Correspondence and Report from His Majesty's Consul at Boma Respecting the Administration of the Independent State of the Congo [and Further Correspondence]

Part 25

Chapter 253,656 wordsPublic domain

_R._ Oui; j’ai entendu les indigènes se plaindre qu’ils travaillaient beaucoup pour rien, que les Chefs s’emparaient des mitakos que les blancs payaient pour la récolte du caoutchouc; enfin, qu’ils mouraient de faim. Ils ajoutaient qu’ils avaient réclamé plusieurs fois inutilement et qu’ils allaient essayer si, par l’intermédiaire des Anglais, qui étaient très puissants, ils pouvaient obtenir de changer leur sort. Et ils disaient: “Allons, allons vite, vite chez les Anglais; allons dire que Kelengo coupe les mains.”

_D._ Avez-vous entendu ces mots?

_R._ Oui; je les ai entendus parfaitement.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

Le Substitut, (Signé) BOSCO.

Après comparaît Bangwala, d’Ikandja, qui, interrogé, après serment, déclare:--

* * * * *

_D._ Parlez maintenant de la main d’Epondo.

_R._ Il l’a perdue à cause d’une morsure de sanglier, dans les Bangala. C’est Epondo lui-même qui le disait.

_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?

_R._ Ils ne veulent plus faire de caoutchouc et ont cru, en accusant Kelengo, de se soustraire à ce travail. J’ai entendu de mes oreilles lorsqu’ils disaient: “Allons vite, vite dire des mensonges aux Anglais.” Ils allèrent donc appeler les Anglais pour leur faire voir l’homme sans mains et les Anglais vinrent. Et quand ils furent partis, ils disaient: “Bien, bien, nous allons faire la kwanga seulement. Maintenant le caoutchouc est fini.”

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Momobo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

* * * * *

Epondo a perdu la main à cause de la morsure d’un sanglier; Kelengo n’a tué personne.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Ekumeloko, de Boselembe, travailleur à la Société Lulonga, qui, interrogé, après serment, déclare:--

* * * * *

_D._ Et qui a coupé la main d’Epondo?

_R._ Epondo arriva dans notre village sans une main et nous montra qu’un sanglier la lui avait coupée.

_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?

_R._ Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils racontèrent des mensonges aux Anglais et bornent leur travail à la kwanga pour les Anglais.

_D._ Kelengo a-t-il tué quelqu’un?

_R._ Personne.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après, nous interrogeons l’un après l’autre Bundja, de Bosibendama, et Bawsa, de Bossundjulu, travailleurs de la Société Lulonga, qui font une déclaration identique à la précédente.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 19 Septembre, devant nous, Substitut, comparaît Kelengo, de Bokakata, qui, renseigné sur l’accusation qu’on lui fait, déclare:--

Mon nom officiel (kombo na mukanda) est Mbilu, mais les indigènes m’appellent Kelengo. Je n’ai pas coupé les mains d’Epondo.... Je ne connais pas même Epondo. Je sais seulement qu’un sanglier lui a mordu la main.... Du reste, je ne suis dans le village de Bosunguma que depuis cinq mois. J’ai été surpris lorsque les indigènes m’ont accusé près des Anglais, mais je dois vous dire que quelques jours après, ils m’ont donné 100 mitakos pour que je n’aille pas réclamer chez le blanc et m’ont avoué qu’ils avaient dit des mensonges aux Anglais pour se soustraire au travail du caoutchouc. Je portai ces 100 mitakos à Bumba (M. Dutrieux), qui dit: “Les indigènes sont des menteurs.”

_D._ Le Chef Tondebila dit qu’il vous a vu lorsque vous coupiez la main d’Epondo.

_R._ Il est un menteur. D’ailleurs pourquoi s’est-il sauvé? Il a été arrêté deux fois pour venir ici rendre son témoignage. La première fois par Bumba, la seconde par le Commandant de la Compagnie (Braeckman), et il a pris toujours la fuite. Moi aussi, j’aurais pu m’enfuir et je n’ai pas voulu parce que je suis innocent.

_D._ Mololi, Botoko, Eykela, et Alondi vous accusent comme auteur de la mutilation d’Epondo.

_R._ Ils mentent. Je ne connais ni Botoko, ni Eykela, ni Alondi. Je connais seulement Mololi.

_D._ On vous accuse aussi d’avoir amarré la femme de Ciango parce que celui-ci, ayant tué deux antilopes, ne vous en avait donné que les cuisses et de n’avoir laissé cette femme qu’après avoir reçu un cadeau de 1,000 mitakos. On vous accuse en outre d’avoir volé ou de vous être emparé par force de deux canards et d’un chien appartenant à Ilungo. Que répondez-vous?

_R._ Mensonge. Je ne connais pas Ciango. Je connais Ilungo, mais je n’ai rien pris. Quand on m’apporte des cadeaux, je les accepte, mais je ne prends pas les objets des indigènes, parce que Bumba nous l’a défendu sous menace de nous mettre en prison.

_D._ Vous êtes accusé par Ilengi d’avoir amarré la femme de Sundi et de l’avoir libérée seulement après paiement de 500 mitakos.

_R._ Mensonge. Ilundji et Sundi appartiennent à une autre section. Ils dépendent d’une autre sentinelle, un nommé Ikangola. C’est un complot des indigènes pour se soustraire au travail du caoutchouc. Ils me disaient toujours qu’ils ne voulaient pas le faire, qu’ils préféraient faire la kwanga pour les Anglais et prétendaient d’y parvenir avec leur aide.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après, nous interrogeons successivement tous les témoins: Bandja, Bansu, Ekumaleko, Mambo, Bangula, Monsumbu, Ffundu, pour leur demander depuis combien de temps Kelengo se trouve à Bosunguma, et tous disent qu’il s’y trouve depuis quatre mois.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 4 Octobre, à Mampoko, devant nous, Substitut, à Coquilhatville, comparaît Dutrieux, Charles-Alexandre, né à Namur, Directeur de la Société Lulonga, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Je connais Kelengo sous le nom de M’Bilo. Il est au service de le Société Lulonga en qualité de garde forestier, depuis le mois de Mars dernier. Sa tâche est uniquement celle d’accompagner les indigènes à la récolte du caoutchouc et de leur empêcher de couper les lianes. Je ne sais rien au sujet de l’atrocité dont on l’accuse.... Je ne sais pas maintenant pourquoi on accuse Kelengo ou Mbilu d’avoir coupé une main à un garçon. Je sais seulement que le nommé Kelengo ou Mbilu est venu chez moi le jour d’arrivée du Lieutenant Braeckman, c’est-à-dire, sauf erreur, le 12 Septembre, m’apporter 100 mitakos en me disant que les indigènes les lui avaient donnés pour qu’il ne me dise pas qu’ils avaient menti près des Anglais, dans le but de ne pas faire de caoutchouc. Le Lieutenant Braeckman a fait rendre ces mitakos au Chef du village de Bossunguma.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

(Signé) DUTRIEUX.

Après, Pingo, de Bokakata, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Je suis boy de M. Dutrieux. Un jour, le nommé Mbilu est venu chez mon maître lui apporter 100 mitakos, disant que le Chef de Bossunguma, nommé, si je ne me trompe, Mateka ou Lofundu, les lui avait donnés comme cadeau pour qu’il n’aille pas dire que les indigènes avaient menti près des Anglais en l’accusant d’avoir coupé une main à un gamin, mensonge qu’ils avaient dit pour se soustraire au travail du caoutchouc.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 6 Octobre, à Mampoko, devant nous, Substitut, à Coquilhatville, comparaît le nommé Eponga, _alias_ Mondondo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Epondo a une main coupée parce que, dans les Bangala, un sanglier la lui a arrachée....

_D._ Pourquoi alors les habitants de votre village ont-ils accusé Kelengo?

_R._ Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit des mensonges aux Anglais, qui ont répondu: “Nous ferons une lettre au Juge.”

_D._ Est-ce qu’ils ont ajouté quelque autre chose?

_R._ Non.

_D._ Combien de temps sont-ils restés dans votre village?

Le témoin indique où se trouvait le soleil lorsqu’ils sont arrivés et lorsqu’ils sont partis. Nous calculons qu’ils sont restés au moins quatre heures.

_D._ Est-ce que les Anglais ont écrit quand ils étaient au village?

_R._ Oui; ils ont écrit sur un grand papier.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Liboso, fils de Lekela, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare--

Epondo a une main coupée parce qu’un sanglier l’a mordue....

_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?

_R._ Parce qu’ils étaient fatigués de faire du caoutchouc, qui n’était plus dans leur forêt. Ils ont cru qu’avec l’intercession des Anglais ils pourraient se soustraire à un travail très dur, et pour interposer les Anglais, ils sont allés leur dire que la sentinelle de Bumba (Dutrieux) avait coupé une main.

_D._ Qui est allé parler avec les Anglais?

_R._ Bodjengene et un autre, dont je ne me rappelle pas le nom. Les Anglais dirent: “Vous mentez. Où est cet homme avec la main coupée? Allez le prendre.” Alors ils sont allés chercher ... Epondo et l’ont présenté aux Anglais.

_D._ Lorsque les Anglais sont venus à votre village, qu’est-ce qu’ils ont fait?

_R._ Ils ont parlé avec les habitants qui se plaignaient de ce qu’ils devaient travailler beaucoup. Ils disaient que le caoutchouc n’était plus dans leur forêt, qu’ils voulaient faire un travail moins dur, comme la kwanga et la pêche. Les Anglais répondirent: “C’est bien; vous êtes des hommes de Bula Matari. Nous écrirons à Bula Matari.” Et dans leur village ils firent une grande moukande, comme vous maintenant.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Etoko, fils d’Ilembe, décédé, de Bossunguma, qui, interroge, après serment, déclare:--

Un sanglier coupa la main d’Epondo....

_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?

_R._ Pour rien. Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit des mensonges aux Anglais.

_D._ Qui est allé parler aux Anglais?

_R._ Bodjengene.

_D._ Bodjengene seul?

_R._ Oui; lui seul. Après, Epondo est allé travailler chez les Anglais, où il se trouve maintenant....

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Akindola, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Un sanglier a coupé la main d’Epondo.

_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?

_R._ Non; ils n’accusent pas Kelengo.

_D._ N’étiez-vous pas présent lorsque le Consul Anglais est venu dans votre village?

_R._ Non; j’étais dans la forêt et je ne sais rien de ce qui s’est passé.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Mafambi, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Un sanglier a mordu la main d’Epondo, et c’est pour cela qu’il l’a perdue.... Kelengo est innocent. Les habitants des Bossunguma l’ont accusé espérant d’éviter la récolte du caoutchouc.

_D._ Êtes-vous allé à la Mission de Bonginda pour vous plaindre?

_R._ Moi, non, Bodjengene; et les Anglais lui ont répondu de s’adresser au Juge.

_D._ Ikabo n’est-il pas allé chez les Anglais?

_R._ Non. Epondo alla chez les Anglais. Ikabo resta au village. Les Anglais vinrent après chez nous et nous dirent que la question du caoutchouc n’était pas de leur compétence.

_D._ Ont-ils recherché Ikabo?

_R._ Non; ils ont recherché Epondo seulement.

_D._ Les avez-vous vus?

_R._ Oui.

_D._ A quelle heure sont-ils venus et à quelle heure sont-ils partis?

Le témoin, indiquant où se trouvait le soleil, fait supposer qu’ils sont arrivés vers midi et sont repartis vers deux heures.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Ekombo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Epondo a perdu la main à la chasse du sanglier.... Les indigènes ont accusé Kelengo, espérant se soustraire au travail du caoutchouc.

_D._ Qui alla à Bonginda chez les Anglais pour leur parler?

_R._ Ikabo, Bodjengene, et Epondo. Les Anglais leur dirent de s’adresser au Juge.

_D._ Ikabo, Bodjengene, et Epondo sont-ils restés à Bonginda ou sont-ils rentrés à Bossunguma?

_R._ Ils sont rentrés, hors Epondo, qui est resté à Bonginda, et lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma Epondo les a accompagnés et est retourné avec eux à Bonginda.

_D._ Est-ce que les Anglais vous ont dit: Le caoutchouc est fini?

_R._ Non. C’est nous qui l’avons dit.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Mondonga, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

_D._ Qui est allé à Bonginda pour appeler les Anglais?

_R._ Bodjengene.

_D._ Seulement lui?

_R._ Oui.

_D._ Ekabo et Epondo ne sont-ils pas allés à Bonginda?

_R._ Oui, mais après, parce que les Anglais ont dit de vouloir les voir. Alors Ikabo est retourné au village et Epondo est resté à Bonginda. Lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma, Epondo les a accompagnés et est rentré avec eux à Bonginda. Ikabo est resté à Bossunguma.

_D._ Quelle heure était-il lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma?

_R._ D’après les indications du témoin, on dirait qu’ils sont arrivés vers 1 heure de l’après-midi et sont rentrés vers 5 heures.

_D._ Est-ce qu’ils ont écrit à Bossunguma?

_R._ Non.

_D._ Le comparant fait une déclaration conforme à celle des autres témoins en ce qui concerne la mutilation d’Epondo et les raisons pour lesquelles les indigènes ont accusé Kelengo.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Makurua, de Bossunguma, qui, après serment, déclare:--

J’étais à la chasse et je ne sais rien du tout. Je sais seulement que Kelengo n’a coupé aucune main.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Lopembe, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--

_D._ Qui est allé à Bonginda parler aux Anglais?

_R._ Personne. Nous n’avons pas appelé les Anglais.

_D._ Pourquoi les Anglais sont-ils alors venus à Bossunguma?

_R._ Parce que Bodjengene les a appelés pour la question du caoutchouc, mais Kelengo n’a coupé la main à personne; il n’a tué personne; il n’a amarré aucune femme....

_D._ Lorsque les Anglais sont arrivés à Bossunguma, Epondo où était-il?

_R._ Dans leur pirogue. Il les a accompagnés à Bossunguma, et quand ils sont partis pour rentrer à Bonginda, il les a suivis et est resté avec eux.

_D._ Lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma, ont-ils écrit?

_R._ Oui. Ils ont écrit sur un petit papier, beaucoup plus petit que celui sur lequel vous écrivez.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 7 Octobre, à Bonginda, devant nous, Bosco Gennaro, Substitut à Coquilhatville, comparaît Mr. Armstrong, William Douglas, missionnaire, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Un Dimanche soir le nommé Ikabo, accompagné par deux ou trois indigènes, vint à la Mission et demanda de parler au Consul Anglais. Je le vis, mais je ne sais pas ce qu’il dit au Consul Anglais. Les indigènes voulaient que le Consul les voyât.

_D._ Le Consul a-t-il interrogé lui-même Ikabo?

_R._ Je pense qu’il l’interrogea avec l’aide de son interprète et d’un autre encore. Moi aussi je suis intervenu. Nous étions assis autour de la même table, et moi-même j’ai posé des questions en m’adressant à un noir, qui les répétait à Ikabo. Moi, je parlais le dialecte local de Bonginda et le noir répétait mes demandes en langue Ngombe.

_D._ Quelles sont les questions que vous avez posées à Ikabo?

_R._ Je ne m’en rappelle pas exactement; mais elles se référaient à la mutilation qu’on lui a faite subir.

_D._ Qui a dit qu’à Bossunguma il y avait un autre garçon avec la main coupée?

_R._ Les indigènes qui accompagnaient Ikabo. Après, le lendemain, nous sommes allés, avec M. le Consul, à Bossunguma, avons vu Epondo, et tout le village nous dit que Kelengo l’avait mutilé. On dit aussi qu’il avait tué un homme et lui avait coupé les deux mains. Le Consul dressa procès-verbal à Bossunguma, où nous sommes restés deux ou trois heures. Nous arrivâmes vers 7 heures du matin.

_D._ Les indigènes se sont-ils plaints que le travail du caoutchouc était excessif et qu’ils voulaient un autre travail moins dur?

_R._ Ils se plaignaient toujours du travail du caoutchouc, et dans cette occasion, ils répétèrent leurs plaintes. Nous les exhortâmes à continuer à travailler pour leurs maîtres.

_D._ Comment alors expliquez-vous que les gens mêmes de votre Mission ont crié deux fois, la première fois à la pirogue et la seconde au bateau où se trouvait M. Spelier, agent de La Lulonga, que le caoutchouc était fini et que les Sociétés devaient partir?

_R._ La première fois j’étais dans ma maison et j’ai entendu des cris sans comprendre ce qu’ils disaient. La seconde fois j’étais dans l’église; j’ai entendu encore des cris, sans pourtant comprendre ce qu’on disait; mais, ayant vu les boys qui criaient, je les ai réprimandés. Ils m’ont répondu qu’ils saluaient leurs amis qui étaient sur le bateau, et en ce qui concerne la première fois, ayant fait une enquête, on m’a dit que c’étaient des gens qui n’appartenaient pas à la Mission qui avaient crié, des Ngombe et des indigènes de Bokemjola (près de Boieka).

_D._ Pourtant, croyez-vous que ces cris aient été réellement poussés?

_R._ Il est très possible que le caoutchouc est la bête noire des indigènes. Je ne crois pas que les hommes de la Mission aient poussé ces cris, puisqu’ils ne s’occupent pas de caoutchouc, et nous sommes très prudents à ce sujet, ayant soin de ne pas en parler.

_D._ Comment expliquez-vous le bruit que maintenant on ne doit plus faire de caoutchouc et que le Consul Anglais allait supprimer ce travail dans toute la rivière?

_R._ Le désir est père de la pensée. Les noirs sont paresseux, et ils seraient capables de tout complot pour éviter de travailler, partant de faire du caoutchouc. Du reste, lorsque le Consul Anglais est allé à Bossunguma, il a dit qu’il aurait porté à la connaissance de la justice le crime, dont on accusait Kelengo, mais il n’a pas dit un mot qui pût être interprété, soit comme instigation à ne pas travailler, soit comme promesse de son intercession près des autorités de l’État, pour la suppression ou la diminution du travail.

_D._ D’après votre opinion, depuis combien de temps la mutilation a eu lieu?

_R._ Je ne saurais pas, mais on dit depuis six mois.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

(Signé) W.-D. ARMSTRONG.

Après comparaît Epondo, de Bossunguma. Le comparant a la main gauche coupée. Il prête serment et déclare:--

Il ne comprend que le Ngombe, et comme à la Mission Anglaise il n’y a personne qui connaisse cette langue, nous l’interrogeons, par l’entremise de son frère Nnele, boy de la Mission Anglaise, qui prête serment de remplir fidèlement la mission qui lui est confiée, et nous procédons à l’interrogatoire d’Epondo.

_D._ Qui vous a coupé la main?

_R._ Kelengo.

_D._ Pourquoi?

_R._ Pour le caoutchouc. Il est venu faire la guerre dans notre village et a tué Elua et m’a coupé une main. Je suis tombé presque mort. Je me suis réveillé après un certain temps et je me suis trouvé sans main.

_D._ Connaissez-vous Bossole?

_R._ Non; je connais Kelengo.

_D._ Êtes-vous sûr que c’est Kelengo qui vous a coupé la main? Ce n’est pas Bossole?

_R._ Non; c’est Kelengo.

* * * * *

_D._ Dans le temps, n’êtes-vous pas allé chez les Bangala?

_R._ Non; je suis resté toujours dans mon village.

_D._ Votre main ne vous a-t-elle pas été enlevée par un sanglier?

_R._ Non. Kelengo me l’a coupée.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

* * * * *

Après nous interrogeons Nnele, qui, après serment, déclare:--

Je ne savais pas que mon frère avait la main coupée. Je le vis revenir avec les Anglais avec la main coupée, et c’est alors qu’il m’apprit que c’était Kelengo qui la lui avait coupée.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

(Signé) NNELE.

* * * * *

Après comparaît nouvellement Mr. Armstrong, qui, après serment, déclare:--

_D._ Depuis combien Nnele est au service de la Mission?

_R._ Depuis environ cinq ans.

_D._ Vous a-t-il jamais dit d’avoir un frère sans une main?

_R._ Non; jamais.

Dont procès-verbal lu et signé.

(Signé) BOSCO.

(Signé) W.-D. ARMSTRONG.

* * * * *

Nous, Substitut, donnons ordre à Epondo de nous suivre à Mampoko.

Après, le même jour, à Mampoko, comparaît nouvellement Epondo, que nous interrogeons nouvellement avec l’aide de Korony, qui prête entre nos mains le serment d’accomplir fidèlement la mission d’interprète qui lui est confiée. Epondo prête nouvellement serment et déclare:--

_D._ Êtes-vous esclave de Bandebonja? Vous a-t-il conduit dans la Ngiri?

_R._ Je ne connais ni Bandebonja ni la Ngiri.

_D._ N’avez-vous jamais été blessé à la chasse du sanglier? Ne vous a-t-il pas mordu à la main?

_R._ Non; jamais. Kelengo m’a coupé la main.

_D._ Les habitants de votre village ne vous ont-ils pas suggéré d’accuser Kelengo près des Anglais pour se soustraire au travail du caoutchouc?

_R._ Il y a presque un mois, deux Anglais sont venus à notre village et nous ont dit: Beaucoup de monde meurt pour le caoutchouc. Dorénavant vous ne ferez plus de caoutchouc, vous ferez seulement la kwanga pour nous.

Nous, Substitut, appelons, comme second interprète, Munenge Gabriel, qui, après serment, traduit la réponse d’Epondo identiquement à Korony. La réponse est rappelée deux fois.

_D._ Qui étaient ces Anglais?

_R._ Torongo et Mongongolo. Ils m’ont vu, m’ont questionné et m’ont fait aller avec eux à Bonginda. Les habitants de mon village ne m’ont jamais suggéré de dire que Kelengo m’avait coupé la main. Les Anglais m’ont fait monter dans leur bateau et m’ont conduit à Coquilhatville pour me montrer au Juge, mais le Juge était dans l’Ubangi. Alors nous sommes allés à Bolengi, et après Mongongolo est allé en Europe et moi je suis retourné en pirogue à Bonginda.

_D._ Les Anglais vous ont-ils photographié?

_R._ Oui, à Bonginda et à Lulanga. Ils m’ont dit de mettre bien en évidence le moignon. Il y avait Nnele, Mongongolo, Torongo et autres blancs dont je ne connais pas les noms. Ils étaient les blancs de Lulanga. Mongongolo a porté avec six photographies.

Dont procès-verbal lu et signé.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 8 Octobre, devant nous, Substitut, comparaît Bofoko, Chef du village Ikandja. Comparaît aussi, comme interprète, le nommé Korony, qui prête entre nos mains le serment de remplir fidèlement la mission qui lui est confiée. Le comparant Bofoko prête serment et déclare:--

_D._ Savez-vous qui a coupé la main d’Epondo ...?

_R._ Personne n’a coupé la main d’Epondo. Il est allé avec son maître Makekele à la chasse au sanglier à Malela, dans le district des Bangala, et le sanglier lui a arraché la main. C’est lui-même qui, à son retour dans son village, nous a raconté d’avoir été victime de cet accident de chasse....

_D._ Lorsque d’après les coutumes indigènes, on coupe une main pour punir quelqu’un, quelle est la main que l’on coupe?

_R._ Toujours la main droite.

_D._ Pourquoi alors les habitants de Bossunguma ont-ils accusé Kelengo d’avoir commis ces atrocités?

_R._ Parce qu’ils trouvent que le travail du caoutchouc est trop dur et ont cru de pouvoir s’en libérer, et pour les induire à s’en occuper, ils sont allés leur conter des mensonges.

_D._ Pourquoi vous-même avez-vous déclaré au Consul Anglais avoir vu la main coupée par terre; le sang coulait et les habitants du village qui couraient dans toutes les directions?

_R._ Je n’ai pas parlé avec les Anglais. Je ne les ai pas même vus. Quand ils sont arrivés à Bossunguma, je n’étais pas là.

_D._ Vous mentez, parce que le Consul Anglais déclare avoir parlé avec vous.

_R._ Oui, c’est vrai. J’y étais. J’ai dit comme les autres. Tout le monde se plaignait que le travail du caoutchouc était trop dur.

_D._ Et le Consul Anglais qu’est-ce qu’il a dit?