou Si par une nuit d'hiver un voyageur de Calvino) et l'hypermédia m'a donné l'occasion de me plonger dans ces formes narratives en toute liberté. Car pour créer des histoires non linéaires et des réseaux de textes qui s'imbriquent les uns dans les autres, l'hypertexte est évidemment plus approprié que le papier.

Je crois qu'au fil des jours, mon travail hypertextuel a rendu mon écriture de plus en plus intuitive. Plus "intérieure" aussi peut-être, plus proche des associations d'idées et des mouvements désordonnés qui caractérisent la pensée lorsqu'elle se laisse aller à la rêverie. Cela s'explique par la nature de la navigation hypertextuelle, le fait que presque chaque mot qu'on écrit peut être un lien, une porte qui s'ouvre sur une histoire.

= Deux portraits de l'auteur

- sur le site d'Anacoluthe,

- sur le site des éditions 00h00.com.

ALAIN BRON [FR, EN, ES]

[FR] Alain Bron (Paris)

#Consultant en systèmes d'information et écrivain. L'internet est un des personnages de son roman Sanguine sur toile.

Après des études d'ingénieur en France et aux États-Unis et un poste de directeur de grands projets chez Bull, Alain Bron est maintenant consultant en systèmes d'information chez EdF/GdF (Electricité de France / Gaz de France).

Son deuxième roman, Sanguine sur toile (1999), est disponible en version imprimée aux éditions du Choucas et en version numérique (format PDF) aux éditions 00h00.com. Il a reçu le Prix du Lions Club International 2000.

Alain Bron est également l'auteur d'un autre roman, Concert pour Asmodée (publié en 1998 aux éditions La Mirandole), et de plusieurs essais socio-économiques, dont La démocratie de la solitude (avec Laurent Maruani, 1997) et La gourmandise du tapir (avec Vincent de Gaulejac, 1996), parus chez DDB (Desclée de Brouwer).

*Entretien du 29 novembre 1999

= Quel est le thème de votre roman Sanguine sur toile?

La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? Sanguine sur toile évoque l'histoire singulière d'un internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête.

J'ai voulu emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise, univers qui s'entrelacent, s'échappent, puis se rejoignent dans la fulgurance des logiciels. Le lecteur est ainsi invité à prendre l'enquête à son propre compte pour tenter de démêler les fils tressés par la seule passion. Pour percer le mystère, il devra répondre à de multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'être le plus seul au monde? Compétitivité oblige, jusqu'où l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence? La peinture tend-elle à reproduire le monde ou bien à en créer un autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer.

= Quelle est la place de l'internet dans ce roman?

Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutôt que de le décrire dans sa complexité technique, le réseau est montré comme un être tantôt menaçant, tantôt prévenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas que l'écran d'ordinateur joue son double rôle: il montre et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du début à la fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sûr celui ou celle qui sait s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-dessus de tout.

= Quel est le thème du dossier: Internet: anges et démons!, dont vous êtes à l'origine?

La revue Cultures en mouvement, à laquelle je participe périodiquement, m'a demandé en avril 1999 de diriger un dossier spécial sur la cyberculture. J'ai donc réuni les spécialistes de disciplines très différentes comme un économiste, un sociologue, un psychiatre, un artiste, un responsable d'association,... pour parler d'internet. Nous sommes vite tombés d'accord sur un point essentiel: internet apporte le meilleur comme le pire. Nous avons donc appelé le dossier: Internet: anges et démons! L'ensemble des articles a été publié dans le magazine et dans le même temps nous avons ouvert un site hébergé alors sur place-internet.com. Des articles dans la presse ont salué ce site qui parle d'internet sans frénésie et avec un recul salutaire.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull. Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques à l'ISO(Organisation internationale de normalisation), et chairman du groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je suis actuellement consultant en systèmes d'information chez EdF/GdF où je m'occupe de la bonne marche des grands projets informatiques dans ces entreprises et dans leurs filiales internationales. Et j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais psycho-sociologiques (La gourmandise du tapir et La démocratie de la solitude), des articles et des romans. C'est à la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé votre vie professionnelle?

Comme je suis tombé dans la marmite tout jeune, je n'ai pas l'impression d'avoir été affecté par le phénomène. J'ai un recul suffisant pour reconnaître les erreurs que j'ai pu commettre avec cet outil et pour prévenir de son usage en évitant le syndrome de l'ancien combattant.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Ce qui importe avec internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les processus de décision et réduit l'incertitude par l'information apportée. Encore faut-il laisser le temps au temps, laisser mûrir les idées, apporter une touche indispensable d'humanité dans les rapports. Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre et non la multiplication des échanges électroniques.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Je considère aujourd'hui le web comme un domaine public. Cela veut dire que la notion de droit d'auteur sur ce média disparaît de facto: tout le monde peut reproduire tout le monde. La création s'expose donc à la copie immédiate si les copyrights ne sont pas déposés dans les formes usuelles et si les oeuvres sont exposées sans procédures de revenus. Une solution est de faire payer l'accès à l'information, mais cela ne garantit absolument pas la copie ultérieure. Pour les romans, je préfère de toute façon la forme papier.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Il y aura encore pendant longtemps l'usage de langues différentes et tant mieux pour le droit à la différence. Le risque est bien entendu l'envahissement d'une langue au détriment des autres, donc l'aplanissement culturel.

Je pense que des services en ligne vont petit à petit se créer pour pallier cette difficulté. Tout d'abord, des traducteurs pourront traduire et commenter des textes à la demande, et surtout les sites de grande fréquentation vont investir dans des versions en langues différentes, comme le fait l'industrie audiovisuelle.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

A la suite de la parution de mon deuxième roman, Sanguine sur toile, j'ai reçu un message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'était reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus récemment autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu échanger des souvenirs et fomenter des projets...

= Et votre pire souvenir?

Virus, chaînes du "bonheur", sollicitations commerciales, sites fascistes, informations non contrôlées, se développent en ce moment à très grande échelle. Je me pose sérieusement la question: "Quel bébé ai-je bien pu contribuer à faire naître?"

[EN] Alain Bron (Paris)

#Information systems consultant and writer. The Internet is one of the "characters" of his novel Sanguine sur toile (Sanguine on the Web).

After studying engineering in France and the US and a job as head of major projects at Bull, Alain Bron is now an information systems consultant at EdF/GdF (Electricité de France / Gaz de France).

His second novel, Sanguine sur toile (Sanguine on the Web), is available in print from Editions du Choucas (published in 1999) and in PDF format from Editions 00h00.com (published in 2000). It won the Lions Club International Prize in 2000.

Alain Bron wrote another novel, Concert pour Asmodée (Concert for Asmodée) (published in 1998 by Editions La Mirandole), and a collection of psycho-sociological essays, notably La démocracie de la solitude (The Democracy of Solitude) (with Laurent Maruani, 1997) and La gourmandise du tapir (The Greed of the Tapir) (with Vincent de Gaulejac, 1996), both published by DDB (Desclée de Brauwer).

*Interview of November 29, 1999 (original interview in French)

= Can you tell us a bit about your novel Sanguine sur toile?

In French, "toile" means the Web as well as the canvas of a painting, and "sanguine" is the red chalk of a drawing as well as one of the adjectives derived from blood (sang). But would a love of colours justify a murder? Sanguine sur toile is the strange story of an Internet surfer caught up in an upheaval inside his own computer, which is being remotely operated by a very mysterious person whose only aim is revenge.

I wanted to take the reader into the worlds of painting and enterprise, which intermingle, escaping and meeting up again in the dazzle of software. The reader is invited to try to untangle for himself the threads twisted by passion alone. To penetrate the mystery, he will have to answer many questions. Even with the world at his fingertips, isn't the Internet surfer the loneliest person in the world?

In view of the competition, what's the greatest degree of violence possible in an enterprise these days? Does painting tend to reflect the world or does it create another one? I also wanted to show that images are not that peaceful. You can use them to take action, even to kill.

= What part does the Internet play in your novel?

Internet is a character in itself. Instead of being described in its technical complexity, it's depicted as a character that can be either threatening, kind or amusing. Remember the computer screen has a dual role -- displaying as well as concealing. This ambivalence is the theme throughout. In such a game, the big winner is of course the one who knows how to free himself from the machine's grip and put humanism and intelligence before all else.

= Can you also tell us about your issue: Internet: anges et démons! (The Internet: Angels and Devils!)?

Cultures en mouvement (Cultures in Movement), a magazine I sometimes write for, asked me in April 1999 to guest-edit a special issue on cyberculture. I brought together specialists from very different fields -- an economist, a sociologist, a psychiatrist, an artist, the head of an association -- to talk about the Internet. We quickly agreed that the Internet brings out the best as well as the worst. So we called the special issue Internet: anges et démons! (The Internet: Angels and Devils!). The articles were published in the magazine at the same time as we opened a site with the same name hosted by place-internet.com. The media praised the site, which presents the Internet calmly and with a healthy reserve.

= What exactly is your professional activity?

I spent about 20 years at Bull. There I was involved in all the adventures of computer and telecommunications development. I represented the computer industry at ISO (International Organization for Standardization) and chaired the network group of the X/Open consortium. I also took part in the very beginning of the Internet with my colleagues of Honeywell in the US in late 1978. I'm now an information systems consultant at EdF/ GdF (Electricité de France / Gaz de France), where I keep the main computer projects of these firms and their foreign subsdiaries running smoothly. And I write. I've writing since I was a teenager. Short stories (about 100), psycho-sociological essays, articles and novels. It's an inner need as well as a very great pleasure.

= How did using the Internet change your professional life?

As I fell into computers when I was very young, I don't think I was affected by the Internet. I can look at it with enough distance to recognize the mistakes I made with it and to warn about its misuse, while avoiding veteran's fatigue and burn-out.

= How do you see the future?

The important thing about the Internet is the human value that's added to it. The Internet can never be shrewd about a situation, take a risk or replace the intelligence of the heart. The Internet simply speeds up the decision-making process and reduces uncertainty by providing information. We still have to leave time to time, let ideas mature and bring an essential touch of humanity to a relationship. For me, the aim of the Internet is meeting people, not increasing the number of electronic exchanges.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

I regard the Web today as a public domain. That means in practice the notion of copyright on it disappears: everyone can copy everyone else. Anything original risks being copied at once if copyrights are not formally registered or if works are available without payment facilities. A solution is to make people pay for information, but this is no watertight guarantee against it being copied. Anyway, with novels, I prefer them in paper form.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Different languages will still be used for a long time to come and this is healthy for the right to be different. The risk is of course an invasion of one language to the detriment of others, and with it the risk of cultural standardization. I think online services will gradually emerge to get around this problem. First, translators will be able to translate and comment on texts by request, but mainly sites with a large audience will provide different language versions, just as the audiovisual industry does now.

= What is your best experience with the Internet?

After my second novel, Sanguine sur toile, was published, I got a message from a friend I'd lost touch with more than 20 years ago. He recognized himself as one of the book's characters. We saw each other again recently over a good bottle of wine and swapped memories and discussed our plans.

= And your worst experience?

Viruses, "happiness" chain letters, business soliciting, extreme right-wing sites and unverified information are spreading very quickly these days. I'm seriously asking myself: "What kind of baby did I help to bring into the world?"

[ES] Alain Bron (Paris)