Correspondence and Report from His Majesty's Consul at Boma Respecting the Administration of the Independent State of the Congo [and Further Correspondence]

Part 24

Chapter 243,749 wordsPublic domain

Autre fait: Les journaux ont relaté que dans l’Uganda, des Colonies Anglaises, on perd annuellement 50,000 personnes. Et aujourd’hui, à propos d’une découverte qu’aurait faite le Colonel Bruce, dans la matière en question, un journal écrit un article qui finit comme suit: “La maladie du sommeil continue à faire d’énormes ravages dans l’Uganda. Dans l’Ile de Brevuna, qui comptait 82,000 habitants, il n’y a plus que 22,000 individus, alors que la population de la Province de Basaga est complètement éteinte.”

Si le travail et les occupations avaient une influence sur la maladie, ils auraient plutôt un effet tout à fait contraire à celui qu’on leur attribue. Mais nous n’y insistons pas, parce que le travail lui-même n’est pas un remède, mais tout au plus une espèce de réactif temporaire. Jusqu’à présent aucun moyen n’a pu vaincre la ténacité de cette maladie; mais, à notre avis, ses ravages seraient plus rapides en terrain inerte et endormi qu’en terrain actif.

Et voilà six ans que cette peste, indépendamment de toute autre cause, fait journellement des victimes chez les riverains de Nouvelle-Anvers; rien d’étonnant donc que la population y diminue rapidement, comme partout ailleurs où la maladie règne.

La cause que je place au second rang, en raison de son importance, n’est pas signalée par le Révérend Mr. Weeks. Elle consiste dans la suppression du commerce des esclaves et dans le défaut de la natalité; même l’hypothèse que les tribus Bangala fussent restées saines, cette cause les aurait rendues incapables de maintenir leur population à niveau, et aurait même eu pour effet de la diminuer considérablement.

Mr. Weeks estime que la population de Nouvelle-Anvers atteignait les 50,000 en 1890. Nous avons observé que parmi cette population, il y avait un nombre très considérable d’esclaves d’origine étrangère, notamment des Mongo. Disons qu’un tiers n’était pas originaire de Nouvelle-Anvers. Les Bangala les avaient acquis, soit par les guerres, soit par les rachats. Cette source d’acquisition leur a été fermée par le Gouvernement.

La natalité leur restait comme seul moyen de remplacer les morts. Or, même avant l’époque de la maladie, la moyenne des naissances était très basse. J’estime qu’elle ne dépassait pas l’unité par femme. Je ne dis pas par famille, parce que les hommes libres y sont tous polygames, au détriment des hommes esclaves, qui le plus souvent, n’ont pas de femme. Avec une telle moyenne de naissances, il ne leur était pas possible de conserver le même nombre d’habitants, et le défaut de la natalité, indépendamment de la maladie, causait nécessairement un recul. Or, depuis que l’épidémie a fait son apparition, ce défaut est doublé, et au moment où, à la suite des nombreux décès, le nombre des naissances aurait dû croître, il a diminué graduellement à mesure que la maladie devenait plus intense.

Le Révérend Mr. Weeks constate avec nous que les enfants sont si peu nombreux que le nombre des décès est de loin en avance sur celui des naissances, mais il attribue ce fait à l’expatriation des jeunes gens.

Qu’il veuille remarquer toutefois, que les jeunes Bangala qui ont été au service de l’État ou des Compagnies Commerciales étaient, à de rares exceptions près, d’anciens esclaves qui, généralement, ne possédaient pas de femme. Cette considération infirme cette dernière manière d’expliquer le petit nombre de naissances, la situation polygame restant à peu près la même après comme avant le départ de ces jeunes gens. Je pourrais corroborer ma manière de voir en citant l’exemple des tribus Bobangi, où il n’y a pas eu d’expatriations du tout.

Par ce qui a été dit, il est facile de comprendre que les deux causes précitées, de nature, indépendamment l’une de l’autre, au lieu de simplement réduire la population, sont assez puissantes pour l’éteindre complètement dans le cas où elles se combinent, comme à Nouvelle-Anvers et en général dans tous les villages riverains situés en aval de Bohaturaku; et nous pouvons déjà conclure que les assertions de Mr. Weeks, qui mettent tout le mal sur le compte de l’oppression, ne sont pas soutenables.

Il nous reste à signaler deux autres causes qui ne sont que secondaires. Elles n’ont pas eu d’influence sur le dépérissement constaté chez la race de Bangala: elles ont contribué relativement peu à diminuer le nombre d’individus appartenant à cette race; mais elles ont hâté le dépeuplement des rives du fleuve.

--L’une de ces causes, c’est l’abandon des emplacements riverains pour d’autres emplacements isolés à l’intérieur des terres, ou retirés dans les îles.--Peut-on légitimement conclure, comme le fait Mr. Weeks, que les populations quittent leurs villages pour échapper à des taxes qui les oppriment? Aucunement, à notre avis. Il suffit qu’il lui soit demandé un travail régulier quelconque aussi minime qu’il soit, pour que l’indigène mette tout en œuvre pour s’y dérober. S’il juge le déplacement comme un moyen sûr et efficace, il ne manquera pas d’y recourir. Le transport et la reconstruction de ses habitations ne lui demandent d’ailleurs pas grande besogne.

Il est passionné pour la liberté sauvage qu’il goûtait avant l’arrivée des Européens, et par laquelle l’homme libre vivait dans un _dolce farniente_, passant ses journées à se reposer, à fumer, à boire, à “palabrer” et à commander à ses esclaves.

Il y a en outre chez le noir une tendance générale à éviter tout contact avec les Européens, et à reculer devant la civilisation.

Enfin, une mortalité extraordinaire est une cause suffisante pour expliquer les déplacements; l’indigène, soit par superstition, soit par motif d’hygiène, ne reste pas sur l’emplacement où les décès deviennent nombreux.

L’autre cause enfin consiste dans les expatriations des jeunes Bangala.

Les engagements volontaires, d’abord, ont été nombreux. Se dérober, prendre un terme de service à l’État ou aux Compagnies Commerciales, voyager, voir du pays et gagner de l’argent était à la mode chez les jeunes gens. Mais depuis trois ou quatre ans, le recrutement de travailleurs chez la population riveraine de Nouvelle-Anvers a été interdit par le Gouvernement. Un grand nombre, toutefois, de ceux qui se sont ainsi engagés volontairement ne sont pas rentrés dans leurs foyers, mais restent éparpillés--de plein gré--dans les différentes localités d’Européens, parce qu’ils préfèrent leur état actuel à celui dans lequel ils se trouvaient antérieurement dans leur village. On peut aussi compter qu’il y a eu parmi ces expatriés volontaires un grand nombre de décès, causés principalement par la dysenterie et la pneumonie, surtout parmi ceux qui formaient les équipages des vapeurs.

Viennent ensuite les recrutements de soldats. A ma connaissance, parmi les populations de Nouvelle-Anvers, l’État n’a pas fait des recrutements réguliers pour son armée permanente. Il a jadis recruté des Bangala dans des circonstances exceptionnelles pour les employer comme auxiliaires dans certaines expéditions. Ces auxiliaires ont été rapatriés, ou ont eu l’occasion de l’être.

Les déplacements de villages et les expatriations doivent être considérés comme des causes partielles et secondaires, non pas du dépérissement des tribus, mais simplement de l’abandon des rives, et il n’est pas raisonnable d’en faire un grief au Gouvernement. L’aversion profonde pour tout travail l’attrait pour la sauvage indépendance chez l’homme libre; le désir de se soustraire à l’esclavage domestique et la passion des voyages, chez la classe inférieure, voilà le fond où il faut chercher les motifs de ces faits.

En examinant en détail les lettres de Mr. Weeks, je n’aurais pas de peine à y trouver d’autres considérations dignes d’être contredites, mais je crois avoir fait un travail suffisant en montrant que la dégénérescence et le dépeuplement constatés à Nouvelle-Anvers sont le résultat de causes et d’influences étrangères à ce que l’auteur des lettres appelle l’oppression.

(Signé) C. VAN RONSLÉ.

_Le 14 Novembre, 1903._

Annexe 2.

_Notes du Consul Casement sur sa Visite aux Villages d’Ekanza et de Bosunguma dans la Contrée de Ngombe, près de Mompoko, sur la Rive gauche de l’Ileka, Affluent de la Lulongo._

(Traduction.)

_Le 17 Septembre, 1903._

En présence du Révérend W. D. Armstrong et du Révérend D. J. Danielson, de la Congo Balolo Mission de Bouginda, de Vinda Bidiloa (“headman” du Consul) et de Bateko, servant d’interprètes, et du Consul de Sa Majesté Britannique.[141]

Le Chef de cette section de Bosunguma, du nom de Tondebila, avec beaucoup d’hommes du village et quelques femmes et enfants, étant présents.

Un garçon de 14 à 15 ans, du nom d’Epondo, dont la main gauche a été coupée, et dont le moignon est enveloppé dans une pièce de tissu, la blessure étant à peine guérie, apparaît, et en réponse à la question du Consul, accuse de cette mutilation une sentinelle nommée Kelengo (placée dans le village par l’agent local de la Société “La Lulonga” pour veiller à ce que les noirs travaillent le caoutchouc).

Cette sentinelle est appelée, et, après s’être fait quelque peu attendre, se présente armé d’un fusil à capsule.

L’enquête suivante sur les circonstances qui ont entouré la perte de la main d’Epondo est faite alors:--

Le Consul, par l’intermédiaire de Vinda, s’exprimant en Bobangi, et Bateko, répétant ses paroles en Mongo pour Kelengo--et dans le dialecte local pour les autres--demande à Epondo, en présence de l’accusé:

“Qui a coupé votre main?”

Epondo: “La sentinelle Kelengo que voilà.”

Kelengo nie le fait, interrompant, et disant que son nom est Mbilu, et non Kelengo. Le Consul le requiert de garder le silence--qu’il parlera après.

Le Chef du village, Tondebila, est appelé et questionné par le Consul, par l’intermédiaire des interprètes.

Après avoir été prié de dire la vérité sans crainte ni partialité, il déclare:

“La sentinelle Kelengo devant nous a coupé la main d’Epondo.”

Le Consul: “Avez-vous été vous-même témoin de l’acte?”

Réponse: “Oui.”

Plusieurs des Chefs du village sont appelés par le Consul pour témoigner.

Au premier d’entre eux, qui déclare se nommer Mololi, le Consul demande, en désignant le poignet mutilé d’Epondo:

“Qui a coupé la main de ce garçon?”

Mololi, désignant la sentinelle: “Cette homme-là l’a fait.”

Le second, qui dit s’appeler Eyileka, est interrogé par le Consul: “Qui a coupé la main de ce garçon?”

Réponse: “Kelengo.”

Le troisième, qui déclare se nommer Alondi, est interrogé par le Consul: “Qui a coupé la main de ce garçon?”

Réponse: “Cet homme-ci, Kelengo.”

Mololi est questionné à nouveau:

“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”

“Oui, je l’ai vu.”

Eyikela est questionné à nouveau:

“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”

Réponse: “Oui, je l’ai vu.”

Alondi est questionné à nouveau:

“Avez-vous, vous-même, vu cette sentinelle couper la main de ce garçon?”

Réponse: “Je le croirais. Si je ne m’étais pas blessé ici--il montre une coupure près du tendon d’Achille, au talon gauche--le même jour en m’enfuyant effrayé. Mon propre couteau m’a blessé ... je l’ai laissé tomber en m’enfuyant.”

Le Consul questionne Epondo:

“Combien de temps y a-t-il que votre main a été coupée?”

Réponse: Il n’est pas sûr.

Deux jeunes hommes du même village, nommés Boujingeni et Maseli, s’avancèrent et dirent qu’ils s’en souvenaient. Cela s’était passé pendant qu’on défrichait la terre sur la rive devant la station à Bonginda, quand on commençait à aménager un point d’accostage (un “slip”) pour les steamers.

Mr. Danielson déclare que le travail en question--le défrichement de la rive--en vue de l’établissement du “slip” de la Mission de Bonginda, fut commencé le 21 Janvier de cette année.[142]

Botoko, d’Ekanza, une autre section du village de Bosunguma, est questionné par le Consul:

“Avez-vous vu couper la main de ce garçon?”

Réponse: “Oui. Je ne l’ai pas réellement vu couper. Je vins et je vis la main séparée et le sang couler sur le sol. Les gens s’étaient enfuis dans toutes les directions.”

Le Consul demande aux interprètes de demander s’il y en avait d’autres qui avaient vu le crime et en accusaient Kelengo.

Presque tous ceux qui étaient présents, à peu près quarante personnes, presque tous des hommes, crièrent d’une seule voix que c’était Kelengo qui l’avait fait.

Le Consul: “Ils sont tous certains que c’était ce Kelengo que voici?”

Réponse unanime: “Oui. Il l’a fait.”

Le Consul demande à l’accusé Kelengo: “Avez-vous coupé la main de ce garçon?”

Cette question a été posée dans le langage le plus clair possible, et a été répétée six fois, et il a été demandé qu’une réponse claire, par oui ou par non, soit faite.

L’accusé évite de répondre à la question, commençant à parler d’autres choses n’ayant pas de rapport avec la question--par exemple, que son nom était Mbilu et non Kelengo, et que les gens de Bosunguma lui ont fait de méchantes choses.

Il lui a été dit de se confiner dans les limites de la question qui lui a été posée, qu’il pourrait parler d’autres choses après, mais que maintenant il y avait lieu pour lui de répondre aux questions posées, tout aussi simplement et tout aussi clairement que les autres avaient répondu. Il avait entendu ces réponses et l’accusation portée contre lui, et devait répondre aux questions du Consul de la même manière.

L’accusé continua à parler de choses étrangères, et refusa ou évita de donner de réponse à la question qui lui était posée.

Après des tentatives répétées pour obtenir une réponse directe à la question: “Avez-vous, ou n’avez-vous pas, coupé la main de ce garçon Epondo?” le Consul dit: “Vous êtes accusé de ce crime.

“Vous refusez de répondre aux questions que je vous pose clairement et franchement comme vos accusateurs l’ont fait. Vous avez entendu leur accusation.

“Votre refus de répondre comme vous devriez répondre, à savoir par oui ou par non, à une question directe et simple me laisse convaincu que vous ne pouvez nier l’accusation. Vous avez entendu ce dont vous avez été accusé par tout ce monde.

“Puisque vous ne consentez pas à répondre comme ils l’ont fait, vous pouvez raconter votre histoire comme vous voulez.

“Je l’écouterai.”

L’accusé commence à parler, mais avant que ses remarques puissent m’être traduites par l’intermédiaire de Bateko d’abord, à qui il parle directement, et de Vinda ensuite, un jeune homme s’avance hors de la foule et interrompt.

Il y eut du bruit, puis cet homme parla.

Il dit qu’il était Cianzo, de Bosunguma. Il avait tué deux antilopes, et il porta deux de leurs jambes à cette sentinelle Kelengo pour lui en faire cadeau. Kelengo refusa son cadeau et lia sa femme. Kelengo dit que ce n’était pas un cadeau suffisant pour lui, et il tint la femme de Cianzo liée jusqu’à ce que lui (Cianzo) eût payé 1,000 baguettes de laiton pour sa rançon.

A ce moment un jeune homme, disant se nommer Ilungo, de Bosunguma, s’avança dans le cercle et accusa Kelengo de lui avoir volé ouvertement deux canards et un chien.

Ils lui furent pris sans aucun motif, sinon que Kelengo en avait besoin, et les prit de force.

Le Consul se tourna de nouveau vers Kelengo, et l’invita à raconter son histoire et à faire une réponse à l’accusation portée contre lui, de la manière qui lui convenait. Le Consul ordonna le silence à tous, et leur enjoignit de ne pas interrompre Kelengo.

Kelengo dit qu’il n’a pas pris les canards d’Ilungo. Le père d’Ilungo lui à donné un canard. (Tous rient.)

Il est vrai que Cianzo a tué deux antilopes et lui en a donné deux jambes en cadeau, mais il n’a pas lié la femme de Cianzo et n’a pas demandé d’argent pour rançon.

Le Consul: “C’est bien. Cela termine les canards et les jambes d’antilope; mais maintenant je veux entendre parler de la main d’Epondo. Racontez-moi ce que vous savez au sujet de la main coupée d’Epondo.”

Kelengo élude de nouveau la question.

Le Consul: “Dites-lui ceci. Il est posté par ses maîtres dans ce village, n’est-ce pas? Ceci est son village. Maintenant en vient-il à dire qu’il ne sait pas ce qui se passe ici, où il vit?”

Kelengo dit: “Il est vrai que ceci est son village, mais il ne connaît rien au sujet de la main coupée d’Epondo.

“Peut-être c’était la première sentinelle ici avant qu’il ne vînt qui était un très méchant homme et coupait les mains.

“Cette sentinelle-là est partie; c’était elle qui coupait les mains, pas lui, Mbilu. Il ne sait rien à ce sujet.”

Le Consul: “Quel était le nom, alors, de cette méchante sentinelle, votre prédécesseur, qui coupait les mains des gens? Le connaissez-vous?”

Kelengo ne donne pas de réponse directe, et la question est répétée. Il commence alors une déclaration au sujet de plusieurs sentinelles. Il en nomme trois: Bobudjo, Ekua et Lokola Longonya, comme ses prédécesseurs ici, à Bosunguma.

Ici, un homme, nommé Makwombondo, bondit et interrompant affirma que ces trois sentinelles ne résidaient pas à Bosunguma, mais avaient été stationnées dans son propre village, le village de Makwombondo.

Le Consul, à Kelengo: “Depuis combien de temps êtes-vous dans ce village?”

Réponse: “Cinq mois.”

Le Consul: “En êtes-vous bien sûr?”

Réponse: “Cinq mois.”

Le Consul: “Connaissez-vous alors le garçon Epondo--l’avez-vous déjà vu?”

Réponse: “Je ne le connais pas du tout.”

(Ici tout l’auditoire éclate de rire et certains expriment leur admiration pour les aptitudes de Kelengo au mensonge.)

Kelengo, continuant, déclara qu’il était possible qu’Epondo vînt du village de Makwombondo. Quoi qu’il en soit, lui, Kelengo, ne connaît pas Epondo. Il ne le connaît pas du tout.

Ici Cianzo s’avance et dit qu’il est le propre frère d’Epondo; ils ont toujours vécu ici. Leur père était Itengolo, mort maintenant; leur mère est morte également.

Le Consul, à Kelengo: “Alors c’est fini; vous ne connaissez rien de cette affaire?”

Kelengo: “C’est fini. Je vous ai dit tout. Je ne connais rien de cela.”

Ici un homme, qui dit se nommer Elenge, d’Ekanza, la section voisine de Bosunguma, s’avança avec sa femme. Il déclara que les autres sentinelles, dans leur village, n’étaient pas aussi méchantes, mais que ce Kelengo était un gredin.

Kelengo a lié sa femme Sondi, la femme avec laquelle il se présenta, et lui a fait payer 500 baguettes avant de la relâcher. Il les a payées.

Ici le Consul demande à Epondo comment sa main a été coupée. Avec Bonjingeni et Maseli, il déclara qu’il avait d’abord reçu un coup de feu dans le bras et que, quand il tomba, Kelengo lui avait coupé la main.

Le Consul: “Avez-vous senti qu’on vous la coupait?”

Réponse: “Oui, je l’ai senti.”

Ceci terminait l’enquête.

Le Consul a informé le Chef Tondebila et les indigènes présents qu’il ferait rapport au Gouvernement de ce qu’il avait vu et entendu et qu’il lui demanderait de faire une enquête sur l’accusation portée contre Kelengo, qui méritait une punition sévère pour ses actes illégaux et cruels. Que les faits dont était accusé Kelengo étaient tout à fait illégaux et que si le Gouvernement savait que des choses semblables se commettent, ceux qui se rendent coupables de pareils crimes seraient, dans chaque cas, punis.

(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.[143]

La déclaration qui précède a été lue par nous et nous déclarons par la présente qu’elle est un compte rendu juste et fidèle de ce qui a été dit en notre présence hier au village de Bosunguma, en témoignage de quoi nous avons apposé nos signatures ci-dessous.

(Signé) WILLIAM DOUGLAS ARMSTRONG. D.-J. DANIELSON.

Signé par les prénommés William Douglas Armstrong et D.-J. Danielson, missionnaires à Bonginda, ce 8 Septembre, 1903.

(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.

Je déclare par la présente que j’ai entendu lire par le Consul de Sa Majesté Britannique la déclaration ci-dessus et qu’elle est un compte rendu juste et fidèle des déclarations faites par les témoins questionnés hier à Bosunguma par le Consul de Sa Majesté Britannique par mon intermédiaire agissant comme interprète.

(Signé) VINDA BIDILOA.

Signé par Vinda Bidiloa, à Bonginda, ce 8 Septembre, 1903, par devant moi,

(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.

Je certifie que ce qui précède est une copie véritable et fidèle des notes originales, en ma possession, sur ce qui s’est passé le 7 Septembre, 1903, au village de Bosunguma, dans la contrée de Ngombe, sur la Rivière Lulanga, où je me suis rendu le 7 Septembre, 1903, sur la demande d’indigènes de ce village.

En foi de quoi j’ai apposé ci-dessous ma signature et le sceau de mon office, à Lulanga, ce 9 Septembre, 1903.

(Signé) ROGER CASEMENT, _Consul de Sa Majesté Britannique_.

Annexe 3.

_Enquête du Substitut du Procureur d’État, Gennaro Bosco, à charge de Kelengo._

(Extraits relatifs à l’affaire Epondo.)

L’an 1903, le 28 Septembre, à Coquilhatville, devant nous, Substitut, comparaît Efundu, Chef du village Bosunguma, qui après serment, répond comme d’après aux questions que nous lui posons:

* * * * *

_D._ Parlez de la main d’Epondo?

_R._ Je ne puis que répéter ce qu’Epondo même m’a raconté. Il m’a dit que dans les Bangala, il était allé à la chasse au sanglier avec un camarade, dont il ne me dit pas le nom. Celui-ci blessa un sanglier et il voulut l’attraper par les oreilles, mais le sanglier le mordit si fortement qu’une main tomba, après gangrène.

_D._ Pourquoi les indigènes d’Ekanza et Bosunguma accusent-ils Kelengo?

_R._ Pour ne pas faire de caoutchouc. Kelengo est sentinelle de caoutchouc. Les indigènes n’aiment pas de faire du caoutchouc et ont décidé, sachant que les Anglais étaient là, de leur dire un mensonge dans l’espoir de ne plus faire de caoutchouc.

_D._ Étiez-vous présent lorsque le Consul Anglais interrogeait les indigènes?

_R._ Non, j’étais dans la forêt.

_D._ Lorsque le Consul Anglais fut parti, qu’est-ce que disaient entre eux les indigènes?

_R._ “Maintenant, c’est bien. Maintenant qu’il croit qu’on m’a coupé la main, nous ne ferons plus de caoutchouc; nous ne ferons que la kwanga.”

_D._ Avez-vous entendu dire que Kelengo avait tué un homme et coupé la main à deux autres parce qu’on refusait de lui donner une antilope qu’on avait tuée?

_R._ C’est ce qu’on est allé raconter aux Anglais, mais c’est un mensonge.

_D._ Savez-vous que Kelengo a amarré pour la même raison la femme de Ciango et qu’il ne l’a laissée qu’après un paiement de 1,000 mitakos?

_R._ C’est encore un mensonge. Je ne connais pas ce Ciango. C’est un nom qui n’est pas même usité parmi les indigènes.

_D._ Savez-vous que Kelengo a volé un canard et un chien d’Ilungo?

_R._ Mensonge. Cet Ilungo n’existe pas.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

Le Substitut, (Signé) BOSCO.

Après comparaît Mongombe, d’Ikandja, qui, interrogé, après serment, déclare:

Epondo a perdu la main à la chasse du sanglier dans les Bangala. Lui-même l’a raconté en disant que son camarade, dont il ignore le nom, avait blessé le sanglier, et il avait voulu l’attraper par les oreilles. Le sanglier alors lui avait arraché la main.

* * * * *

_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?

_R._ Ils ne veulent pas faire le caoutchouc et sont allés dire des mensonges aux Anglais dans l’espoir de ne pas faire de caoutchouc, et quand les Anglais sont partis, ils disaient: “Maintenant, c’est bien. Maintenant plus de caoutchouc. Seulement la kwanga.” J’ai entendu ces expressions plusieurs fois. Kelengo n’a pas amarré la femme de Sandjo, ni tué personne. L’histoire de l’antilope est un mensonge. Je ne connais pas Ilungo.

_D._ Êtes-vous au courant du complot des indigènes pour aller dire des mensonges aux missionnaires?