A Selection from the Comedies of Marivaux
Chapter 18
M. ORGON, MARIO, SILVIA, DORANTE.
SILVIA.
Ah! nous y voila! il ne manquoit plus que cette facon-la[155] a mon aventure! Que je suis malheureuse! C'est ma facilite qui le place la. Leve-toi donc, Bourguignon, je t'en conjure: il peut venir quelqu'un. Je dirai ce qu'il te plaira. Que me veux-tu? Je ne te hais point. Leve-toi; je t'aimerois si je pouvois; tu ne me deplais point, cela doit te suffire.
DORANTE.
Quoi! Lisette, si je n'etois pas ce que je suis, si j'etois riche, d'une condition honnete, et que je t'aimasse autant que je t'aime, ton coeur n'auroit point de repugnance pour moi?
SILVIA.
Assurement.
DORANTE.
Tu ne me hairois pas? tu me souffrirois?
SILVIA.
Volontiers.... Mais leve-toi.
DORANTE.
Tu parois le dire serieusement, et, si cela est, ma raison est perdue,
SILVIA.
Je dis ce que tu veux, et tu ne te leves point!
M. ORGON, _s'approchant_.
C'est bien dommage de vous interrompre: cela, va a merveille, mes enfants; courage.
SILVIA.
Je ne saurois empecher ce garcon de se mettre a genoux, Monsieur; je ne suis pas en etat de lui en imposer, je pense?
M. ORGON.
Vous vous convenez parfaitement bien tous deux; mais j'ai a te dire un mot, Lisette, et vous reprendrez votre conversation quand nous serons partis. Vous le voulez bien, Bourguignon?
DORANTE.
Je me retire, Monsieur.
M. ORGON.
Allez, et tachez de parler de votre maitre avec un peu plus de menagement que vous ne faites.
DORANTE.
Moi, Monsieur?
MARIO.
Vous-meme, monsieur Bourguignon; vous ne brillez pas trop dans le respect[156] que vous avez pour votre maitre, dit-on.
DORANTE.
Je ne sais ce qu'on veut dire.
M. ORGON.
Adieu, adieu; vous vous justifierez une autre fois.